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TITRE:

KYO (14 OCTOBRE 2025)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK ALTERNATIF



Malgré ses plus de trente ans de carrière jalonnée de désormais sept albums et "Ultraviolent" le dernier date, la popularité de Kyo ne faiblit pas...
STRUCK - 07.11.2025 -
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Malgré ses plus de trente ans de carrière jalonnée de désormais sept albums et "Ultraviolent" le dernier date, la popularité de Kyo ne faiblit pas comme en témoigne ce concert à La Defense Arena en mars 2027. Dans ce entretien, Benoit Poher -frontman du groupe- se livre sans filtre sur sa passion de la scène et des mots qu'il pose poétiquement sur ses maux. Une plume reconnaissable entre mille caractéristique de la signature Kyo qui explique forcément le succès constant du groupe... 


Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée et à laquelle tu aurais marre de répondre ?


Benoit Poher : Pourquoi Kyo ? (Sourire)


Et on ne te la posera pas (NdStruck : Le nom est inspiré d'un personnage du jeu vidéo manga "King of Fighter")…

Mais ça arrive encore, non pas parce que les gens ne savent pas mais pour recadrer leur interview…


Nous sommes guidés par la passion de la musique




Vous retrouvez le public avec "Ultraviolent", un titre fort qui semble condenser la tension et la beauté de votre époque. Quelle envie première a donné naissance à cet album ?

L'envie première a été motivée par la passion de la musique. En dehors du projet, du nom et tout ça, nous sommes guidés par la passion de la musique et dans ces conditions, on va continuer à essayer de faire des albums.

On a aimé le fait que le nom "Ultraviolent" soit impactant sur forme et parce que ça questionne. Sur le fond, c'est plus un constat : le morceau qui ouvre l'album s’appelle également ‘Ultraviolent’ et quand j'avais fait écouter la première version de ce titre -qui a bien changé d'ailleurs- avec ce texte, c'est Nico (NdStruck : Nicolas Chassagne, un des deux guitaristes) qui a constaté en lisant mon texte que la vie est ultra-violente. On est assailli et abreuvé de news assez sombres constamment depuis quelque temps.

On a mis trois ans pour écrire cet album et finalement, ça paraissait un peu sombre comme titre mais assez symptomatique de l'état d'esprit dans lequel on était depuis ces trois dernières années.


Et ce terme de "ultaviolence", est-ce une manière d’exprimer l’intensité des émotions plutôt que la violence elle-même ?


C'est les deux, en fait. C'est pour ça qu'il était approprié à savoir qu'il y a également de la violence dans les choses qui ne pas forcément négatives notamment dans les relations amoureuses qui est un thème que Kyo a quand même bien poncé (Rires) mais qu'on abordera jusqu'à la fin : ça fait partie de nos considérations et puis surtout, on ne va pas se mentir les mecs, il n’y a rien de plus important, il n'y a rien au-dessus de ça.

Je prends souvent comme exemple, le coup de foudre -à savoir les mots "coup" et "foudre"- c'est violent alors que c'est quand même quelque chose d'heureux quelque part. Mais évidemment, on dit tomber amoureux, on emploie le verbe "tomber" et pas un autre. Et donc, à défaut de violent, ce sont des choses de forte intensité et c'est ça qui est présent dans beaucoup de textes de l'album.


Si vous croyez qu'on va partir, Kyo est toujours là et on sera là pour les années qui viennent




Avec ‘K17’, on découvre un Kyo plus abrasif, presque cathartique. Comment ce morceau est-il né, et qu’avez-vous voulu y libérer ?

Il y a un truc que je qualifierais de fun fact, c'est que dans le titre, je chante "rebooster la natalité". Et certaines personnes ont voulu politiser ce propos alors que moi, c'était tout simplement -comme chaque album- une métaphore ou une image du coït, de la relation sexuelle que je n'aborde jamais frontalement… D'ailleurs, je voulais faire un concours pour les fans pour recenser l'intégralité des fois où j'ai parlé de sexe sans le nommer.

Et "rebooster la totalité", ça vient de ça, ça veut juste dire faire l’amour. Mais sinon le morceau est fait avant tout pour être fun avant d'être statutaire.

Et personnellement, j'aime bien la première phase un peu provoc' : "Parler de nos vies au passé, c'est parler de nous à l'envers". C'est une façon de dire que si vous croyez qu'on va partir, Kyo est toujours là et on sera là pour les années qui viennent. Donc c'est aussi un jeu : je m’amuse aussi beaucoup !


