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TITRE:

ELOY (19 SEPTEMBRE 2023)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK PROGRESSIF



Au moment où "Echoes from the Past" clôt la trilogie dédiée à Jeanne d'Arc, nous avons rencontré Frank Bornemann qui nous fait une large tour d'horizon de son groupe, Eloy...
STRUCK - 20.10.2023 -
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A l'occasion d'un large tour d'horizon de la carrière du groupe qui aurait pu devenir l'équivalent allemand de Pink Floyd, la tête pensante d'Eloy -Frank Borneman- revient également sur ses regrets et notamment les raisons de la séparation du groupe au plus fort de sa carrière et surtout "Echoes form the Past" qui clôt la trilogie dédiée à Jeanne d'Arc et peut-être également la carière d'Eloy ?

Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée et à laquelle tu reverrais de répondre ?

Frank Bornemann : Je vais devoir y réfléchir… C’est très dur de répondre : il n’y en a pas (Rires) !





Frank, tu es un historien érudit de l’histoire de Jeanne d’Arc. Peux-tu nous dire comment t’es venue cette passion ?

Oh, c’est une longue histoire ! Ma première rencontre avec Jeanne d’Arc s’est faite dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Ma femme et moi sommes venus pour notre anniversaire de mariage. On se promenait dans les quartiers de Paris et celui de Notre-Dame, bien sûr. Et tout d’un coup, il s’est mis à pleuvoir, comme souvent à Partis (Rires). Nous n’avions pas de parapluie et on a donc décidé de rentrer dans la cathédrale de Notre-Dame…
Il y avait une musique à l’orgue très sombre et dépressive. Nous avons fait un petit tour dans la cathédrale et dans une niche, il y avait la tombe d’un cardinal avec énormément de bougies : c’était très impressionnant ! Nous avons continué notre tour et dans une autre petite niche, il y avait une petite statue de Jeanne d’Arc : c’était la première fois que je voyais une statue de Jeanne d’Arc ! Mais, il n’y avait que trois bougies pour Jeanne d’Arc. J’étais choqué de voir autant de bougies pour un cardinal et seulement pour trois pour Jeanne d’Arc : c’est Jeanne d’Arc, une héroïne de la France, une sainte ! Je devais faire quelque chose… J’ai donc acheté quelques bougies et finalement, il y avait une grande illumination autour de la statue de Jeanne d’Arc !
Une femme avec une longue robe blanche a commencé à réciter un texte : les mots sonnaient de façon très émouvante. J’aimais beaucoup… A cette époque, je ne parlais pas français et je ne comprenais pas ce que ce qui se disait mais à l’entrée de la cathédrale, il y avait une femme qui avait des prospectus avec les textes en français. J’ai quand même pris un exemplaire et plus tard, un ami m’a traduit le contenu.
Il s’agissait en effet des mots que Jeanne d’Arc avait prononcé au moment de son procès à Rouen : c’était très intéressant ! J’ai discuté avec ma femme : je ne savais pas pourquoi mais je devais faire quelque chose !


Tu as entendu la voix de Jeanne d’Arc ?


(Rires) Oui, oui… Non, je voulais faire une musique bien sûr, une chanson pour commencer : je n’avais pas le temps à consacrer pour un grand spectacle ou une grande œuvre… J’ai donc commencé à composer quelque chose mais le texte était trop factuel : ce n’était pas intéressant ! Je voulais écrire un texte un peu poétique, un peu différent… et l’inspiration de la musique m’est arrivée pendant une nuit : c’est ainsi que j’ai écrit ‘Jeanne d’Arc’ en 1990 qu’on retrouve dans l’album "Destination"…


Mais c’est amusant que cet hommage vienne d’un Allemand…

Je ne connaissais rien de Jeanne d’Arc si ce n’est ce qu’il y a dans les livres d’Histoire et quelques articles. Je savais que c’était une personne très importante dans l’Histoire française et pour moi aussi…


C’est un sentiment qu’on ne peut pas exprimer !




Mais pourquoi ?

Je ne sais pas : c’est un sentiment qu’on ne peut pas exprimer !


Comme tu l’as évoqué, "Destination" et "The Tides Return Forever" comportent chacun un titre dédié à Jeanne d’Arc mais visiblement ce n’était pas suffisant pour assouvir ta passion au travers de la musique…

C’est encore une autre histoire. En fait, après cet album "Destination", j’ai reçu un intérêt des Etats-Unis pour une musique de film sur Jeanne d’Arc, "Company of Angels". A cette époque, j’avais un contrat avec Warner pour être diffusé aux Etats-Unis, en Europe et le président de Warner Europe entretenait de très bonnes relations avec le président de Warner Amérique et lui avait fait écouter ma chanson ‘Jeanne d’Arc’ qui a immédiatement pensé que cette chanson convenait parfaitement pour le film "Company of Angels".
Plus tard, j’ai reçu une demande pour faire une chanson et je pense qu’il y avait une vraie chance pour que ma chanson figure dans le film.
Mais ce film dans lequel devait jouer Sean Connery mais également Sinéad O'Connor a été finalement annulé en raison des mauvaises choses qu’a pu dire Sinéad O'Connor sur le pape : c’était un grand scandale aux Etats-Unis !
Tu imagines bien ma frustration ! J’ai donc dû utiliser cette chanson ‘Company of Angels’ pour l’album suivant d’Eloy…


C’était très important d’écrire une œuvre authentique !


