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TITRE:

NATURE MORTE (11 SEPTEMBRE 2023)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

BLACK METAL



Avec son troisième album en cinq ans "Oddity", Nature Morte prouve qu'il est un groupe plus vigoureux que jamais sur lequel il faut définitivement compter...
STRUCK - 22.12.2023 -
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Cela fait désormais cinq ans que nous suivons la trace de Nature Morte, ce groupe de (black) metal pas comme les autres. Et c'est enfin à l'occasion de la sortie de sa troisième bizarrerie que nous avons pu rencontrer ceux qui se cachent derrière cette entité protéiforme qui nous propose leur nouvel album le plus mélodique et le plus personnel jusqu'ici mais toujours aussi loin de sentiers battus...



Quelle est la question qu’on vous a trop souvent posée et à laquelle vous auriez marre de répondre ?

Chris Richard : Je ne sais pas. Quelles questions sont chiantes ?

Stevan Vasiljevic : Non, je ne vois pas…


Vous m’arrêterez quand ce sera le cas. Nature Morte est le fruit d’un trio. Ce groupe est-il votre première expérience comme musiciens ?

Stevan : Non. On a eu plein de vie avant, on a eu plein de groupes : avec Vincent qui n’est pas présent aujourd’hui (NdStruck : Vincent Bemer), nous avions un groupe il y a eu plus de vingt ans. Peu de temps après, nous avons eu un groupe avec Chris mais sans Vincent (Sourire), ça a duré quelques années… On a joué avec d’autres personnes et on s’est retrouvés.
On a commencé Nature Morte en 2015 avec une première formation qui a splitté, il y en a eu d’autres… Pendant deux ans, on était un peu en dilettante avec la recherche de line-up et fin 2017/ début 2018, on a proposé à Vincent de rejoindre le groupe. Il n’a pas voulu au début, on a un peu insisté et on l’a sorti de sa retraite (Sourire) parce qu’il a carrément arrêté pendant dix ans, expliquant sa réticence du départ.


Tu parlais de split, en 2020, vous avez partagé un split avec Hegemon qui semble, de prime abord, assez éloigné de votre univers. Comment est née cette collaboration ? Les deux titres que vous y proposiez ont-ils été écrits pour l’occasion ou sont-ils issus de l’époque "NM1" ?


Chris : Le split s’est fait assez facilement parce que le chanteur d’Hegemon (NdStruck : Nicolas Blachier) est un très bon ami de longue date. Et pour l’histoire, c’est un peu grâce ou à cause de lui que je suis tombé dans le black metal : quand on s’est connu, j’étais plus attiré - de par nos précédents projets musicaux - par tout ce qui était hardcore, post metal et compagnie… Et lui avait déjà ce groupe ainsi que Your Shapeless Beauty qui sont deux groupes de black/ death metal : il m’a un peu initié à ce type de musique et j’en suis vite tombé amoureux - sans le pratiquer tout de suite parce que ça a mis quand même quelques années pour qu’on forme Nature Morte.
Et ça fait un peu partie de notre culture de faire des splits vu qu’avec Stevan, on avait des groupes de post-hardcore précédemment et ça arrive dans ce style de musique de faire des splits. Même si c’est moins le cas dans le black metal, on s’est dit pourquoi pas et c’était une belle opportunité sachant qu’Hegemon est un groupe avec une belle notoriété. Ca s’est fait très naturellement !


Et toujours concernant les filiations, vous sentez-vous proches d’autres formations françaises, comme Demande à la Poussière, Déluge ou Regarde les Hommes Tomber par exemple ?

Chris : Aucun des trois (Rires) !

Stevan : Au niveau du genre musical, il y a des similitudes forcément…

Chris : Oui, oui, c’est du metal, de l’extrême et le fait qu’on crie tous (Sourire) ! Concernant l’amitié, ça va se faire naturellement avec Demande à la Poussière parce qu’on a fait beaucoup de choses avec eux : on a enregistré deux albums chez le guitariste - Edgard Chevallier -, notre précédent album est sorti sur le label de l’ancien chanteur de Demande à la Poussière - Christophe Denhez - Source Atone Records… Et nous ne connaissons pas particulièrement les membres de Regarde les Hommes Tomber ou Déluge…

Stevan : … même si personnellement, on a partagé des scènes à des festivals.


