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TITRE:

GRANDMA'S ASHES (07 OCTOBRE 2025)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

STONER



En peu de temps, Grandma's Ashes a réussi à se faire place dans la scène metal française qui va encore grandir avec la sortie de "Bruxism"...
STRUCK - 14.11.2025 -
10 photo(s) - (0) commentaire(s)

Après un premier album "This Too Shall Pass" particulièrement bien accueilli et qui leur a notamment ouvert grand les portes du Hellfest en 2023, le trio revient avec un second effort plus brut et metal que jamais et qui va continuer à leur ouvrir d'autres horizons...





Quelle est la question qu’on vous a trop souvent posée et à laquelle vous auriez marre de répondre ?

Myriam El Moumni : Comment on s'est rencontrées.


On s’est renseigné par ailleurs et on ne vous la posera donc pas (NdStruck : Eva cherchait des membres pour fonder son groupe et elles se sont rencontrées sur le site Easyzik)

Myriam : Merci !


Votre actualité est la sortie de ce nouvel album "Bruxism", qui renvoie à ce réflexe inconscient de serrer les dents. Qu’est‑ce qu’il évoque pour vous, au‑delà de cette image physique – une tension intérieure, une résistance, une façon de tenir ?

Eva Hägen : Exactement ! C’est totalement une façon de tenir, une façon d'encaisser, une façon de subir et de tenir le coup parce qu'on n'a pas le choix.


Sur cet album, on s'est toutes les trois laissé aller à une expression plus brute !




Ce titre évoque une tension silencieuse, presque corporelle. Comment cette idée s’est‑elle traduite dans votre manière de créer ensemble ?

Myriam : Énorme question !

Edith Séguier : Clair, c'est bien d'avoir des questions que l'on n'a pas l'habitude d'entendre...

Myriam : Je pense que ça s'est traduit avec la volonté de faire de la musique beaucoup plus brutale, rentre-dedans, droit au but… Et sur cet album, ça s'est beaucoup traduit au niveau de la voix d’Eva et sa volonté de faire du growl et de vraiment se laisser aller à nos émotions là où sur le premier album, on était plus contenues, plus perfectionnistes… Je pense que sur cet album, on s'est toutes les trois laissé aller à une expression plus brute !


Et comment expliquez-vous ce lâcher-prise sur ce deuxième album par rapport au premier ?

Edith : Il y avait des circonstances où pour la création du premier album, on était au moment du Covid. C'était un grand moment de solitude où on se voyait toutes les trois, on avait beaucoup moins de contact avec l'extérieur : c'était très introspectif. Et quand on a tourné avec cet album, on s'est dit qu’on avait envie de communier physiquement avec notre public.


Justement c’est paradoxal, on aurait pu penser que cette extériorisation aurait été plus importante pour le premier album en raison de ce confinement…

Eva : Justement on était dans cet état de dépression -un peu comme beaucoup de gens- et en sortant, on a réalisé qu’on pouvait anticiper la scène, anticiper les réactions du public et se dire qu'on avait envie de faire de la musique explosive pour pouvoir ensuite s'amuser dix fois plus sur scène.


J'ai voulu devenir une chanteuse metal à part entière !


Comme tu te suggères, l'expérience de la scène a influencé ce deuxième album…

Eva : Elle a énormément influencé le second et surtout le Hellfest : on voulait voir sauter, faire faire des circles pits à ces milliers de gens…

Edith : Même si on adore que les gens soient touchés par notre musique et ressentent de la mélancolie… on vit dans un monde violent et il faut qu'on trouve un moyen d'extérioriser.

Eva : Je pense qu'à travers la tournée, on a compris -avec les différentes personnes avec qui on a tourné et notre public qui grandit- qu'on avait vraiment envie de s'ancrer dans la scène metal parce que c'est dans cette scène-là qu'on se sent bien aussi, d'où l'intervention du growl : j'ai voulu devenir une chanteuse metal à part entière ! C’est vraiment ce que j'ai envie de faire, c'est vraiment comme ça que je me sens bien, c'est vraiment avec ce style-là et ce type de public que je m'épanouis sur scène.


On y reviendra. Par rapport à "This Too Shall Pass", ce disque paraît plus dense, plus organique. Comment avez‑vous cherché à rendre le son plus incarné, plus viscéral ?

