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TITRE:

BIGELF (20 Avril 2014)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK PROGRESSIF



Interview téléphonique de Damon Fox à l'occasion de la sortie, sur le label Inside Out, du dernier album de Bigelf.
PHENOMENA - 09.05.2014 -
6 photo(s) - (2) commentaire(s)

Bonjour Damon, merci beaucoup de partager ton précieux temps pour faire cet entretien. Je suis vraiment très heureux de pouvoir te parler aujourd’hui. 



Première question habituelle chez « Music Waves » : quelle est la question que l’on t’a trop souvent posée ?


Damon Fox : Tu veux dire concernant le dernier album ou juste en général ?


En général !

Je suis plutôt bon pour donner aux gens toutes les réponses dont ils ont besoin. Il y a toujours des interviewers qui ne connaissent absolument rien. Il y a aussi bien sûr, ceux qui sont fans et connaissent tous les détails sur Bigelf depuis nos débuts. Je pense que les questions basiques et sans intérêt concernent surtout mes influences. Je suppose aussi qu’une autre qui me gêne est : pourquoi Bigelf prend autant de temps pour faire un disque ? Pourquoi y a-t-il un tel fossé entre chaque album ? Vous savez, il y a l’agitation et les problèmes, les évènements de la vie entre les enregistrements… Cela me conduit parfois à louvoyer pour éviter de faire des réponses malheureuses. Je souhaiterais que cela puisse être une véritable entreprise et faire un album tous les 2 ou 3 ans, mais c’est ainsi, malheureusement...


Damon, peux-tu raconter à nos lecteurs l’histoire de Bigelf ? Quand le groupe a-t-il été créé ?

Oui, mais… combien de temps as-tu (rires) ? Je pourrais écrire un album à propos de cela ! Mais je vais te faire la version courte… En fait, j’ai démarré le groupe depuis un bon bout de temps, probablement 1991, avec une première formation où la musique avait des accents « vintage » qui pourraient être qualifiés aussi de «rétro» aujourd’hui. En tout cas, c’était vraiment la première fois en 20 ans que quelqu’un appelait cette musique «rétro». Est-ce que le «rétro» avait une connotation péjorative ? C’était pourtant notre style au début des années 90 alors que tout ne tournait qu’autour de ce qui était à la mode et qui séduisait l’auditoire. C’était donc plutôt dur à l’époque pour un groupe qui avait des influences multiples quand la plupart des gens trempait dans le rock/métal des années 80 du style des Red Hot Chili Peppers… C’était très dur de trouver des gens qui voulaient jouer des morceaux de type King Crimson, Black Sabbath.





Est-ce que tu aimerais participer à un projet de grande envergure avec d’autres musiciens célèbres ?

J’ai déjà réalisé cela en travaillant avec Mike Portnoy aux percussions, ainsi qu’avec JellyFish. Mais quand je réfléchis bien, il n’y a rien qui me fasse envie tout de suite. Certes, il y a des tas de groupes qui sont extraordinaires et je pense que les gars avec qui j’ai travaillé comme Mike Portnoy permettent de faire de trucs vraiment géniaux ! Finalement, peut-être qu’une collaboration avec Steven Wilson de Porcupine Tree pourrait être envisageable ? Il y a tellement de défis à accomplir, mais je n’ai rien de prévu dans mon panier…



Est-ce que tu décrirais ta musique comme progressive ?


Je pense que oui si je me réfère à la définition du dictionnaire. Si tu parles de l’idée de mélanger, comme ce dont nous parlions précédemment, certains autres groupes, d’autres styles, l’écriture, les riffs, les harmonies pour retrouver toutes ces textures, alors oui, ma musique est incroyablement progressive ! En revanche, si tu parles strictement du mot progressif associé au rock, seuls certains éléments sont à l’intérieur. Ainsi, tu peux retrouver des petits morceaux de King Crimson, Rush et Genesis. Il y a seulement 6 grands groupes qui sont progressifs à mon sens. Et tout le reste… ce n’est qu’une espèce de copie. Par exemple, Aerosmith, Rage Against The Machine sont aussi progressifs. Après tout, ils poussent la musique plus loin vers l’avant, tout comme le faisaient The Beatles, avec de grands moments progressifs où chacun peut se dire : « comment arrivent-ils à faire ça » ?