On se sent libre de faire ce qu’on veut !




Depuis les débuts du groupe, vous êtes difficiles à catégoriser. Vous semblez même cultiver cette singularité et cette envie de brouiller les pistes. On vous accole de nombreuses étiquettes : post-black, shoegaze, post-hardcore. Que pensez-vous de ces étiquettes ? Aident-elles au moins à vous cerner, à vous présenter même maladroitement ?

Stevan : Pour répondre à ta première question, oui, nous cultivons cette singularité même si ce n’est pas forcément volontaire : on ne fait pas de la musique juste pour provoquer, c’est juste qu’on se sent libre de faire ce qu’on veut, on aime plein de styles musicaux et on aimerait intégrer toutes ces influences dans une seule entité…

Chris : Tout se fait un peu naturellement ! Pour revenir aux étiquettes blackgaze, post-black, black metal… on ne peut pas être contre puisqu’effectivement ça aide les gens à nous cerner. Je comprends cette volonté de nous catégoriser mais peut-on le faire nous concernant ? Je ne sais pas. On fait du metal - la base principale est de la saturation du fait que je crie beaucoup même si on fait appel à d’autres personnes…- notre base principale est le metal. On a une culture et un amour assez important pour le rock indé…

Stevan : … les musiques du film… enfin, tant qu’il y a de belles choses, de belles mélodies : ça nous intéresse quel que soit le courant.


On essaie d’éviter de faire ce qui a déjà été fait


Toujours à propos de brouiller les pistes, vos pochettes aussi tranchent avec les codes du genre. Celle de "Messe Basse" montre un baptême façon vieux Polaroid, celle de "Oddity" est lumineuse et colorée. Est-ce pour vous démarquer volontairement ?


Stevan : C’est comme pour la musique finalement !

Chris : On essaie d’éviter de faire ce qui a déjà été fait même si bien sûr, tout a été fait… C’est compliqué mais dans le cas présent, on n’a pas fait une pochette colorée juste pour provoquer : c’est juste que ça nous vient naturellement… Faire une pochette en noir et blanc d’une forêt alors qu’on fait du black metal, c’est assez commun et ça ne va pas forcément nous intéresser : on aime bien aller un peu plus loin. Et ce qui est très drôle avec cette pochette, c’est que ce n’était pas du tout notre idée de base puisque c’est la première fois qu’on collabore avec quelqu’un pour faire une pochette, habituellement, c’est moi qui m’occupe des pochettes. On avait tilté sur un ami de longue date, Matthieu Venot, qui fait des très belles photos, des photos très architecturales et on avait flashé sur deux/ trois photos de lui… On a discuté et en l’espace d’un week-end, il nous a présenté cette photo et on lui a demandé s’il se foutait de notre gueule parce que ce n’était pas du tout ce qu’on avait demandé mais en même temps, on trouvait ça génial parce que ça raconte plein de choses au-delà des couleurs. Au premier abord, ça peut paraître comme une palette de couleurs mais si on s’y penche un petit peu, ça représente deux choses de chaque côté : derrière, tu as une bougie et le front est une reproduction d’une peinture qui représente un crâne de profil : d’où la nature morte !


Pour autant, ces visuels trahissent parfaitement l’ambivalence de votre musique dans laquelle sont toujours tapis la mélancolie et le drame. Ainsi, il y a quelque chose de dérangeant, de bizarre dans la pochette de "Messe Basse" tandis que celle de "Oddity" se veut faussement apaisante quoique quand on est dans l’état du crâne, on est apaisé…

Chris : On est rarement dérangé dans cet état (Rires) !


Finalement, vos racines sont-elles vraiment à chercher dans le pur black metal ? Le genre n’est-il pas pour vous qu'un laboratoire, un terreau pour exprimer ce que vous avez en tête ?


Chris : On fera désormais appel à toi pour les paroles : c’est beau (Rires) !