Myriam : Je pense que c'est dans la manière d'enregistrer ! Sur "This Too Shall Pass", on fonctionnait déjà comme ça. On compose toutes les trois, on jamme énormément. Et sur cet album il y a certains morceaux comme ‘Cold Sun Again’, ‘Sufferer’ qui sont sortis assez vite, finalement. Et même si l'enregistrement de l'album a pris du temps -ça s’est étalé sur deux ans- je pense que le moment où le morceau est sorti est un moment qu'on a essayé de cristalliser et d'enregistrer assez rapidement, même si ça a été beaucoup retouché derrière. En tout cas, on a essayé de garder ce côté brut des premières démos…
Et on a travaillé avec Jesse Gander -un Canadien qui a enregistré le groupe Brutus notamment, dont on est très fan- et justement, il a cette manière d'enregistrer les groupes où pour employer ses mots, il dit qu'il prend un groupe et il en fait la meilleure version d'elle-même, sans la dénaturer. C'est pour ça qu'on l'a fait appeler lui, sachant qu’en live, on a un son, on a une énergie et on a envie d'avoir cette même énergie mais sur l’album, et donc en mieux produit. Il ne nous a pas poussé à la perfection -alors que nous sommes toutes les trois perfectionnistes- au contraire, il nous a dit que le plus important, c'est de choisir les prises qui sont les mieux senties, qui vont le mieux servir le morceau.
On est assez attachées aux démos qui peuvent avoir un feeling, une vibe qu'on n'arrive pas à reproduire en studio : il nous a donc laissé la liberté de pouvoir prendre des choses qu'on avait enregistrées nous-mêmes avec nos propres moyens, même si on était dans un méga studio à ICP (NdStruck : ICP Studios à Bruxelles) et finalement prendre l'effet de guitare bizarre que j'ai fait à 3h du matin chez moi parce que je n’étais pas capable de le reproduire en studio (Sourire)...


On compose tout temps dans la nuance…




La tension est omniprésente dans "Bruxism", mais elle ne vire jamais à la démonstration. Comment parvenez‑vous à maintenir ce fil entre retenue et déflagration ?

Edith : C’est la définition même de Grandma’ Ashes (Sourire) ! C'est vraiment ancré dans nous et c'est difficile de dire d'où ça vient. Je pense qu'on a beaucoup de respect les unes pour les autres et quand on compose ensemble, on fait beaucoup de compromis, du coup ça amène à cet équilibre constant : on compose tout temps dans la nuance…


Mais pas trop envie d’exploser à trop faire de compromis ?

Eva : Certains morceaux sont nés comme ça notamment le morceau avec le Vocoder, où je l'ai un peu introduit à 3h du matin chez moi et j'ai envoyé la démo en me disant j'espère que ça va passer… Et finalement, les filles ont trouvé ça hyper cool : on est toujours à l’écoute les unes des autres...

Edith : On a toujours un côté cérébral qu'on a gardé de "This Too Shall Pass" qui est de toujours tout calculer : on est trois calculatrices, trois psychorigides et on ne laisse jamais le corps s'exprimer à 100 % ! On va vers un lâcher-prise total et cet album est la première pièce, première pierre de l'explosion finale qu’on retrouvera peut-être avec le troisième, quatrième album…


Votre musique oscille entre puissance et fragilité, colère et pudeur, qu’on retrouve sur un titre comme 'Cold Sun Again'. Comment trouvez‑vous cet équilibre sans le calculer ?

Myriam : C'est aussi parce qu'on est toutes les trois hypersensibles et qu'on compose beaucoup notre musique en fonction de ce qu'on ressent. Quand on  jamme, on se donne des thèmes par exemple, quand on traite de dépression et l'envie de l'accepter et de l'accueillir, forcément, on va avoir envie de faire un riff triste qui soit puissant et aussi un peu festif quelque part…
Ce sont déjà des sentiments à la base qui sont complexes -entre pudeur, fragilité, violence… On définit déjà bien ça avant de faire de la musique. On parle beaucoup de nos émotions en mettant des adjectifs un peu plus complexes que "triste" et "heureux" et forcément, notre musique est plus complexe que "triste" ou "heureuse" (Sourire)…


Le dernier titre de cet album 'Dormant' est d’une intensité folle. Il semble condenser toute la charge émotionnelle du disque. C’est le moment où tout se relâche enfin, ou au contraire celui où tout se resserre ?

