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TITRE:

EIGHT SINS (14 NOVEMBRE 2023)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

THRASH



A l'occasion de la sortie de son nouvel album, nous avons pris notre capsule direction Namek pour rencontrer le chanteur du groupe Eight Sins...
STRUCK - 01.12.2023 -
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Pour fêter son quinzième anniversaire, Eight Sins nous propose son nouvel album au nom évocateur "Straight to Namek" qui parlera aux quadragénaires qui ont grandi avec le Club Dorothée. Et pour l'occasion, le groupe se dévoile tel qu'il est sans fioriture : un groupe de crossover thrash qui n'a qu'une seule ambition, celle de se faire plaisir !





Quelle est la question qu’on t'a trop souvent posée et à laquelle tu aurais marre de répondre ?

Loïc Pouillon : Je n’en ai pas marre mais ce serait la question concernant la signification du nom Eight Sins (Rires)…


On n’avait pas de raison de se prendre la tête et seulement prendre du plaisir !


Et on ne te la posera pas. Eight Sins a vu le jour en 2006 mais vos débuts étaient plus hardcore et engagés, la pochette de "Serpents" était une charge contre un certain système mondial par exemple, comment expliquez-vous ce changement assez radical d’un côté sérieux vers du plus fun et décalé ?

Je dirais qu’à ce moment-là, il y avait tout ce délire autour de Charlie, il y avait des évènements un peu compliqués et on avait tous un peu la rage : c’était comme une fin d’adolescence. La musique a toujours été un vecteur pour exprimer des trucs, on a tous eu des gamins en même temps à ce moment… Ça peut paraître bizarre de dire ça, mais le fait de profiter différemment de la musique c’est-à-dire répéter comme un échappatoire de la vie de tous les jours, ça nous a détendus et on a constaté que c’était vraiment bon et cool de faire de la musique tous ensemble… On n’avait pas de raison de se prendre la tête et seulement prendre du plaisir !


C’est paradoxal parce qu’avec le temps, la maturité, on s’attendrait à l’inverse…

Eh bien non, je profite de chaque moment musical en me disant que j’ai énormément de chance d’être sur scène même si j’ai travaillé pour ça… Je peux raconter à mes collègues de travail que j’étais sur une scène devant 3 000 personnes pour tel ou tel festival : c’est quelque chose qu’ils ne vivront jamais ! Je me suis rendu compte de la chance que c’était de pouvoir s’amuser avec autant de personnes en même temps et finalement, le côté thrash fun nous a repris au passage…


D’ailleurs, votre nom même fait référence aux péchés capitaux en en créant un huitième. A cet égard et dans le prolongement des questions du début de cette interview avez-vous pensé à changer de patronyme ?

Non jamais…


… Mais tu es d’accord pour dire que ce n’est plus tout à fait en lien avec les thèmes abordés…

Bien sûr ! Après, ça dépend ce que tu considères comme huitième péché. En fait, on peut être un péché coupable comme un péché important. Pour moi, nous étions plus un péché coupable : le huitième péché capital nous représente plus ou moins !


Le crossover s’est imposé




Peut-on également expliquer ce changement thématique par un ras le bol : finalement rien ne changera dans notre monde…

C’est exactement ça ! En revanche, je n’ai pas l’impression que nous ayons changé de style, j’ai juste l’impression que nous avons assumé les choses. C’est-à-dire que dans Eight Sins, le premier album est certes hardcore mais nous étions jeunes et on voulait se fondre dans une scène en suivant les codes. Avec le temps, on a juste assumé nos goûts : on a toujours été trop metal pour la scène hardcore et trop hardcore pour celle metal. Du coup, le crossover s’est imposé : on est juste devenus qui on est !
Tu parlais de maturité mais pour moi, je l’ai dans ma vie de famille et du coup, j’ai ce besoin de lâcher la soupape et Eight Sins est ce moment dans lequel on va décompresser tous ensemble avec le public !


Et ce public justement, comment a-t-il pris ce changement, pas trop dur pour certains de passer de la lutte anti-système aux mangas et à la pop culture ?