C’est le but…

C'est hyper important sinon, on arrête tout ! Et puis, en termes de musique, je pense que c'est l'impact du fait que ça fait quatre ans qu'on est en tournée et on va probablement repartir l’année prochaine… On n'a jamais fait ça : quatre ans consécutifs et cinq ans, encore moins. Je pense qu’on s’est dit qu’il fallait un titre qui marche bien sur scène et c'est le seul titre qu’on a joué sur scène -on a joué ‘Hors du temps’ également une fois- cet été et ça marche très bien.


L’ADN de Kyo reprend le dessus à chaque fois



Ce titre a une énergie fédératrice, mais aussi une part d’ombre. Quelle place occupe-t-il dans la construction globale du disque ?

Il est un peu à part parce que si dans mon esprit, l’album devait être douze morceaux comme ‘K17’ (Sourire) mais l’ADN de Kyo reprend le dessus à chaque fois à savoir que le critère principal de sélection des titres -on en a fait presque 50, on en retient 12 dont un interlude donc en fait, y a onze chansons véritablement- c'est l'émotion que ça procure, parfois, ça ne va pas dans sens des morceaux les plus "pêchus".

Mais c'est vrai que comme la scène est devenue le nerf de la guerre pour tous les artistes, je ne voudrais que des titres de scène. Après, ce n'est pas parce qu'il a des titres plus lents ou plus "ballade" que ça ne fait pas des titres de scène.


Justement ‘Hors du temps’ que tu as cité vient en miroir : une ballade suspendue, pleine de douceur. Comment passe-t-on d’un cri à une caresse sans perdre la cohérence du tout ?

Je dirais que c'est historiquement un truc qu'on a déjà fait. Le meilleur exemple est quand on est revenu après la longue pause avec l'album "L'équilibre", on sort deux titres en même temps -en tout cas deux titres qu'on a clippé et qu'on a sorti en même temps- à savoir ‘Le Graal’ qui était le single officiel et ‘L'équilibre’ qui était un titre beaucoup plus traditionnel Kyo, en tout cas qui avait plus de résonance avec les titres qui avaient fait notre succès. C’'est donc une façon de se rassurer et de rassurer les fans…


… une sorte de transition douce.

Oui, c'est ça. Et donc sur ‘K17’, on explore, on tente des nouvelles choses, on a le titre live. Mais par la suite, on a 'Hors du temps' dans lequel on retrouve l'univers de Kyo...


S'il y avait eu douze bombes hyper "pêchues", on les aurait mises dans l’album !




Mais tu disais que si ça ne tenait qu’à toi, il y aurait eu douze ‘K17’, tu n’éprouves pas une sorte de frustration de ne pas être allé au bout de ce rêve ?

Ce n’est même pas ça… Je pense que s'il y avait eu douze bombes hyper "pêchues", on les aurait mises dans l’album ! C’est juste que les meilleurs titres n’étaient pas forcément cela. En fait, on recherche toujours les meilleurs titres et aussi les meilleurs textes !


Et que deviennent ces autres titres plus "pêchus" ?

Certains ne passent pas l'épreuve du temps et d'autres, oui. Quand tu écoutes certains titres deux ans après les avoir composés, ils sont toujours cool mais et tu te dis que tu as envie d'en faire quelque chose.


Et d’autres où tu te dis que vous avez bien fait de ne pas les garder…

(Rires) Ça arrive tout le temps ! Ça arrive tout le temps que tu réalises rétrospectivement que certains titres n'étaient pas bons. Mais pour répondre à ta question, il y a aussi les rééditions qui sont pas mal pour ça.


La modernité, c'est aussi l'ouverture d'esprit !




Entre les guitares organiques et les nappes électroniques, votre son semble évoluer sans renier son ADN. Comment avez-vous trouvé cet équilibre entre modernité et continuité ?

C'est dû au fait qu'on a travaillé avec des producteurs. On avait déjà commencé à faire ça sur la réédition de l'album "Le chemin" -et d'ailleurs, on travaille avec les mêmes gens globalement sur "Ultraviolent"- et ça, c'est quand même nouveau pour Kyo parce qu'on a toujours tout fait nous-mêmes avec l'aide d'un réalisateur mais tous les arrangements étaient de nous.