Stevan : Et tu as bien résumé le tout, c’est l’idée…


En allant plus loin, vous auriez peut-être même pu pratiquer autre chose que du black... D’ailleurs vous qualifiez vous même votre style de indie metal

Stevan : Pour le coup, c’était une petite provocation pour sortir un petit peu des étiquettes…

Chris : Le black metal reste une grosse influence de l’énergie sombre mais sur l’introduction de notre premier single, l’indie en fait partie donc un peu plus post-punk… on a donc créé ce style !


"Oddity" propose d’ailleurs une reprise des Deftones en bonus (‘Fireal’). Pourquoi ce choix osé ? Ce groupe compte-t-il parmi vos influences ou est-ce une nouvelle fois dans une volonté de brouiller les pistes ?


Chris : C’est marrant parce que je ne l’ai pas pris comme ça quand Stevan nous a proposé cette reprise parce que je la trouve assez logique. On aurait pu faire des choses beaucoup plus provocatrices. Mais c’est vrai que Deftones fait partie des groupes qui nous relie tous les trois quand même…

Stevan : En effet, parce que quand on a commencé la musique, c’était un peu le groupe qu’on aimait bien à ce moment. Il y avait pleins d’autres groupes…

Chris : … mais c’est un de ceux qu’on peut réécouter sans problème.

Stevan : Là où je rejoins Chris sur le fait que ce n’est pas un choix si osé, c’est que ce morceau est particulier dans leur discographie : c’est un morceau plus long, assez progressif avec deux parties distinctes… qui n’est pas si éloigné de ce qu’on propose.

Chris : On aurait pu reprendre un morceau beaucoup plus connu d’eux mais je pense que la réadaptation avec notre style aurait été plus complexe alors que dans le cas de ‘Fireal’, c’est un peu plus logique.


On a une ouverture musicale assez importante




On a évoqué vos influences depuis le début de cette interview. Les métalleux trimbalent souvent la réputation d'être fermés musicalement. N'est-ce pas en réalité tout l'inverse à savoir que par sa diversité, le metal est lui-même une musique extrêmement ouverte et vous le prouvez dans chacun de vos albums ?

Chris : C’est gentil, je ne sais pas si on le prouve mais en tous cas, on a une ouverture musicale assez importante. On évolue également : on écoute des choses maintenant qu’on n’aurait pas écouté il y a vingt ans. On reste ouvert et si on pratique encore la musique, c’est qu’elle a une part importante dans notre vie : l’ouverture et la recherche sont toujours présentes voire logiques si on veut continuer à s’ouvrir à d’autres émotions, de nouvelles envies… Ca me paraît donc logique de ne pas s’arrêter à du metal pour du metal !


Vous avez à votre actif trois albums - sans compter le split avec Hegemon -, publiés sur trois labels différents. Pourquoi sachant que vous sembliez parfaitement à votre place chez Source Atone Records ?

Chris : Comme pour la musique, ce changement s’est fait assez naturellement. Notre musique évolue, on n’a pas de rattachement à un style particulier. C’est pareil pour les labels : on n’a pas de rattachement à un label. On voulait évoluer, on a eu des propositions de renouvellement avec Source Atone, on a une proposition de Frozen Records et d’autres…


Tu es en train de sous-entendre que vous ne signez que des contrats d’un album avec les labels ?

Chris : Exactement ! C’est ce qu’on fait à chaque fois même si Source Atone a sorti "Messe Basse" mais a réédité "NM1" en vinyle ce qui n’a pas été fait précédemment. Mais c’est vrai qu’on ne cherche pas à être rattaché sur plusieurs années à un label, on ne sait pas de quoi sera fait demain. Ferons-nous un quatrième ? Je nous le souhaite mais aujourd’hui, je ne sais pas… Ce n’est pas notre truc de prévoir sur du long terme.


Votre actualité est donc ce troisième album "Oddity" qui peut se traduire par singularité, curiosité. Peut-on le voir comme une déclaration pour votre agence qui s’occupe de votre promotion, Singularités ?


Chris : (Rires) C’est de l’amour !


Plus sérieusement, ce titre est-il une déclaration de votre singularité ?