Eva : C'est totalement les deux ! ‘Dormant’ est la dernière chanson qu'on a composée de l'album. C'est le moment où on a cristallisé ce qui allait se passer dans l'album, où on a défini quelles chansons allaient rester -elles sont finalement toutes restées (Rires)- mais également ce qui allait se profiler pour la suite de Grandma’s Ashes.
C’est la chanson qui a défini comment on allait définir l'album. C'est la chanson où on a arrêté de faire des compromis et on s'est dit qu’on allait faire tout ce qu'on a envie de faire. On a totalement lâché prise, c'est une chanson où on a mis aussi bien du chant clair que du chant saturé C'est la chanson où j'ai commencé à faire du chant saturé alors que je ne prenais des cours que depuis six mois. Les filles savaient que j’avais très envie de le mettre sur l'album mais on s’est vraiment posé la question de savoir si c’était pour cet album ou le prochain…


Tu évoques ce chant saturé assez récent que tu as figé sur album en studio mais comment cela va-t-il se passer sur scène ? N’appréhendes-tu pas ?

Eva : C'est encore mieux en fait ! En live, c'est encore mieux parce que l'adrénaline pousse. Souvent pour le chant clair, c'est difficile parce que l’adrénaline me fait beugler alors que je devrais être dans la retenue. Alors que là, c'est le moment cathartique. Autant sur ‘Flesh Cage’ que sur ‘Dormant’, les deux morceaux sur lesquels il y a du growl, ce sont des morceaux qui à la fin de notre setlist, ce sont des moments où je suis très boostée par l'énergie du public, c'est la fin et je me sens chargée de tout ce qui s'est passé sur scène avec les filles et avec le reste du public. C'est le moment où j'ai beaucoup d'air, où j'ai beaucoup bougé, où il commence à avoir de la fatigue et de la sueur, où c'est le parfait moment finalement pour déchirer son T-shirt (Rires) et sortir ce qui reste : c'est le mot de la fin ! C’est génial et excessivement cathartique : je suis très contente qu'on ait pu faire ça.


Je suis une chanteuse très pudique !




Comment as-tu appréhendé cette exploration entre contrôle et lâcher-prise ?


Eva : De manière générale je suis une chanteuse très pudique ! Il y a beaucoup de choses que je craignais de faire dans l'album précédent. C’est exceptionnel qu'on ait pu travailler avec Jesse Gander pour cet album parce qu’il n’a montré aucun ego par rapport à ma façon de chanter, il ne m'a pas trop dirigé : il m’a juste conseillé d’être brute et d’être vraiment toi-même, et il m'a vraiment donné confiance en moi ce qui était hyper important pour le côté vocal même pour les chœurs à nous trois… Il n'y a eu aucune remarque, aucun jugement : il m'a laissé très libre de faire ce que je voulais -même techniquement- en ne m'orientant pas… Ça m'a permis d'être moi-même, brutale, d'explorer des trucs et j'ai découvert des trucs de moi-même pendant les prises.


Ca n’est donc pas lui -sur un titre comme ‘Flesh Cage’ par exemple- qui vous a poussé à ce que les chœurs soient très axés B-52’s et que le chant saturé soit typé Alissa White-Gluz ?

Myriam : (Rires) Non, ça c'est nous ! Jesse a enregistré l'album mais c'est nous qui avons fait tous les arrangements, la réalisation, la composition...


A cet égard, on sent une vraie symbiose entre vous trois, une manière d’occuper tout l’espace sans jamais saturer. Comment se construit cette alchimie au moment d’écrire ou de répéter ? Vous avez évoqué les compromis mais comment avez-vous construit cette alchimie sans déséquilibrer l’ensemble ?

Edith : Je pense qu'on se laisse beaucoup de liberté : on teste tout et on prend le temps de faire c'est des temporalités très étendues…

Myriam : Je pense qu’il existe 15 versions de ‘Dormant’...


Mais la bonne est celle que vous avez enregistré à 3h du matin…

Myriam : (Rires) C'est celle qui est sortie un mois avant l’enregistrement. Soit on se fixe très rapidement sur une version d’une chanson qui nous plaît dès le début, et puis il y a d'autres morceaux qui sont un peu en jachère dont il existe plusieurs versions jusqu'à ce que l'une d'entre nous arrive en répétition et dise qu’elle a trouvé LA version.