Et là, on a travaillé avec des gens qui sont souvent plus jeunes -on ne va pas se mentir (Sourire)- et qui sont plus doués que nous dans ce qu'ils font. Même si on se challenge à chaque fois, on a quand même une façon traditionnelle de travailler due tout simplement à notre âge, à notre expérience. Mais on reste très curieux et à ce titre, tous les vendredis -jour de sortie des albums- je vais écouter 10 albums et notamment ceux qui sont mis en avant via l'algorithme. Et comme j'écoute plein de musique différente finalement l'algorithme me propose des trucs hyper variés. Je suis toujours très curieux et on découvre des trucs qui défoncent même si ce n'est pas dans le style spécialement rock ou pop. Mais justement, on travaille avec des producteurs qui savent travailler dans ce sens-là : la modernité, c'est aussi l'ouverture d'esprit ! Et donc à l'avenir, je pense qu'on continuera comme ça…


La musique est devenue de plus en plus hybride


Dans des titres comme 'Soleil Noir' ou 'Formidable', on perçoit une couleur plus électronique, presque urbaine. Comment cette dimension s’est-elle imposée à vous ? Était-ce une envie d’actualiser le son de Kyo ou simplement une évolution naturelle ?

Les deux notions ne sont pas contradictoires parce que j'ai l'impression que la musique est devenue de plus en plus hybride. Pour ‘Formidable’, c'est le groupe irlandais Kneecap -qui a fait beaucoup polémique pour sa positionnement pro-palestinien- qui m’a inspiré : leur musique est très rap en général mais ils ont un titre qui était un peu punk et j’ai adoré et je me suis dit que ça pouvait être une direction. C’est comme ça que ça marche : tu te dis qu’il y a des trucs à prendre dans des morceaux que tu écoutes.

Mais c'est horrible parce que je ne peux pas regarder de film ou de série parce que dès que j'entends un son qui me plaît ou qui me donne une idée- j'arrête la série, je vais sur Tunefind pour trouver le titre, je regarde s’il est disponible sur Apple Music, je le télécharge et je le mets dans un dossier "Trucs cools dont il faut s'inspirer" (Sourire). Tu imagines bien que c'est très chaotique quand je regarde des séries…


On sent une écriture plus frontale, presque désarmée (‘Les amants’). D’où vient ce besoin de parler plus directement, sans détour ni filtre ?

C'est une très bonne question...


J'ai toujours eu cette façon d'écrire assez poétique




… merci mais ce sera la seule…

(Rires) Non pas que les autres n’étaient pas bonnes mais celle-ci est particulièrement savoureuse.

Non, je dis que c’est une bonne question parce que ça m'intéresse et c'est une question que je me pose. J'ai toujours eu cette façon d'écrire assez poétique en raison de ce que j'ai aimé dans la chanson française mais aussi pour être au plus près de ce qu'on est et pour être le plus spontané et sincère possible. Mais c'est vrai que c’est bizarre de systématiquement tout enrober de poésie… Donc ce truc plus frontal, c'est aussi pour être plus près de ce que je suis de mon être, de mes émotions.


Vos chansons oscillent souvent entre lucidité et lumière. Comment avez-vous abordé ce thème du contraste dans "Ultraviolent" ?


J'ai la sensation qu'on est tous ambivalents. Je pense que c'est la nature même de l'être humain et je ne conçois pas les choses autrement : cette ambivalence -qui est la mienne, qui est celle de beaucoup d'entre nous- est le thème global de l'album à savoir cette faculté à focaliser sur nos névroses alors qu’il y a des choses beaucoup plus graves par ailleurs… Et quand on réalise qu’on se demande comment on peut se prendre la tête pour ça mais ça ne dure 24 heures (Sourire) !


La pochette de "Ultraviolent"» joue elle aussi sur le contraste : un carré noir au centre d’un fond floral éclatant qui ressemble un peu à "A Head Full of Dreams" de Coldplay. Ce dialogue entre ombre et couleur, entre sobriété et vitalité, traduit-il visuellement ce que vous exprimez dans l’album ?

Oui, complètement L'idée ne vient pas de nous : on travaille avec Jérôme Riera -un ancien Vegastar de la Team Nowhere (Sourire)- et c'est lui qui a proposé cette idée-là en collaboration avec Louis Granet qui est le peintre à l'origine du tableau. Peintre qu’il a fallu convaincre mais il est adhéré parce qu’il faut imaginer que tu fais faire un tableau par un mec qui est doué et toi, tu lui colles un gros carré noir dessus (Rires). Mais le concept l'intéressait, c'est pour ça que ça fonctionne bien.

