ARTISTE:

D'ARCANA

(ETATS UNIS)
TITRE:

PREMONITIONS

(2007)
LABEL:

AUTOPRODUCTION

GENRE:

ROCK PROGRESSIF

TAGS:
Old School, Psychédélique, Symphonique
""
SMILE (21.02.2008)  
4/5
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Après deux premiers albums écrits en l’espace d’une année, voilà que « D’Arcana » revient sur les devants de la scène avec un nouvel ouvrage, intitulé « Premonitions ». Depuis son éclosion en 2004, le moins que l’on puisse dire est que cette formation californienne ne chôme pas. Son dernier opus constitue en effet une imposante œuvre regroupant en son sein deux albums contenant plus de 107 minutes d’un rock progressif aux résonances très seventies, aux tendances multiples appartenant aux mouvements classiques et ethniques imprégnées de relents psychédéliques et atmosphériques. Un univers gigantesque et colossal contenu et emballé au cœur d’une majestueuse et luxueuse pochette, fruit des talents créatifs de son concepteur Ed Unitsky, lequel illustra déjà, par le passé, le travail d’artistes confirmés, de « Porcupine Tree » à « Tangent », en passant par les « Flower Kings ». Enthousiastes et impatients de pénétrer l’âme de cette œuvre aux contours accueillants et invitants, nous marquons un temps d’arrêt, interpellé par une question qui taraude nos esprits avides de découvertes : « D’Arcana » est-il parvenu, depuis ses débuts hésitants et imprécis, à peaufiner et à parfaire son style musical pour accéder à des hauteurs plus en phase avec un potentiel que l’on devine évident et fort prometteur ?

La question à cette réponse est assurément oui. Avec « Premonitions », Jay Tausig et ses compères ont su élever leur expression artistique vers des cieux plus ensoleillés. Tout au long de ce voyage sans fin, leur créativité franchit un nouveau pallier et atteint une dimension supérieure. Leur propos gagne en cohérence et les différentes étapes qui le composent s’imbriquent avec davantage d’homogénéité et d’à propos. Le titre éponyme, qui enfante cet univers et qui l’achève, et dont les deux parties s’étalent sur près de 40 minutes, constituent les deux moments majeurs de cette oeuvre, confirmant, à la manière d’ « Ancient Future » sur leur premier album, le vieil adage et l’hypothétique croyance que le rock progressif touche le summum de sa création artistique au travers de vastes passages étendus et abondants, aux contours escarpés et variés. Est-il réellement plus aisé d’enfanter une atmosphère captivante au travers de morceaux aux longueurs interminables favorisant l’expression d’une liberté créatrice infinie ? « D’Arcana » confirme indéniablement ce préjugé défendu avec vigueur par certains adeptes d’élaboration instrumentale tant l’ampleur de ces deux actes sont emplis d’une intensité émotionnelle redoutable, amplifiée et magnifiée par les portées variées d’une guitare multiculturelle, puisant son inspiration tantôt au sein de contrées acoustiques, électriques ou rythmiques. Par moments, d’autres instruments comme le violoncelle, la flûte ou les synthés complètent et élargissent la profondeur musicale de cet univers en lui conférant des textures teintées d’un psychédélisme habile et subtil.

On l’aura compris ; la palette de cet album est riche, variée et multicolore. Les influences, particulièrement issues du mouvement progressif marquant la fin des sixties et l’émergence de la décennie suivante sont légions. On citera notamment « Pink Floyd » (« Code Of Silence » et « Desert Song » nous donne le sentiment de côtoyer David Gilmour à différentes époques de sa légende, des plus récentes œuvres du Floyd pour le premier cité aux premiers pas expérimentaux pour le second), « Van Der Graaf Generator » tant la voix de Jay Tausig se rapproche par instants du timbre et de l’expression de celle de son illustre aîné Peter Hammill et « Yes » (les dernières secondes de la première partie du titre « Premonitions » évoquent dans le jeu des guitares et dans les structures de la basse la fin du légendaire « Gates Of Delirium »), pour ne citer qu’eux. La fraîcheur néo-progressive de “Rain” et l’exotisme exquis de “We Are Not Alone” confirment, si besoin était, la multiplicité des différents courants musicaux qui s’entremêlent tout au long de cette oeuvre démesurée et éléphantesque. La diversité des nombreux titres contenus en son coeur, dont la qualité apparaît plus homogène que par le passé, sera appréciée et particulièrement bienvenue pour éviter la monotonie et l’ennui de l’auditeur.