Eva : Mais finalement, on n'est jamais vraiment sûres parce qu’il nous est arrivé que le lendemain d’avoir trouvé LA version justement, une d’entre nous autre dise qu’elle trouve qu’elle s’est plantée sur le couplet et propose une nouvelle chose qui va faire l’unanimité…


‘Saints Kiss’ à ‘Dormant’ [...] représentent la métamorphose de Grandma’s Ashes du stoner rock à quelque chose de vraiment très metal


C’est tout le défi d’un compositeur : savoir quand arrêter…


Eva : On le sent au niveau des thèmes qu'on voulait aborder. La palette des dix morceaux présents sur l’album est assez intéressante et englobe tous les thèmes de "Bruxism".
Et aussi musicalement, il a cette transition et qui s'est opérée pendant deux ans où on est passés de stoner à cette affirmation d'être de plus en plus metal. Je crois que quand Eva est arrivée avec la version finale de ‘Dormant’, on s'est dit qu’on pouvait clore un chapitre parce qu'on est passé littéralement de ‘Saints Kiss’ à ‘Dormant’ -qui sont respectivement la première et la dernière chanson de l'album- ils représentent un peu la métamorphose de Grandma’s Ashes du stoner rock à quelque chose de vraiment très metal et très atmosphérique…


Justement, on perçoit dans l’album du stoner, du progressif, mais aussi une forme de sensualité à la Garbage sur 'Calix…

Grandma’s Ashes : Ahhhh merci !


…ou de tension à la Skunk Anansie…

Eva : Les meilleures références !


Nous sommes toutes les trois des éponges...




… Comment ces influences se sont‑elles fondues à votre propre ADN sonore ?

Edith : C'est nous au fond ! On a vraiment des références tellement larges qu’on s’est laissé la liberté d’être lyriques, romantiques tout autant que violentes et faire des choses très saturées. Ça nous a fait marrer de faire ‘Calix’ qui est une chanson de "charo".

Myriam : Ce sont des groupes qu'on écoute mais qu'on n'essaye pas forcément de copier : nous sommes toutes les trois des éponges... On digère très vite…

Eva : On réadapte… On passe notre temps à se faire écouter des choses et se demander ce que les autres en pensent… En général, on prend de ces influences plus ce que ça nous évoque, ce que ça nous inspire -pas spécialement musicalement- juste l’atmosphère qui peut être sexy, toxique et ça donne ‘Calix’…

Edith : Ensuite, on se fait tourner la tête aussi toute seule parce qu'une fois qu'on avait fini l’album, on s'est dit que ça n’avait aucun sens de sortir des chansons comme ‘Calix’ ou ‘Dormant’ avec du growl, du Vocoder… On se demandait si c’était vraiment nous ? Et finalement, tous les gens à qui ont fait écouter l’album nous ont dit que nous faisons ça depuis le début, à savoir des collages de tous ces sentiments qui nous ressemblent… Et c’est notre force !

Eva : Je te dirais pour conclure que ce qu'on a découvert globalement c'est que "Bruxism" est un album très rebelle, beaucoup moins dans la retenue… et finalement ce qui rassemblait un peu tout ça, c'était le grunge et le grunge est lui-même tellement large et tellement metal, parfois tellement nu-metal, parfois tellement sensuel comme Garbage… Il y a une ambiance à la ‘Only Happy When it Rains’ de Garbage sur tout l'album : de lâcher-prise, de féminité assumée…


Votre musique semble dialoguer entre vulnérabilité et puissance comme sur le morceau 'Flesh Cage'. Est‑ce aussi une manière d’affirmer votre place dans un univers encore très masculin, sans forcément en faire un manifeste ?

Eva : Totalement !

Myriam : Je pense que c'est même inconscient. On n'a jamais écrit de texte purement féministe, très premier degré mais plus on avance dans nos carrières de musicienne -nous sommes des jeunes femmes qui avancent dans le milieu rock, metal- et plus on monte et moins, j’ai l’impression de trouver de femmes… Par exemple, aux cérémonies des Foudres dans deux jours, nous allons être les seules femmes à performer
Quelque part on a la chance de faire cette musique et d'être très puissante sur scène mais parfois, on se sent aussi vulnérables et c'est justement une force de pouvoir l'exprimer et de pouvoir se dire qu'on se fait confiance toutes les trois.