La lutte anti-système, il n’y a que quelques textes mais ce n’était quand même pas la majeure partie de nos albums. Mais si tu regardes bien, dans ce nouvel album "Straight to Namek", il y a ‘Cops Panic’ qui est une chanson engagée ou du moins contre la maréchaussée parce que je trouve qu’il y a des débordements : quand les gens arrêteront de se taper dessus pour les mauvaises raisons et se retourneront contre qui il faut et qu’on sera tous ensemble, ça sera mieux.
Mais pour en revenir à ta question, je dirais qu’on a gagné des gens…


Pour cet album "Straight to Namek", vous avez fait appel à une campagne de financement qui a été un succès et a atteint 6 666 euros…

Et ouais, mec !


… La question est de savoir qui a versé les derniers euros pour atteindre ce seuil fatidique ?

J’ai vu que nous étions à un peu plus de 6 000 euros et j’ai écrit notre page Instagram ou Facebook qu’il fallait atteindre les 6 666 euros et un mec a amené ce qu’il faut et ça n’a plus bougé…


Le crowdfunding nous a permis de comprendre à quel point on avait un support



… Et quel était l’objectif de base ?

Il était de 3 500 euros…
C’est génial parce que le crowdfunding nous a permis de comprendre à quel point on avait un support. Quand tu fais de la musique dans ton coin, tu ne vois pas forcément autour de toi, tu fais ton travail, tu fais ton truc… Ça nous a permis de lever la tête et de constater qu’autour de toi, il y avait une armée de gens qui sont prêts à mettre de la thune sur ton projet : c’est génial ! Du coup, tu te sens légitime et tu sens que tu n’es pas là par hasard !


Malgré tout, ce genre de campagne est fortement à la mode et semble un peu s’user, vous n’avez pas eu de craintes ou d’hésitations avant de vous lancer ?

Comme je te disais, on avait la tête dans le guidon et tout le monde dans le groupe n’était pas forcément partant pour le faire parce que ça faisait les mecs qui grattent… Ecoute, on n’a jamais fait une telle démarche en quinze ans…


Tu dis que tu donnes l’impression de gratter mais cet argent n’est pas versé sans contrepartie…

Oui mais c’est l’image que ça renvoie aux autres : c’est bizarre mais c’est ainsi ! On s’est demandé si on avait les moyens de se payer un album à 10 000 balles ? Non ! Il fallait donc se faire aider et on l’a fait ainsi. Et comme je te disais, je senti la légitimité à ce moment-là. Il y a des gens qui nous suivent : c’est fou ! Et le palier de base de 3 500 euros, on l’a atteint en cinq jours alors que la campagne s’étire sur un mois… En fait, il y a des gens qui avaient envie de nous supporter et qui nous supportent toujours notamment quand on monte sur scène…


Cet album "Straight to Namek" qui est encore illustré par Chris Regnault, comment avez-vous réussi à travailler avec lui ?

Je suis tatoueur dans la vie civile et Chris Regnault est un pote qui a fait l’école de dessin avec moi… Il faut savoir que la plupart des gens qui travaillent avec nous sont des amis.


Chris Regnault est connu pour son travail en BD et en illustrations mais nous n’avons pas connaissance qu’il faisait dans la pochette d’albums ?

Il nous a fait la pochette de notre EP "It’s a Trap" mais j’avais en tête que Chris était un mec qui fait de la BD très historique mais je savais ce qu’il donnait en dehors de ça et je sais qu’il est hyper bon en caricature et il n’y a qu’à voir la pochette : on nous reconnaît directement ! Et il a fait ça avec plaisir parce que ça le sort de ses habitudes de travail de commandes typées Glénat. Cette pochette me régale : j’en suis extrêmement fier !


Nous sommes de la génération Club Dorothée !




Son travail des couleurs est remarquable, très flashy même, c’était important de telles couleurs pour bien illustrer votre thématique ?

Tout à fait ! Avec Chris, je dirais que nous sommes de la génération Club Dorothée ! J’ai vécu dans le fluo et même aujourd’hui, on porte du fluo partout : j’avais envie de réassumer ça ! A cette époque, tous les dessins animés étaient très colorés : l’univers Dragon Ball est plein de couleurs… C’était une vraie volonté : on voulait une pochette qui ressemble à la planète Namek et que ça casse les yeux !


Tu l’as dit, en parlant de droit vers Namek, vous parlez forcément aux amateurs de Dragon Ball et Dragon Ball Z plus précisément. Mais au-delà de la série représentée par Boo, on retrouve sur la pochette des références à "Ghostbusters", Yoda et "Terminator", tous les quatre caricaturés avec vos têtes. Vous plonger en héros c’était un fantasme pour vous ?