Malgré ces nombreuses sources d’inspiration, « D’Arcana » réussit le tour de force de faire émerger de ce melting-pot improbable une identité bien propre, un univers singulier, une empreinte personnelle largement imprégnée de la culture américaine et californienne, qui rend son témoignage musical unique, se distinguant de la multitude d’artistes oeuvrant au sein du mouvement progressif contemporain et de sa filière classique. C’est probablement au travers de cette aptitude qu’émerge toute la magie de la formation californienne (« D’arcana » signifiant « de la magie »), dans cette faculté à délivrer une profondeur et une richesse mélodique redéfinissant efficacement un son d'une originalité et d'une pertinence se hissant au-delà des normes et du creuset progressif des années 70.

Ajoutant à ses pouvoirs magiques des dons de prémonitions, « D’Arcana » cherche-t-il, par le biais de ce troisième album, à plonger nos sens plus intensément dans une atmosphère surnaturelle, féérique et mystique aux vertus hypnotiques ? Possible. Ce nouvel ouvrage représente en tout les cas une évolution positive dans le cheminement subtil de son développement musical. Il n’est toutefois pas pour autant dénué d’aspects perfectibles. Monumental pavé aux allures hermétiques et au menu gargantuesque frisant l’indigestion et repoussant de prime abord, il souffre indéniablement d’une longueur trop conséquente. Cette étendue infinie qui, par moments en constitue sa force mais qui, paradoxalement, peut en étouffer ses richesses. Ses auteurs auraient sans doute été davantage inspirés de limiter cet univers à des proportions moins étouffantes dans le but d’en faciliter son accès et d'en conserver certaines plages à des fins de projets d’avenir. Il est certain que cette œuvre ne s’adressera qu’aux passionnés d’un rock progressif seventies varié et diversifié, à l’inspiration et à l’imagination totalement libres. Il est cependant fort possible que, parmi eux, certains ne parviendront jamais, par manque de persévérance et de patience, à pénétrer l’ampleur de son univers. Nous ne pourrons les en blâmer. Il est néanmoins probable que ceux qui relèveront le défi s’immergeront au plus profond d’un univers aux richesses sans fin, qui se dévoileront progressivement au fur et à mesure d’un pèlerinage à l’intensité émotionnelle poignante et bouleversante. Il faudra du temps, beaucoup de temps, certes (petit conseil : laissez-le tourner dans votre platine à plusieurs reprises, en boucle et en arrière-fond lorsque vous vous adonnez à une tâche quelconque). Mais « Premonitions » s’inscrit plus que jamais dans le répertoire des œuvres dont chaque nouvelle écoute en émerveille le propos, en amplifie la teneur, en illumine les richesses. Un défi, un vrai, mais qui en vaut la chandelle !


Plus d'information sur http://www.darcana.com/index.html





LISTE DES PISTES:
01. Premonitions (Part 1) - 10:38
02. Chameleons - 3:34
03. Code Of Silence - 4:09
04. We're Not Alone - 5:25
05. Crime Of The Century - 3:29
06. Turquoise Blue - 1:35
07. World Of Shadow - 5:53
08. Tremors - 3:31
09. Vapor - 2:56
10. Through The Fire - 2:19
11. Wheel Of Life - 3:44
12. Gnome Matter (Chapter 25) - 1:39
13. Rain - 5:17
14. Desert Song - 4:47
15. Trisevenine - 1:27
16. Smoke And Mirrors - 3:15
17. Touch And Go - 6:02
18. Children Of The Universe - 6:25
19. Premonitions (Part 2) - 31:28

FORMATION:
James Camblin: Guitares / Backing Vocals, Synthés
Jay Tausig: Chant / Guitares / Batterie / Synthés, Percussion, Flûtes, Dulcimer, Cello
Michael Snow: Violons, Arrangements
Shelby Snow: Basse / Percussion, Backing Vocals
   
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