On ne s'était pas forcément dit rendez-vous dans... deux et demi... Mais c'est bel et bien deux ans et demi plus tard, dans le même hôtel et à la même heure, que Music Waves a rencontré le frontman de Kissin' Dynamite pour évoquer la tournée glorieuse de "Money, Sex and Power" et la prise de conscience qui en découle avec "Megalomania"...
La dernière fois que nous nous sommes vus, c’était en Mars 2012 à l’occasion de la promotion de “Money, Sex and Power”, que s’est-il passé pour Kissin’ Dynamite depuis ?
Johannes Braun : Nous avons fait la promotion de notre second album “Money, Sex and Power” qui nous a vu faire une tournée gigantesque notamment en Allemagne où nous étions en tête d’affiche. Puis fin 2012, nous avons tourné avec DragonForce à travers l’Europe et notamment en France. Je me souviens des concerts à Paris, Bordeaux, Strasbourg… C’était incroyable parce que ces concerts étaient vraisemblablement les meilleurs de la tournée.
Tu nous dis ça aujourd’hui parce que nous sommes un média français ?
(Rires) Je ne plaisante pas. Je peux même t’expliquer : Bordeaux était notre premier concert lors de la tournée avec DragonForce. Le public bordelais était furieux dans la fosse pendant notre set ce qui n’avait jamais été le cas auparavant.
Et comment expliques-tu ça, surtout lors d’une tournée avec DragonForce qui n’est pas trop le style emprunté par Kissin’ Dynamite ?
Je ne sais pas, peut-être que les gens étaient attirés par notre énergie…
"Nous
sonnions comme les groupes sonnaient en 1986. Or, nous voulions notre
propre style, c’est la raison pour laquelle nous avons expérimenté de
nouvelles choses. "
Vous avez donc énormément tourné si je comprends bien…
… et notamment au Japon pour la première fois ! Nous n’attendions rien de ce concert et en réponse, nous avons tout eu ! Nous avons fait un concert complet à Tokyo, une salle remplie de 600 personnes… Et cette salle se transformait en club de dance juste après notre concert. Cette expérience fut vraiment très intéressante, alors que nous n’étions pas trop branchés électro et ce genre de choses. Nous nous sommes dit que ce serait intéressant de mélanger ces sonorités avec notre musique afin de voir si ça collait… Et ce fut le cas ! Nous avons amené notre style vers un autre niveau.
Nous avons fait notre auto-analyse et avons constaté que nous étions une copie d’une copie qui elle-même était une copie… Nous sonnions comme les groupes sonnaient en 1986. Or, nous voulions notre propre style, c’est la raison pour laquelle nous avons expérimenté de nouvelles choses. Plus d’un an plus tard, le processus de création de "Megalomania" était achevé !

Tu es en train de me dire que ce concert au Japon a été le déclic dans l’évolution musicale du groupe ?
Totalement. Cela va même plus loin d’un point de vue psychologique. Tu voyages à une dizaine de milliers de kilomètres sur un autre continent dans lequel tu ne t’es jamais rendu et malgré tout, les gens dans la rue scandent ton nom… C’est fou ! Je ne veux pas paraître arrogant mais d’une part, tu te dis que le monde est petit et d’une autre tu as le sentiment d’avoir créé quelque chose de spécial. C’est aussi une des explications du titre de cet album : "Megalomania" !
Cela signifie que tu vous êtes devenus mégalo après cette expérience ?
Pas personnellement ! Je suis un mec totalement normal avec les pieds sur terre et j’ai tendance à croire que nous sommes sympathiques même si c’est à vous de décider si c’est le cas (Rires).
Nous pourrions dire que nous avons du succès mais nous sommes finalement des petits poissons comparés à des Lady Gaga par exemple. Même si nous n’avons pas encore eu la chance de tourner aux Etats-Unis, nous avons eu la chance de pouvoir traverser le monde et on peut dire que c’est le signe d’un certain succès. Malgré tout, tout cela n’a pas vraiment d’importance pour moi. Il y aura toujours quelqu’un de plus populaire que toi… La seule chose qui m’importe est de faire ce qui me passionne et le plus longtemps possible. Au Japon, nous ne savions pas pour combien de personnes nous allions jouer, combien le billet était vendu, combien d’albums nous avions vendu… Nous y sommes allés à notre propre risque et nous avons été récompensé au-delà de nos espérances.
"A l'époque de "Money, Sex and Power", notre look
était trop typé glam rock ou sleaze pour que les gens puissent imaginer
que nous pourrions faire le mélange avec de l’électro que nous proposons
sur 'Megalomania'"
Vous vous êtes ouverts certaines portes avec "Money, Sex and Power". Malgré tout, vous avez décidé d’opter pour une nouvelle orientation musicale sur cet album. N’as-tu pas de peur de te couper de tous ces nouveaux fans ?