On se retrouve désormais pour "Echoes from the Past". Après les deux premières parties du concept au cours desquelles tu as balayé toute l’histoire de Jeanne d’Arc, on a été surpris de découvrir cette troisième partie, pensant l’histoire terminée. Avais-tu dès le départ prévu une trilogie ?

Au début, j’avais en tête de réaliser un spectacle musical, un opéra rock. J’ai commencé avec la première partie de la vision et du bûcher. Pour moi, c’était très important d’écrire une œuvre authentique ! A cet égard, j’ai pu discuter de mon projet avec Olivier Bouzy (NdStruck : qui est un attaché de conservation du patrimoine, docteur en histoire médiévale et spécialiste de Jeanne d’Arc) qui travaille au Centre Jeanne d’Arc à Orléans. Dès le début, j’ai eu le soutien des autres historiens comme Régine Pernoud, Marie-Véronique Clin…

Il y a beaucoup d’opinions contraires concernant la vraie l’histoire de Jeanne d’Arc : les historiens n’ont pas une unique vision. Heureusement, j’ai rencontré Olivier Bouzy qui m’a beaucoup soutenu… Mais la plus grande catastrophe a été le film de Luc Besson (Rires) !
J’ai visité tous les lieux marquants de la vie de Jeanne d’Arc, que ce soit Sainte-Catherine-de-Fierbois, Chinon, Orléans bien sûr, etc… C’était très important pour moi de faire cette œuvre authentique !


La plus grande catastrophe a été le film de Luc Besson !




Tu évoquais un opéra rock. Penses-tu pouvoir un jour concrétiser ce rêve notamment à Orléans, ce qui serait un magnifique clin d’œil à l’Histoire ?

Je serais bien entendu intéressé. Olivier Bouzy m’a dit que ce serait peut-être possible à Orléans, Rouen ou dans le département de la Lorraine. Mais il faut tout d’abord que je termine mon travail qui est le plus intéressant, le plus nécessaire !
Bien sûr que je serais intéressé mais la réalisation serait un peu problématique parce qu’il faudrait un orchestre, une grande chorale… c’est très complexe !
Plus je réfléchis, plus je me dis que la solution de concrétiser ce projet sur scène ne serait pas une comédie musicale avec des dialogues chantés : je déteste, c’est catastrophique (Rires) ! Non, je verrais plutôt des dialogues parlés par des acteurs sur scène mais la musique serait une autre histoire : ce serait séparé… Je verrais donc des dialogues parlés sur scène sans musique et la musique passerait ensuite…


Mais procéder de la sorte pour une trilogie, ce serait plus de trois heures de spectacle…

Ce serait un monstre mais "Les Misérables" de Victor Hugo était un monstre également (Rires) ! D’ailleurs, pour moi, Victor Hugo est le meilleur !


C’est donc ton idée, mais penses-tu pouvoir le réaliser ?

J’ai discuté de cette idée avec quelques personnes. Il y a beaucoup de musique mais le plus facile serait d’utiliser des musiques enregistrées et sur scène, il n’y aura que des acteurs qui réciteraient leurs dialogues… Je ne pourrais pas avoir un orchestre, une chorale : c’est très, très cher et personne ne peut se payer ça !
On a également l’option de projeter les textes -récités en anglais-, ainsi le public pourrait suivre l’histoire…


La marque de fabrique Eloy, c’est moi !


Maintenant que tu as clos la trilogie sur Jeanne d’Arc, on est en droit de se demander si Eloy a un futur, sachant que cette trilogie sonne comme un aboutissement de ta quête, tant personnelle que musicale ?

(Rires) En vérité, cette trilogie n’est pas une œuvre d’Eloy mais de Frank Bornemann ! La marque de fabrique Eloy, c’est moi avec une formation différente…


Alors reformulons la question, quels sont les projets de Frank Bornemann après la conclusion de cette trilogie ?


C’est une bonne question (Rires) ! Je ne suis pas en mesure de répondre : je ne sais définitivement pas (Rires) ! Pour le moment, je n’ai pas le temps de faire un nouvel album d’Eloy… Mais concernant la formation, il n’y a pas d’autre alternative pour Klaus-Peter Matziol : il est pour moi un des meilleurs bassistes au monde hormis John Entwistle des Who, Geddy Lee de Rush mais ils n’étaient pas prêts à quitter leur groupe pour me rejoindre (Rires) !
J’ai compris ta question : un album d’Eloy comprend beaucoup de musiciens mais je suis la tête pensante du groupe !