Je ne sais pas à quel point notre sensibilité transparaît dans ce qu'on fait mais notre public y est très sensible …


Votre musique semble faite de vibrations plus que de sons. Quand vous composez, cherchez‑vous à toucher l’auditeur au corps autant qu’à l’esprit ?

Eva : Totalement ! En fait, assez rapidement quand on était sur scène et quand on a commencé à faire de la musique et pouvoir faire écouter ce qu'on faisait sur des plateformes, beaucoup de personnes nous ont dit que ça les touchait quand bien même il n'y avait pas les paroles, ou que les personnes ne savaient pas de quoi la chanson parlait. Il y a eu beaucoup de : "Ça m'a fait du bien !" surtout l'album qu'on a composé pendant Covid "This Too Shall Pass" qui parle beaucoup de résilience, de tristesse, de deuil aussi. Énormément de personnes qui -sans lire les paroles- ont perçu la fragilité, la sensibilité, la tristesse, la beauté des sentiments qu'ils ressentaient à l'écoute de l’album.
‘Cold Sun Again’ est une chanson sur mon expérience de dépression qui est chronique. On échange énormément avec les filles, et je sais que quand on aborde des sujets et quand on vient avec des textes, il y a beaucoup de compréhension, aucun jugement et c'est un peu ce qui se passe aussi magiquement avec notre public. Il y a certaines chansons, on espère en les composant qu’elles seront reçues de telle façon et c’est ce qui se passe à chaque fois sans qu’on sache comment c'est possible… Je ne sais pas à quel point notre sensibilité transparaît dans ce qu'on fait mais notre public y est très sensible, très réceptif et quasiment à chaque fois, on tape dans le mille… Parfois il nous donne son interprétation qui peut être totalement différente de la nôtre et pourtant, c'est le même thème et ça les a touchés de la même manière que nous, même si c'est très différent.


Finalement, entre rage, lumière et abandon, "Bruxism" dégage une forme de résilience. Cette libération, vous l’avez vécue aussi comme une reconstruction, à la fois individuelle et collective ?


Eva : Moi, individuellement, oui, beaucoup. Je pense que c'est vraiment l'album où j'ai lâché prise en tant que chanteuse. J'ai appris que je n'avais plus besoin de me retenir de quoi que ce soit… J'ai toujours craint de faire du bruit mais j'ai toujours craint de paraître fragile aussi et dans cet album, je n’ai plus peur de rien !


A la fin de cet album, je me sens tellement mieux qu’il y a deux ans…




Tu assumes enfin qui tu es ?


Eva : Ça m’a aidé sur un plan personnel… A la fin de cet album, je me sens tellement mieux qu’il y a deux ans…


Même si on va mieux en soi, on reste des observatrices de ce qui se passe socialement.


Selon mon opinion, les meilleurs albums sont composés dans le mal-être. Tu dis aller mieux et nous sommes heureux pour toi en revanche, ne crains-tu pas pour le prochain album ?

Eva : Non, parce qu'on est très suivies par des psys (Sourire)…

Edith : C'est un mythe qui ne rend pas forcément justice au travail artistique, qui ne fait pas du bien aux artistes. Les artistes ont le droit d'aller bien (Sourire) et l'art se transforme aussi de ça.

Myriam : Je pense que même si on va mieux en soi, on reste des observatrices de ce qui se passe socialement. Même si on va mieux, le monde ne va pas mieux.

Eva : On va continuer de souffrir, on va juste l'encaisser un peu mieux.

Myriam : En tout cas, je trouve que notre rôle, c'est d'être témoin de ça et d'aider les autres à aller mieux dans ce monde qui est en train de brûler.

Edith : Je voulais également ajouter que comme ça fait huit ans qu'on se connaît, on arrive à se faire plus confiance qu'avant et ce qui permet ce lâcher-prise, c'est l'expérience de groupe en soi. Je ne pense que ça ne serait pas possible dans une forme d'individualité... On crée un espace à trois qui fait qu'on peut aller plus loin artistiquement : ce n'est pas tellement une question de bien-être, mais plus se créer des espaces où on peut s'autoriser à aller dans les choses les plus sombres de nos personnalités, de nos intimités. Et même si on va mieux, on se pose quand même toujours des questions.

Myriam : Tu parlais de vibration tout à l'heure et c'est ça être un bon artiste : c’est être à l'écoute des vibrations qu'il y a autour de nous et ce qu’il se passe autour de nous et ne pas s'enfermer dans quelque chose où on devient une pierre...