Tu as raison mais il faut savoir que "Money, Sex and Power" a été sorti dans le monde entier, c’est la raison pour laquelle nous avons notamment joué en Europe. Cet album nous a permis de grandir. Ensuite, "Megalomania" est un développement de ce que tu pouvais déjà entendre sur "Money, Sex and Power" et plus précisément sur des titres comme 'She’s a Killer', 'Six Feet Under', 'I Will Be King' qui auraient pu y figurer… Avec de tels titres, tu pouvais déjà imaginer où ce voyage allait nous mener. Mais notre look était trop typé glam rock ou sleaze pour que les gens puissent imaginer que nous pourrions faire le mélange avec de l’électro que nous proposons sur "Megalomania.
Je n’ai pas peur parce que nous avons déjà des journées promotionnelles en Allemagne et les retours sont très positifs. Les gens considèrent que c’est notre meilleur album, certains estiment même que "Megalomania" sera l’album de l’année 2014. C’est incroyable et en même temps, c’était notre but : nous sommes donc satisfaits !
Et je pense que le public japonais aura la même opinion. Nous sommes toujours un groupe rock, nos racines sont toujours ancrées dans les années 1980… la seule différence est que notre son est plus frais, plus moderne…

Si je te dis qu’avec cet album, vous avez créé votre propre son, bref que Kissin’ Dynamite s’était créé sa propre personnalité ?
Je n’ai rien d’autre à ajouter : c’est parfait (Sourire) !
Est-ce aussi une des raisons pour laquelle votre look est plus…
… naturel ?
Exactement. Dans le sens où vous aviez quelque chose à prouver par le passé. Et le look, l’image était une façon de sortir du lot alors qu’aujourd’hui, vous estimez que votre musique se suffit à elle-même ?
Je ne dirais pas ça. Nous avons grandi en écoutant AC/DC, Scorpions, Accept, Metallica, Mötley Crüe, Guns N’Roses… parce que nos parents écoutaient ces groupes. Ce sont des influences que nous avons toujours eu et que nous ne renions pas. En 2014, l’ère de gloire de ces groupes est passée. Aujourd’hui, nous sommes passés à David Guetta et Avicii… que j’aime également. Je suis un fan passionné de hard rock mais je suis également un fan de cette musique dance moderne : par exemple, j’adore 'Wake me Up !'. Bref, nous aimons également cette scène, c’est la raison pour laquelle nous voulions les mélanger parce que c’est notre identité à 100%.
"Nous ne voulions pas sortir un énième album avec 20 titres dans lequel 5 sont valables et le reste plutôt mauvais."
Est-ce que ce fut difficile de mélanger ces influences vu que vous n’aviez pas l’habitude de le faire précédemment ? Avez-vous changé votre façon de travailler, de composer ?
Je ne dirais pas que ce fut difficile mais ça nous a pris du temps pour trouver la bonne façon de faire et comment commencer. C’est pourquoi "Megalomania" a pris plus d’une année pour être écrit et produit. Nous avons écrit plus de cinquante morceaux et nous avons choisi les meilleurs d’entre eux.
De façon générale, nous ne sommes pas stressés au moment de composer mais pour cet album, nous nous sommes mis une pression pour sortir un album avec 10 tubes et non pas 10 chansons. Nous ne voulions pas sortir un énième album avec 20 titres dans lequel 5 sont valables et le reste plutôt mauvais.
Cela vous convient-il d'être désormais identifié comme la rencontre entre le Sleaze scandinave (Reckless Love, Bai Bang…) et l'indus allemand (Rammstein…) ?
Tout d’abord, j’adore Rammstein, je suis fan de leur perfectionnisme et c’est ce vers quoi je souhaite que Kissin’ Dynamite se dirige. Ensuite, certains de nos titres peuvent rappeler Rammstein donc j’aurais tendance à être d’accord avec cette partie de ton résumé.
En revanche, pour ce qui est de la scène sleaze scandinave, j’aurais tendance à dire que ce ne sont pas les groupes scandinaves qui nous ont influencés. En effet, ces groupes ont été influencés par les groupes des années 1980 comme Mötley Crüe, Accept ou Scorpions que nous écoutons toujours : voilà pourquoi nous sommes également plus metal que les groupes scandinaves que tu cites.
Tu as cité Accept, Udo a fait une apparition dans votre précédent album, a-t-il écouté le nouveau ?
Oui et il m’a envoyé un message pour me dire qu’il l’adorait ! Et le chanteur d’un groupe allemand très populaire en Allemagne nous a également dit qu’il l’adorait…
Les réactions sont toutes positives que ce soit de la presse et des fans mais également de musiciens.
Étant donné toutes les touches électros intégrées dans votre nouvel album, ne serait-il pas intéressant d'engager un clavier à plein temps ?
Pas du tout parce que Kissin’ Dynamite sera toujours un groupe composé d’un batteur, deux guitares, une basse et un chanteur. De nos jours, beaucoup de groupes jouent avec des samples. Si tu écoutes le titre 'Dna', c’est un sample et je ne pense pas que le public nous en voudra si nous le passons également sur scène.