Je pense que nous avons une approche progressive proche de Dream Theater, Rush ou des groupes du même style. Mais pour être tout à fait honnête, je ne pense pas que nous soyons si progressifs que ça ! Bigelf possède plus un aspect progressif au niveau artistique et visuel qu’au niveau musical (les lumières sont extrêmement importantes ainsi que les pochettes d’album).


A propos de l’enregistrement d’«Into the Maelstrom», Est-ce que vous enregistrez séparément ou ensemble ?

D’habitude, j’enregistre toute la bande. C’est juste Mike et moi. Les percussions en premier et ensuite le reste. A mon avis, un des points principaux de Bigelf est la complexité des chansons.


Comment arrives-tu à développer ce son unique ?

Je ne sais pas… J’écris juste ma musique… Je canalise une grande partie de ce que je fais. Je ne suis pas du genre à écrire tout un tas de notes. Je fais les choses comme elles me viennent. J’écris juste mes chansons, un point c’est tout. Par exemple hier, j’étais en train d’écrire, et j’ai fini par utiliser 2 idées qui me trottaient dans la tête depuis près de 20 ans ! Ça m’est juste arrivé comme ça. J’ai jeté les idées sur le papier et à la fin, pour je ne sais quelle raison, à ce moment, ça a pris du sens. J’essaye d’être très ouvert, d’être vraiment le catalyseur des idées. Avec cet album, j’ai vraiment essayé d’obtenir quelque chose de plus apocalyptique, définitivement psychédélique, comme dans une sorte de futur rétro. J'ai essayé de trouver un moyen de m’enfuir avec cet album. Et c’est aussi le but de notre musique, trouver la formule qui arrive à nous faire supporter les choses de la vie.


Comment te sens-tu par rapport à votre dernier album «Into the Maelstrom» et où te projettes-tu concernant l’évolution de la musique de Bigelf ?


Merci pour tes précédents compliments concernant notre « son ». Il faut savoir que Bigelf peut avoir une multitude de styles dans une seule et même chanson. Cela dépend vraiment de la façon dont je ressens la chanson au moment où je l’écris. Il m'est impossible de savoir quels sont les styles que je vais inclure dans mon prochain album. Je pars sans but précis. Concernant cet album, ça faisait longtemps que j’avais cette envie de voyage dans le temps, un voyage psychologique avec une vision apocalyptique du futur et je devais absolument faire une apocalypse futuriste pour cet album. Il fallait que ça sorte de ma tête. Mais je n’ai toujours pas d’idées pour le prochain album. Je ressens juste les chansons comme si c’était mon prochain voyage. Pour Bigelf, j’essaye de garder l’esprit ouvert en général mais aussi face aux autres membres, car je considère que je ne suis pas le seul qui conduit le bus. J’ai beaucoup d’intuition quand j’écris des chansons alors, je la suis, c’est tout !


Comment décrirais-tu un concert de Bigelf ?

Je le décrirais comme un show de Pink Floyd  !


Est-ce que tu vas venir jouer en France en 2014 ?


Oui, je ne sais pas si c’est en été, mais nous essayons de venir à certains festivals. Et je prie pour que nous fassions quelques séjours en France pendant notre tournée ! Nous y revenons toujours car nous faisons toujours de bons spectacles en France.



Si tu devais choisir une chanson de Bigelf qui incarne le groupe ? 


Hummmm (Ndlr: il réfléchit longtemps)… Je me tournerai vers mon second album avec 'Disappear'. J’adore jouer cette chanson avec Bigelf. Je la joue la semaine prochaine avec Mike (Portnoy) à «Progressive Nation At Sea». Concernant Bigelf, c’est un peu comme «Stairway To Heaven». C’est le début, les origines, l’énergie, l’accomplissement, la passion… C’est la quintessence mentale de Bigelf. Son son, son corps. Une autre chanson pourrait être 'Counting Sheep', qui caractérise aussi des moments essentiels dans Bigelf. Mais bien sûr, Il faut garder à l’esprit qu’il y énormément de styles différents dans nos chansons !


Quels sont les groupes que tu écoutes en ce moment ?