On a beaucoup aimé la pochette parce que déjà, il y a la forme aussi et pas que le fond. On a montré cette pochette pour la première fois quand on était à l'Accor Arena pour annoncer l'album et visuellement, ça avait de la gueule sur les écrans.

Ce contraste est donc exprimé dans les textes mais également dans cette pochette.


Il ne faut donc pas du tout y voir le fait que le temps ait fait son effet sur vous et que pour la première fois vous ne vouliez pas être sur la pochette ?


Tu as raison ! Non mais il faut assumer son âge, sinon c'est ridicule. Déjà que je fais gaffe à la façon dont je m'habille pour ne pas verser dans le jeunisme. J'ai 46 ans et quand je débarque en survêtement Adidas : on me fait parfois remarquer que j’ai 46 ans.


J’ai juste envie de me marrer !


A ce titre, te poses-tu cette question au moment d’écrire les textes des nouvelles chansons ? Comme nous avouait Sinclair lors de notre récente interview quand il avoue "interpréter les chansons d’un autre" lui qui ne représente plus celui qu’il est aujourd’hui même si tu parles de Peugeot 205 dans un des titres…

(Rires) Je sais pertinemment que je vais en perdre quelques-uns sur cette allusion…

Je m'étais énormément posé la question après la pause où je me suis dit, je vais chanter ‘Je cours’ -un morceau qui parle d'un gamin en classe- ou ‘Tout envoyer en l’air’ et je me demandais comme j’allais faire… J’avais cette appréhension mais ce sont des incontournables qu'on est obligés de jouer sur scène pour ne pas décevoir le public. Mais la première chose quand j’ai vu le public en question, c’est que certains avaient mon âge, d’autres avaient 30 ans mais tous étaient en train de surkiffer. C’est donc en les voyant eux que je me suis rendu à l’évidence et qu’il fallait que je fasse pareil c'est-à-dire que -évidemment, tu ne tiens plus ces propos, évidemment, tu chantes plus pareil- juste kiffe et célèbre ces "classiques" en te marrant avec les gens et en prenant le plaisir de leur faire plaisir. Et désormais, je me suis complètement détendu et je n'y vais même plus en me disant que je joue un personnage : j’ai juste envie de me marrer !


Certains morceaux paraissent plus introspectifs, d’autres plus explosifs. Est-ce que cet équilibre reflète tes propres états d’esprit du moment ?

C'est surtout que si je ne fais que des textes qui parle de ma dépression, ça va être un album compliqué : il faut varier les plaisirs…


Mais certains artistes en font leur fonds de commerce…


C’est pas faux ! Cela dit, ça l'a beaucoup été déjà avec Kyo… D'ailleurs, je suis content d'avoir sorti un titre ‘Hors du temps’ qui est plutôt optimiste, c'est un coup de foudre, une histoire d'amour qui -pour une fois- ne finit pas mal… Plus sérieusement, il y a plein de choses magnifiques et il faut en parler aussi.


Pour moi, le studio, c'est vraiment l'enfer !




Après toutes ces années ensemble, qu’est-ce qui continue à vous surprendre les uns chez les autres en studio ?

Je ne suis pas la bonne personne pour parler de ça parce que pour moi, le studio, c'est vraiment l'enfer ! J'adore écrire et j'adore être sur scène...

En fait, il y a le côté ultra excitant quand tu écris et que tu as l'impression de trouver un truc -d'ailleurs, même quand ça n’aboutit pas, ce moment que tu as vécu, on ne te l'enlève pas- est un vrai plaisir.

Quand je dis que le studio, ce n'est pas mon truc, c'est parce que dans ta tête, j'ai un fantasme de ce qu'est le morceau. Et quand tu commences à le produire, ça s'éloigne souvent de ton fantasme et tu réalises que ce n’est pas du tout aussi bien que ce que tu pensais…


Donc très souvent déçu de la concrétisation de tes idées en studio ?

Je trouve que c'est très dur de faire concrètement ce que tu as en tête.


Et à l'inverse, t’arrive-t-il d'être surpris du résultat qui est meilleur que ce que tu imaginais ?


Oui ! C'est rare mais ça arrive. Et quand ça arrive, c'est extrêmement jouissif !