Nous utiliserons des samples pour certaines parties et pour d’autres, nous les retranscriront par des parties de guitares sur scène. Ça sera un mélange et c’est ce qui rendra intéressant le fait de nous les voir jouer sur scène. Nous réarrangeons énormément en répétition et nous pouvons le faire parce que notre musique le permet. Et c’est ce qui selon moi rend notre musique intéressante. J’ai horreur de ces groupes qui sortent un album et le joue exactement de la même façon sur scène. La scène doit être quelque chose de différent, plus passionné, plus énergique…
"Nous voulons toujours nous réinventer. Hormis pour un groupe comme AC/DC
qui a créé un style, ça serait ennuyant de sortir le même album."
Êtes-vous d'accord si je vous dis que ce nouvel album, tout en affirmant une identité désormais bien personnelle, risque de déstabiliser pas mal de monde ? Et si oui, doit-on en conclure que c’est une des marques de fabrique du groupe ?
Je suis totalement d’accord. Nous voulons toujours nous réinventer. Hormis pour un groupe comme AC/DC qui a créé un style, ça serait ennuyant de sortir le même album. C’est plus amusant pour les musiciens et les fans de se laisser guider vers d’autres horizons.

Avez-vous déjà pensé à la prochaine évolution musicale du groupe pour le prochain album ?
Je ne pourrai pas vraiment te répondre parce que ce n’est pas quelque chose de planifiée. Nos goûts évoluent avec le temps. Quand nous avons commencé, nous avions 15 ans et nous aimions juste la musique rock, nous jouions donc naturellement du rock. Aujourd’hui, nous avons 22 ans et nous aimons également la dance music. Je ne peux donc pas te répondre mais ce que je peux te dire c’est que nous serons toujours un groupe de rock parce que nos racines sont ancrées dans la musique des années 1980 et la musique des années 1980, c’était le rock.
Hormis les raisons invoquées par ailleurs, est-ce que le changement d'identité ne serait pas également lié au fait que vous en aviez assez d'être considéré comme des espoirs de la scène métallique allemande ?
Nous sommes toujours considérés comme un espoir de la scène metal allemande…
... même en ayant intégré des éléments électro ?
Certaines personnes n’aiment que le metal et n’aimeront pas cette évolution. Mais je n’ai pas encore eu de retour de ce type pour "Megalomania". Ce que je veux dire c’est que le temps des grands groupes de hard rock jouant dans des stades est révolu. C’est triste mais c’est ainsi. Et plutôt que de se tourner vers le passé, il faut se réjouir des développements actuels. Nous ne sommes plus à l’âge de pierre et les évolutions musicales sont également nécessaires pour le jeune public. En revanche, les fans de metal traditionnel peuvent trouver leur compte en achetant le nouvel Accept…
Es-tu conscient qu’avec cet album, certains parleront de démarche "commerciale" dans votre changement de cap, votre musique devenant plus "accessible" ?
Ce n’est pas la première fois que j’ai ce type de retour notamment sur notre vidéo postée sur YouTube mais je considère que ce sont des conneries parce que notre son est très dur notamment sur les parties instrumentales. Nous avons toujours eu une ballade dans chaque album de Kissin’ Dynamite, ce qui est une sorte de marque de fabrique… Pour toutes ces raisons, je ne dirais pas que nous sommes plus commerciaux aujourd’hui. Si on entend par commercial le fait que nous soyons plus moderne, peut-être mais ce n’est pas une démarche conçue pour que nous vendions plus d’albums… Non, encore une fois, c’est juste ce que nous voulions faire !
Pourquoi une pochette aussi épurée alors que votre musique devient beaucoup plus riche : était-ce une volonté affichée ?
Le contraste est intéressant. En effet, ce qui est à l’intérieur de cet album est si énorme que nous trouvions intéressant de faire un visuel dans un style petit et simple,
Quand tu regardes cette pochette, il y a de la valeur : les lettres en or… cela montre que ce qu’il y a à l’intérieur en a encore plus !
N'avez-vous pas peur de vous attirer les foudres de la communauté catholique avec la fin de votre clip vidéo pour 'Dna' ?
Non ! Il n’y a pas de raison que Jésus ne se soit pas fait tailler de pipe (Rires) ! Tout le monde a sa propre opinion sur le sujet mais je pense que si tu es une bonne personne, tu n’as pas besoin de prier Dieu tous les jours pour aller au Paradis. Les bonnes personnes ne volent pas, ne tuent pas… et tout se passe bien pour elles…
"'Megalomania' est l’album le plus authentique de Kissin’ Dynamite !"
Qu’attends-tu de la sortie de cet album, qu’il vous ouvre de nouvelles portes d’un public encore plus important ?
Je l’espère vraiment ! Je ne peux pas te répondre mais ça serait parfait pour nous et les derniers événements nous ont montré que nous étions sur la bonne voie : "Megalomania" est l’album le plus authentique de Kissin’ Dynamite ! Nous avons tout fait par nous-mêmes, du moins toutes les idées viennent de nous que ce soit le visuel, les vidéos… Si cet album nous permet d’avoir encore plus de succès et nous ouvre les portes pour un futur qui n’aurait pas été envisageable si nous avions sorti un deuxième "Money, Sex and Power"… alors je serais content.
Avant de se quitter, pourrais-tu dire un dernier mot en français aux lecteurs de Music Waves ?
En français ? Nous allons essayer (Sourire)…
Merci à Loloceltic pour sa contribution...