Oh, mon iPod est en fait dans l’autre pièce… Je vais plutôt prendre mon iPhone…  Oups, en fait il n’y a aucune musique sur mon iPhone… Attends une seconde, je vais quand même aller chercher mon iPod… et je te donnerai une réponse honnête ! Pour être tout à fait honnête, je n’ai pas écouté grand-chose ces derniers temps car j’étais dans la phase de conception de l’album. Je bossais sur le master  pendant les vacances et c’était très intense car j’enregistrais l’album moi-même. Certes pas tout, mais une grosse partie de l’ingénierie a été faite par moi. C’est d’une telle intensité et ça entraîne une telle fatigue. D’habitude, j’écoute seulement de la musique en voiture et c’est celle de ma femme ou de mon enfant mais dernièrement, j’ai écouté Rage Against The Machine, Muse… et hier, Magical Mystery Tour. Et bien sûr, toujours The Beatles !


Si je te dis que pour moi, tu es semblable à Transatlantic, avec un mélange psychédélique/hard fusion, comme dans le prog des années 70. Qu’en penses-tu ?

(rires) Tu dis que je suis une deuxième version de Transatlantic ? Huuuum, je pense que Bigelf a une approche bien plus agressive que Transatlantic. Ils sont plutôt “proggy”.


Que penses-tu de Transatlantic ? Êtes-vous dans le même bateau (ils ont tous les 2 le même label : « Inside out »)?


Oui, d’ailleurs nous jouons la semaine prochaine au Progressive Nation At Sea ! L’autre jour (ou plutôt soir) Mike et moi étions à Los Angeles pour les voir et leur spectacle était génial, ils étaient vraiment extraordinaires. Ils sont complètement épanouis, ce sont des gars super ! J’écoute de la musique avec quelque chose d’un peu plus «heavy», d’un peu agressif qu’eux. De ce fait, je ne me dirige pas habituellement vers la musique progressive. Je pense que le fait de ne pas écouter de musique «heavy» entraîne l’écoute d’une musique intellectuelle plus «pop», qui génère des «hits» très calibrés, quelque chose semblable à The Beatles. Pour ma part, je recherche des choses plus simplifiées. Transatlantic est un peu trop nonchalant pour moi, sans vouloir être négatif.


Que penses-tu de Mike Portnoy ?

 Il est une source d’inspiration comme ami et comme artiste. Il travaille dur. C’est impressionnant de voir combien il s’impliquait dans Dream Theater, dans les affaires au jour le jour, avec les fans, les spectacles… en gros, dans tout ce qu’il fait ! C’est un bourreau de travail.

C’est pourquoi il est une source d’inspiration. J’essaye de m’approcher de son niveau. C’est la personne qui travaille le plus dur que je connaisse. Je pense qu’il pourrait bien saturer un jour tellement son implication est diverse, mais après tout, c’est un percussionniste de génie ! Je lui suis reconnaissant de m’avoir donné du temps pour ce nouvel album. Il y avait une réelle alchimie entre nous. Il sait entrer dans la musique, énormément de gens sont surpris ou choqués quand ils entendent Mike jouer car il a fait beaucoup pour ce disque. Il y des percussions avec des moments explosifs, et beaucoup de gens disent : «Cela ne sonne pas du tout comme du Portnoy» ! Je pense que j’en ai déjà dit beaucoup à propos de Mike et de Bigelf. C’est une combinaison de collaborations où nous arrivons à nous rejoindre et où il va jusqu’à se plier en 4. Après au final, il est surtout reconnu pour faire des choses très techniques.



Quel a été pour vous le plus grand changement après avoir rejoint le label Inside Out ?

Ce qui est super avec ce label, c’est qu’ils ont une route toute tracée vers les fans de rock progressif. Je pense que les différences entre maintenant et mon précédent label sont que nous avons trouvé notre vitesse de croisière. Avec ce nouveau label, nous avons plus de gens qui travaillent sur l’album et qui sont experts dans leur domaine. Ils savent comment vendre ce type de musique. Je pense que cela va pousser Bigelf au niveau supérieur.