Justement près de 45 ans après la sortie de "Silent Cries and Mighty Echo", certains considèrent toujours Eloy comme un clone de Pink Floyd…

Pink Floyd (Rires) !


… Comprends-tu cette comparaison ?

Il y a une raison pour ça : ce sont les introductions ! J’ai joué quelque chose qui s’avérait proche de Pink Floyd (Rires)…


Je regrette que le groupe se soit séparé après "Silent Cries and Mighty Echo"...



Et justement après plus de cinquante ans de carrière, quel regard portes-tu sur ta carrière ? Es-tu fier de la carrière du groupe ? As-tu des satisfactions, des regrets ?

Pour être honnête avec toi, comme tu le sais, je regrette que le groupe se soit séparé après "Silent Cries and Mighty Echo". La situation n’était pas confortable : le groupe était dans sa formation optimale et j’étais forcé d’accepter certaines attitudes pour continuer la carrière d’Eloy. Je devais également accepter la situation du contrat avec la maison de disques qui exigeait qu’on sorte un album par année : ce n’était pas facile quand tu écris un concept album comme "Ocean" par exemple (Sourire)…
J’ai donc dû trouver un nouveau batteur, un nouveau clavier… c’était une étape compliquée ! Mais après la séparation, il n’était plus question de concept album, c’était un album de chansons.


Je suis conscient qu’on aurait pu devenir un groupe extraordinaire à la manière d’un Pink Floyd, Genesis…




Tu évoques malgré tout une séparation qui date de 1980. Il y a eu plein d’albums par la suite. Tu dois être fier d’avoir continué la carrière d’Eloy ?

C’était très important pour moi de continuer Eloy ! Je suis conscient qu’on aurait pu devenir un groupe extraordinaire à la manière d’un Pink Floyd, Genesis… C’est la raison pour laquelle j’ai voulu créer ce qui représente l’air du temps, une musique imparable… J’ai écrit pendant trois mois ce qui allait devenir le diptyque consacré à une histoire sur l’univers : "Planets" et "Time to Turn". "Planet" est sorti en 1981 et c’était une période très compliquée pour nous : en Angleterre, c’était l’explosion du punk rock, en Allemagne, c’était le noise
Je voulais continuer Eloy et faire notre propre musique en dépit des modes musicales dont je me fiche (Rires) !
Mais c’est vrai que pour les fans de rock progressif, nous avions une réception remarquable… mais la période de la musique n’était pas favorable pour notre type de musique. Et notre maison de disques de l’époque (NdStruck : EMI) voulait d’un tube (Rires) ! J’en ai parlé à ma femme et pendant qu’elle préparait le repas, j’ai eu le temps de composer la chanson ‘Time to Turn’ (Rires) ! Le refrain était trop haut pour moi ? Mais pas pour mes choristes (Rires)… C’est devenu un tube en Allemagne ! C’était très étrange (Sourire)…
On a discuté avec le groupe de l’orientation à prendre : les autres membres voulaient s’orienter vers la Neue Deutsche Welle et voulaient chanter en allemand même si les fans des autres pays ne comprenaient rien… quelque chose de plus rock, plus hard rock… Finalement, nous avons composé l’avant-dernier album pour EMI -"Performance"- dans lequel je n’ai composé que trois chansons dont ‘Fools’ et ‘Shadow and Light’… La situation était un peu confuse pour moi…


"Metromania" est le dernier album de la formation Eloy : le groupe est mort par la suite !




Mais tu as su rebondir par la suite avec comme couronnement cette trilogie dédié à Jeanne d’Arc. Mais avant de nous quitter, nous allons boucler la boucle de cette interview à savoir qu’on l’a commencé par la question qu’on t’a trop souvent posée au contraire quelle est celle que tu souhaiterais que je te pose ou à laquelle tu rêverais de répondre ?

(Rires) C’est très compliqué mais oui, je voudrais que tu me demandes pourquoi Eloy s’est séparé de nouveau…
C’est uniquement en raison de la musique ! Les autres membres du groupe faisaient une musique pour un film américain sans moi. Dans le même temps, de mon côté, je travaillais sur "Metromania". Au moment de l’enregistrer, mon groupe a joué ma musique et est reparti. Je me suis occupé de tout le reste notamment le mixage… "Metromania" est le dernier album de la formation Eloy : le groupe est mort par la suite (Rires) !


Et tu as su faire vivre le nom d'Eloy avec notamment cette trilogie. Merci...

Merci beaucoup pour cette discussion…





Merci à TonyB et Calgepo pour leurs contributions...



Plus d'informations sur http://www.eloy-legacy.com/
 
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