As-tu en tête un titre qui s’inscrit dans cette logique ?

Typiquement, ‘Formidable’ est un morceau qui ne ressemblait absolument pas à ce qu'il est aujourd'hui. D'ailleurs, le tempo n’était pas le même et justement, j'entends Kneecap -je fais une prod de merde parce que je ne sais faire que ça- et je mets un beat sur un tempo similaire et je me rends compte que le texte marche et qu’il y a une énergie… Je le fais écouter à Jocelyn (NdStruck : Jocelyn Moze, batterie) -on était en séance d'arrangements, d'écriture…- il l’a pris, s’est isolé en s’enfermant dans sa piaule. Il est revenu et il avait mis un gros beat crade et en l’écoutant, j’ai trouvé ça incroyable : c'est ainsi que le morceau devait être ! Et je te jure, si on écoute la version d'origine, ça n'a rien à voir… C'est vraiment trop cool quand ça se passe comme ça : c'est très excitant !


Dans cet album, il y a l’idée de se confronter à soi, à l’époque, aux autres. Qu’as-tu découvert sur toi-même en l’écrivant ?

Je ne découvre rien sur moi en écrivant. Comme beaucoup d'artistes, j'ai des trucs qui bouillonnent en moi et j'ai cette chance incroyable comme un auteur de romans, comme dans toute forme d'art : tu poses tes textes et tu as quelque part l'impression de pouvoir passer à autre chose.

Je déteste ce terme parce qu'il est tellement employé mais ce côté cathartique est réel. C'est notre petite thérapie à nous les artistes. Généralement, une fois que c'est posé, une fois que c'est exprimé, tu te sens mieux et tu as l'impression que tu peux passer à un autre chapitre de ta vie.


C’est ultra rassurant d’avoir cette armée de fans




Votre public vous suit depuis plusieurs générations. Comment perçois-tu cette fidélité : comme une force, un miroir ou parfois un défi ?

C'est avant tout une force parce que c'est très sécurisant de se dire que selon les ventes d'albums, selon l'état du marché, il y a toujours des gens qui sont là et qui vont nous voir sur scène. Le nombre de billets de concerts qu'on vend n'est pas forcément indexé sur le nombre d'albums qu'on vend et vice versa. Donc ça veut dire qu'il a une fanbase qui est là et c’est ultra rassurant d’avoir cette armée de fans qui étaient des gens qui avaient entre 15 et 20 ans quand "Le chemin" est sorti et ce sont des gens qui sont là encore aujourd'hui.

C’est également un défi évidemment parce que tu flippes toujours de les décevoir.

C’est un miroir ? Je ne sais pas… En tout cas, je sais que plus tu vas sonder profondément en toi, plus ça va avoir de la résonance chez les autres : comme quoi on n'est pas si différents les uns les autres que ce qu'on voudrait bien nous faire croire.


Quand tu penses à la scène, quelles émotions souhaites-tu provoquer avec ces nouveaux titres ?

Un concert doit être un rollercoaster. En tant que le spectateur, la hantise est quand je commence à m'endormir ou quand je commence à regarder l'heure qu'il est sur mon téléphone. C'est la hantise de tout performer (Sourire). J'ai l'impression qu'il faut qu’il y ait de la variété dans les émotions et qu'il ait du relief dans un show.


Si "Ultraviolent" devait être une couleur, un paysage ou une sensation, à quoi ressemblerait-il ?

Ce ne serait pas une couleur, ce serait toutes les couleurs qu'il sur la pochette.


Et au fond, que voudriez-vous que le public retienne de cette nouvelle aventure : un son, une émotion, une vérité ?


En numéro un, l'émotion. Puis, une vérité en tout cas la mienne mais comme on le disait, peut-être aussi celle des autres.


C'est chaud de tenir le cap, d'être pertinent au fil des années



Que de chemin parcouru depuis vos débuts. Pensais-tu il y a trente ans être ici au sein des locaux de Sony pour répondre à une interview pour le nouvel album, trente ans après ?

Non. Franchement, je ne pensais pas... Très jeune, on avait envie de faire ça de notre vie très tôt. Si on nous avait dit ça, on aurait été super contents. Peut-être quand j'avais 15 ans oui, mais quand on a commencé à connaître le métier, c'est chaud de tenir le cap, d'être pertinent au fil des années. Et c'est surtout la concurrence de jeunes talents qui sont très doués et qui arrivent en masse. Donc c'est hyper challengeant, c'est hyper cool, ça élève le niveau vers le haut. En revanche, c'est une grosse pression !