Le groupe aura plus de revenus et je suis heureux de cela car nous avons eu quelques problèmes par le passé pour trouver le bon équilibre. Nous avions eu beaucoup de soutien avec le label précédent, mais c’était un peu petit et modeste. Ils savaient lever et gérer des fonds, mais pas toujours comment relier les points pour toucher les fans. C’est juste une question de chance, trouver les bonnes personnes, au bon endroit, au bon moment… et à la fin, tu peux jouer ta musique !


Parle-nous un peu de ta grande histoire d’amour avec le Mellotron et le Hammond ? Comment cette rencontre a-t-elle eu lieu ?

(Ndlr : Là, il y a un énorme blanc, il a l’air d’être surpris et touché)

Oh la vache ! En plein dans le mille ! A l’origine, j’ai essayé de concentrer la chose naturellement. J’étais à la fois dans le synthétiseur et la guitare et je me suis mis très tôt à ce «sampling». Et quand il est sorti, il y avait ce son à l’intérieur du Hammond, le sampler, l’orgue ou peu importe ce que c’était… J’ai trouvé ça plutôt sympa et comme je ne jouerai jamais de la guitare comme Ace Mark, je suis allé vers le clavier. Alors comment faire de la guitare, puis du clavier… et de la guitare (rires) ?

Alors je suis allé avec de grands espoirs vers le clavier et je pense que j’avais bien calculé, j’allais prendre un orgue Hammond et résoudre la chose. Nous allions trouver un Mellotron comme dans 'Strawberry Field' avec plein de bonnes choses. Et ainsi, nous avions les instruments qui résonnaient comme Bigelf. C’était comme si je l’avais toujours su. Vous savez quand vous écoutez Pink Floyd, cela jaillit comme le bon son du « rock’n roll » ! Les moments les plus magiques de ma jeunesse ont été d’écouter 'Strawberry Field'  quand j’étais au lycée, en pensant mais qu’est-ce que c’est que ce son, ce son si génial. Qu’est-ce que ce son avec ces chansons si particulières ? Et finalement, j’ai trouvé que le Mellotron avait une âme à l’intérieur et que c’était un instrument magique, alors c’était vraiment un de nos premiers objectifs avec Bigelf de conserver ces choses et d’en faire un des instruments de notre groupe. C’est un peu comme avec nos chansons, ce que tu demandais précédemment, notre son, une guitare «heavy» avec le Mellotron et le Hammond, et aussi une sorte d’harmonie «pop» qui fait notre recette. Je pense que ce serait un peu idiot pour Bigelf de ne faire que du métal.



Quelle est la question que tu voudrais que je te pose ?

(Rires) Voilà un entretien très créatif et intéressantQuand les gens posent des questions, ils ne parlent que du disque, mais toi, tu veux aussi parler du pourquoi et du comment du Mellotron, des moments spéciaux dont je me souviens et ce sont vraiment des questions intéressantes… 

Pour être honnête, je suis bien la dernière personne à savoir quelle question me poser à moi-même ! Quand je fais un entretien, je suis plutôt bavard, alors tant que tu tiens l’artiste (moi) en haleine et que les questions ne sont pas banales, c’est super. Les questions que je voudrais que tu me poses, tu me les as déjà posées.


Dernière question, quel message aimerais-tu transmettre aux lecteurs de Musicwaves ?


Si vous n’avez pas entendu Bigelf avant, il faut absolument que vous écoutiez ! Vous vous trouverez en train de vous demander ce qu’il s’est passé avec l’esprit du «rock’n roll» et la passion que j’avais quand j’écoutais The Doors, Queen et Deep Purple, cette origine naissante, ce son magique, ce que Bigelf essaye d’incarner depuis ces 20 dernières années, et cette sensation de ce qui manquait à la musique des années 90… Donc découvrez, et si ça vous touche, écoutez-nous et venez voir nos spectacles ! Nous espérons revenir en France en septembre !



Plus d'informations sur http://www.bigelf.com/
 
(2) COMMENTAIRE(S)  
 
 
METALNATURE
13/05/2014
  0
Merci, je fouille pour trouver les albums de ce groupe que je ne connaissais pas! Thanks!
MR.BLUE
09/05/2014
  0
Voilà un entretien fort intéressant et dont l'authenticité du Monsieur donne envie de découvrir le groupe. C'est trop court ! :)
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