… Contrairement aux éponges que vous êtes…

Myriam : Exactement (Sourire) !

Eva : Et plus on va bien, plus on est sensibles à ces vibrations.


On a abordé le sujet du live. Mais à quoi doivent s’attendre ceux qui ne vous ont pas vues lors de votre prestation au Hellfest ou ceux qui vont vous découvrir lors des cérémonies des Foudres après-demain au côté de Carpenter Brut notamment ou encore votre Elysée Montmartre en mars 2026 ?

Eva : A une expérience scénique, j'ai envie de dire… On travaille plus le show dans son entièreté plutôt que les chansons et les expériences qui vont durer trois minutes pendant telle chanson. Il y a vraiment un fil conducteur entre tout ce qui se passe pour amener les gens pendant une heure à ressentir quelque chose en même temps que nous et avec nous. Il y a une volonté de plus de communion, plus d'immersion aussi, et de voyager avec nous vraiment du début jusqu'à la fin du show sans décrocher et de faire ressentir les choses comme nous on les ressent, de passer par des moments tristes, de passer par des moments de belles communions.

Edith : Pour la première fois, on a une scénographie maintenant, ce qui est quand même un luxe… On a une grosse tournée et tous les thèmes qu'on aborde dans nos chansons seront visuellement retranscrits.


On ne réalise pas encore !




Vous êtes finalement un groupe très jeune. Comment expliquez-vous un tel succès avec notamment ce Hellfest en 2023, le fait d’être invité pour jouer lors de la cérémonie des Foudres et donc l’Elysée Montmartre en tête d’affiche en mars 2026 ?


Myriam : On ne réalise pas encore ! L'album a été enregistré en février et on n’a fait que deux concerts. L'album n’est pas encore sorti d'ailleurs, et pour moi en tout cas, les chansons restent encore des choses qu'on a fait toutes les trois dans notre studio de répétition. Je me souviens encore quand on a fait ‘Saints Kiss’ et là, le morceau est sorti, il y a une semaine… Il y a plein de gens qui nous envoient des messages en disant qu’ils adorent. Il y a toujours ce truc de réalisation quand on sort un morceau ou quand on joue sur scène pour la première fois et qu'on voit la réaction en live des gens, et c’est à ce moment précis qu’on réalise que le morceau existe maintenant, ce n'est plus quelque chose qui n’est qu’à nous.
Je pense que l’air de rien, on a changé de label -on a signé chez Verycords et ça a été un processus dur pour nous de quitter l’ancien label, c’est quand même quelque chose qui a pas mal miné le groupe pendant quelques mois. Mais clairement, ça joue d'être bien accompagné, d'avoir des gens qui mettent tout en place et qui croient en nous surtout.


Et à ce titre, qu'est-ce que vous attendez de cet album ?

Eva : Qu’il marche au moins aussi bien que le précédent. Qu’il touche notre public d'une nouvelle manière, qu’il nous ouvre plus de portes. J'espérais un peu qu'en introduisant du chant saturé, ça nous ouvre des portes encore plus metal : c'est vraiment ce qui nous a plu dans la dernière tournée. Nous voulons donc continuer dans cette lancée.

Edith : Qu’il touche beaucoup de gens et que ça nous amène des nouvelles connexions. La semaine prochaine, on part le jouer à Séoul et je pense qu'on va rencontrer plein de nouvelles personnes…

Eva : … de très belles nouvelles connexions…

Edith : On fait des albums pour rencontrer des gens sur la route, rencontrer des destins différents.





Enfin, on a commencé l’interview par la question qu’on vous a trop souvent posée au contraire quelle est celle que vous souhaiteriez que je vous pose ou à laquelle vous rêveriez de répondre ?

Grandma’s Ashes : (Silence) Wahou !


Vous semblez caler sur cette question. Je vous propose d'y réfléchir et la prochaine fois qu'on se rencontre, on commencera l’interview par cette question et votre réponse…

Eva : Super !

Myriam ; On y pensera ! Elles étaient super tes questions…

Eva : Tes questions étaient géniales !

Edith : Incroyable !

Eva : Merci d’avoir pris le temps de creuser : c'est super !


Merci à Calgepo pour sa contribution...


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/nanyisnotdead
 
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