Et finalement, quels sont les attentes pour ce nouvel album ? Et quand on s’appelle Kyo avec une carrière comme la vôtre, a-t-on encore des attentes ?

Heureusement, sinon on arrête. Je ne pourrais pas faire ça si je n'étais pas concerné. Je réponds toujours la même chose, j'attends d'un album qui me permette d'en faire un autre après.


Tu as évoqué la pause du groupe, tu n’avais pas cet état d’esprit à un moment donné de ta carrière ?


Non mais regarde ce que j'ai fait de la pause : j’ai fait des albums (Rires) ! J'ai fait deux albums d'Empyr pour lequel nous nous sommes rencontrés avec des tournées, on a fait des trucs à l'international… Finalement, cette pause n'était pas musicale.


Créer en français me manquait trop !




Et pourquoi avoir mis fin à cette parenthèse Empyr qui avait eu son moment de gloire à l’international en faisant figurer un de ces titres dans la série "Les Experts" ?

La raison numéro un, c'est parce que c'est en anglais. Ca nous a permis de faire des choses qu'on n’a pas pu faire avec Kyo mais créer en français me manquait trop ! Et surtout quand je créais avec Empyr, c'était notre producteur Ken Andrews qui m'aidait à faire les textes parce que si je parle anglais je ne sais pas ce qui est cool à dire. En fait, j'avais un filtre, j'étais obligé d'avoir une tierce personne qui me disait ce qui était cool ou non.


En tant qu’amoureux des mots, tu étais frustré de ne pas pouvoir écrire librement.

Oui, c'était la motivation numéro un.


Et toujours concernant Empyr, ce supergroupe était composé notamment de Frédéric Duquesne, actuellement chez Mass Hysteria. Ce nouvel album de Kyo comporte un duo avec MDNS mais je me demandais si tu avais déjà envisagé d’inviter Mouss ?

Je ne suis pas convaincu qu’une telle collaboration corresponde à ce que ses fans attendent.
Mais c’est vrai que j’ai écrit un titre -qui s’appelait ‘Monde nation’- et j’avais envie de faire un truc un peu politique, j’aurais eu envie de le faire avec Mouss et d’autres gens.


Tu lui as fait écouter ?

Non parce que je ne l’avais pas totalement fini…


Tu parlais d’attentes artistiques, on est en plein dedans…


C’est vrai qu’il faut arrêter d’anticiper : il faut tenter des choses…


On a commencé cette interview par la question qu’on t’a trop souvent posée au contraire quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ou à laquelle tu rêverais de répondre ?

Je n'en ai pas, parce que les réponses que je vais avoir dépendent toujours de la personne que j'ai en face de moi. C'est une interaction mais c’est vrai que trouver un truc à dire absolument, je ne suis pas assez discipliné pour ça.

Mais il y a des projets très importants qui concernent Kyo. Tu me demandais si on avait encore des attentes quand on a notre carrière -sachant qu’on a fait quand même pas mal de trucs- c'est forcément quelque chose d'artistique. Effectivement, on sait qu'on ne va plus vendre un million de disques, on sait qu’on a eu les Victoires de la Musique, les NRJ Awards… je serais ravi d'en avoir d'autres -ça fait toujours plaisir- mais ce n'est pas ce qu'on attend ; ce sont des "cases" qu’on a déjà été cochées. L'ambition est plus artistique et artistiquement, en termes de shows pour la suite, ça sera des trucs qu'on n'aurait jamais faits. L'ambition est là... 


Tu parlais tout à l’heure de tes névroses. Comment vas-tu aujourd’hui ?

Moi ça va mieux justement après cet album.


Je suis un chanteur qui est une race bizarre : on est tous tarés !




Cet album en particulier ou à chaque sortie d’albums ?

Je suis un chanteur qui est une race bizarre : on est tous tarés !

Mais chaque sortie d’album me fait du bien, à chaque fois, je me sens mieux. Mais je vais trouver d'autres galères, ne t'inquiète pas, et heureusement, sinon j'arrêterais d'écrire.


Merci beaucoup !

Avec plaisir.


Merci à Calgepo pour sa contribution...



Plus d'informations sur http://www.kyomusic.com/
 
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