C’est carrément un fantasme mais on fait ça avec humour parce que Julien est en Terminator parce qu’il a toujours des trucs à fabriquer avec sa batterie, Arnaud est en Ghostbusters parce que c’est son film préféré, Mikael est le plus vieux du groupe donc on l’a mis en Yoda parce qu’il est vieux et moi, comme je suis le plus gros, on m’a mis en Booboo, c’est le personnage qui me représente le mieux !


Mais Boubou évolue en Boo par la suite…

Demain, si on fait l’Olympia, il va falloir que je maigrisse en faisant du CrossFit mais pour l’instant, je fais du CrossFat (Rires), on ne peut pas tout faire : chacun son truc !


Sur la pochette, on vous voit tirer mais qui visez-vous ?

On le voit à l’envers de la pochette qui est encore plus belle : on tire contre tous les méchants de notre enfance, d’Alien aux Gremlins en passant par Gene Simmons de Kiss qui faisait peur aux gosses, il y a Skeletor, Krang, Phoenix de Demolition Man, Predator, Cell, les dinosaures de Jurassic Park, Diskor de Jayce et les Conquérants de la Lumière… mais ils ont tous subi des changements… Et puis il y a des détails comme un préservatif, il y a des teubs et des chattes partout : notre ami Chris s’est bien amusé (Sourire) !


Ces références se retrouvent dans les titres, dans les interludes, on a repéré "Last Action Hero" bien sûr, le film d’horreur culte "Street Trash". Ce disque en fait c’est un hommage à une culture populaire entre les USA et le Japon ?

Aux meilleurs moments de notre vie quelque part…


Mais ne parles-tu pas comme un vieux con ?

Non je te jure que je suis un fan de toute cette période parce que c’est mon enfance et mon enfance était fun : je pouvais jouer dehors et nos parents ne nous cassaient pas les couilles ! C’était cool ! On avait une espèce de liberté et on regardait les débuts des gros films américains…


Outre la nostalgie, j’ai envie de partager ce qu’était [notre époque] !




Tu parles définitivement comme un vieux con…

Je suis un con ! Je vais avoir 40 ans mec : je suis proche Ehpad !
En tous cas, j’ai la nostalgie, mais outre la nostalgie j’ai envie de partager ce que c’était ! On a eu les débuts de Schwarzenegger, "Last Action Hero" est un film génial mais tous les films de Scharzy me font rire… Mais également tous les films avec Stallone, les Batman… ça avait un petit côté carton-pâte mais c’était bien fait et ça a bien vieilli : par exemple, les Gremlins ont très bien vieilli !
Non, pour moi, c’était une époque bénie pour le cinéma et le dessin animé…


Malgré tout ne craignez-vous pas de perdre certaines personnes pas totalement au fait de cette époque, les moins de 25 ans notamment ?

Je pense que tu serais étonné de voir à quel point les jeunes connaissent tout ça…C’est bizarre mais notre public de 20 ans s’y retrouve totalement. Ok, avec les plateformes, tu as plein de choses qui se font mais tu as aussi accès à ces anciens films et ils sont tellement culte que les jeunes qui les regardent, les kiffent : si tu mets les Gremlins ou Jurassic Park à un gamin, il va tripper parce que c’est génial !


Musicalement, on retrouve un esprit thrash percutant et galopant très en avant, ‘Acid Hole’ en particulier évoque Slayer, on y retrouve un côté speed féroce très années 1980. C’était l’idée de retrouver ce son sauvage du thrash originel ?

Carrément ! Eight Sins, c’est comme une recette dans laquelle tu mets les grosses mosh parts du hardcore pour se taper dessus et faire bouger la fosse et les riffs galopants comme tu disais à la Slayer pour lancer des circles pits. J’aime bien que la fosse soit animée, si les gens se regardent les pieds, je vais aller les chercher jusqu’à ce qu’ils bougent, c’est quelque chose qui me tient à cœur. Et du coup, musicalement, on est tous fans de Slayer dans le groupe : Slayer et Terror sont les groupes qui font l’unanimité parmi nous parce que ce sont des gros groupes qui tapent et en live, il se passe toujours quelque chose. Et en ajoutant ce côté léger que nous avons, en général, les gens repartent avec le sourire…


Au-delà de cet aspect que nous avons évoqué, le disque est avant tout un melting-pot thrash  : il y a du speed mais aussi du mosh dans ‘Cops Panic’ qui évoque Anthrax et du lourd comme le proposent Death Angel ou Testament comme sur ‘Last Action Zero’ ou ‘Straight to Namek’… C’était l’idée ce mélange des genres thrash ?

Tu m’as fait plaisir sur toutes les références que tu viens de citer. Et on revient là aussi dans le délire des années 1980 parce que tous ces groupes ont forgé le metal -en tous cas le thrash- comme il est aujourd’hui…
Je pense que tu ne peux pas mieux dire que ce que tu viens de dire : j’aime qu’on retrouve et on sente nos influences parce que c’est la musique avec laquelle on a grandi et qui nous a nourris… Pour ma part, c’est mon père qui écoutait ces trucs-là et à la maison on mettait les vinyles de mon vieux : Iron Maiden, Slayer…


Je suppose qu’il doit être fier de ce vinyle qui trône devant toi…

Je pense que ça lui fait quelque chose : il kiffe !
Au dernier festival qu’on a fait, mes parents étaient dans la fosse, j’ai parlé d’eux et les gens n’ont pas arrêté de leur parler…


On est tombés amoureux de cette scène [crossover] parce qu’elle nous représente !




Comme tu l’as évoqué, il y a aussi du crossover. On retrouve un ton Municipal Waste, Suicidal Tendencies dans ‘Last Action Zero’, ‘Slime River’, ‘Street Trash’ ou ‘Slice of Doom’ au travers des chœurs et de ce côté sautillant idéal pour lancer des pogos. Le crossover c’est aussi un pan de votre éducation métallique ?

Tout à fait ! En fait, on est tombés amoureux de cette scène parce qu’elle nous représente ! On est fans de thrash, on est fans de hardcore et pour moi, le crossover est le mix des deux…
Pour moi, une bonne chanson est une chanson que tu peux retenir et c’est la raison pour laquelle j’adore le titre ‘Street Trash’, c’est galopant, tu as le chœur qui revient… C’est une chanson un peu formatée, sauf que ce formatage fonctionne à mort et donc les gens la retienne vraiment. Sur les plateformes, elle est à 60 000 écoutes, ça ne nous est jamais arrivé : c’est incroyable ! C’est étonnant : elle est bloquée sur des playlists Spotify !


Le hardcore est donc un peu mis de côté mais ton chant reste proche du style. Est-ce que finalement votre lien avec le genre reste ton chant ?

Peut-être, et je pense aussi les parties un peu break à la fin des morceaux, ce qu’on appelle les mosh parts c’est du pur hardcore et les gens se préparent à se battre, c’est la guerre dans le pit


La scène justement, avez-vous des dates à annoncer et surtout peut-on espérer vous voir déguisés comme sur la pochette ?

(Rires) Notre date du 17 novembre à Romans sur Isère est sold out et c’est cool ! Le 7 décembre, on joue au Klub à Paris, le 8 décembre à la Brat Cave de Lille et le 9 décembre à Dijon… On a également une date à Grenoble, à Laval et des festivals qui sont en train de se booker pour l’année prochaine… Ça commence à bouger !


Et concrètement, quelles sont vos attentes pour cet album ?

On attend ce qui se passe actuellement à savoir qu’on a des retours ultra-positifs sur ce qu’on a fait. Je suis extrêmement content de cet album…


… Ce n’était forcément le cas des précédents albums ?

Si, si j’en étais content mais je sens différemment cet album : j’ai l’impression qu’il est abouti même s’il est très court et rapide, ça représente vraiment le groupe !
J’attends que cet album nous ouvre les portes de tous les gros festivals de metal parce que c’est le rêve de tout groupe ! Un festival, c’est mortel parce que tu te fais découvrir et tu vas capter des gens qui n’étaient pas venus te voir… En même temps, la tournée que nous entamons nous fait passer par des petits rades qui sont le sang du truc !




On a commencé cette interview par la question qu’on t’a trop souvent posée au contraire quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ou à laquelle tu rêverais de répondre ?

"Voulez-vous coucher avec moi ce soir ?" et je te répondrais non parce que je suis marié mais juste pour le principe, je serais heureux (Sourire)…


Je suis désolé mais je ne te la poserai pas…

(Rires) Mais putain, mec !


Merci quand même…

Merci à toi, c’était un vrai plaisir !


Et merci à Noise pour sa contribution...


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/eightsins
 
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