Stevan : Ca amène une réponse singulière (Rires) ! Oui, ça correspondait bien au résultat de cet album. L’album précédent "Messe Basse" avait une multitude de références et c’est encore plus le cas sur cet album…


Oui parce que dans ces conditions, chacun de vos album aurait pu s’appeler "Oddity"…

Stevan : Absolument !

Chris : Mais on essaie de créer des histoires, le précédent était plus comme des messes basses et ce n’est pas pour rien que les titres des albums sont trouvés par Stevan qui compose 99% les albums. "Messe Basse" était une proposition de Stevan, "Oddity" également même si j’en avais une autre et on s’est battu mais j’ai perdu une fois de plus (Rires) même si mon titre figure à l’intérieur de l’album… Je pense qu’il y a beaucoup plus de singularités dans cet album que les précédents et ça me paraît donc logique que ce soit celui-ci qui s’appelle comme ça.


L’idée de base reste de faire les meilleures mélodies possibles !




Et concrètement qu'avez-vous cherché à exprimer plus précisément ?

Stevan : Musicalement ? C’est une bonne question. Sortir un peu de notre zone de confort parce que notre mécanisme de composition est toujours un peu le même avec une formule établie.

Chris : On pourrait effectivement choisir la facilité et rester à faire une musique sans avoir ajouté des choses un peu plus post-punk

Stevan : Et sur certains morceaux, j’ai volontairement choisi de jouer avec les tempos ou faire appel à des gens… Mais l’idée de base reste de faire les meilleures mélodies possibles !


Mais avant de parler des paroles, ne craignez-vous pas que le fait de changer votre formule puisse déstabiliser votre public au risque d’être un frein au développement de Nature Morte ?

Stevan : Honnêtement, ce sont des questions que je ne me pose pas…

Chris : Mais moi, si (Sourire) !


Nous sommes nos premiers fans



Cela signifie-t-il que vous n’avez pas la même vision d’ambition du groupe ?

Chris : J’ose parler pour Stevan mais nous sommes nos premiers fans c’est-à-dire qu’on ne fera jamais un morceau qu’on n’aime pas tous les trois : pour l’instant, ça n’est pas encore arrivé !

Stevan : Ca paraît logique ! Mais on ne fait pas d’étude de marché en se disant que tel style sera le courant à la mode : on est attentif mais pas plus… Je vois plus la chose comme un ensemble et finalement, je n’ai jamais arrêté de composer entre "Messe Basse" et "Oddity", j’ai presque envie de dire que certains morceaux pourraient figurer dans les deux albums… Je ne me pose pas la question de savoir si ça va plaire ou pas parce que si "Messe Basse" a plu - ou pas - à des gens, la réaction devrait être la même pour "Oddity" même si il y a des choses qui différent un peu…

Chris : Mais c’est vrai que j’en ai peur. C’est vrai qu’on a longuement réfléchi d’oser sortir en premier single ‘Here Comes the Rain’ ou le mettre en deuxième…


… parce que ce n’est pas toi qui chantes sauf si tu as mué ?

Chris : (Rires) C’est ça quoi que je participe au morceau, on m’entend un peu…


Mais ça peut être un choix déstabilisant pour le fan de choisir un premier single dans lequel le chant principal est tenu par une autre…

Chris : C’est déstabilisant mais ça nous paraissait aussi logique par rapport à ce qu’on voulait proposer sur cet album mais c’est un risque…


C’est un risque mais comme vous l’avez indiqué, vous êtes vos premiers fans donc dans ces conditions, votre ligne de conduite, c’est "qui m’aime me suive" finalement ?

Chris : C’est exactement ça !

Stevan : C’est un peu ça !

Chris : On pense aussi à la scène c’est-à-dire qu’on fait tout pour passer un bon moment. On a quand même arrêté pendant longtemps de faire de la musique - du moins ensemble - et quand on a décidé de former ce groupe, c’était pour pouvoir partager la scène parce que la scène est très importante !


Et justement, à ce titre, je vais vous poser une des questions qui va revenir souvent : c’était comment le Hellfest ?

Stevan : C’est vrai que ça risque d’être la question qui va souvent revenir (Rires) !

Chris : C’était incroyable !

Et qu’est-ce qu’on peut faire de plus après avoir fait un Hellfest ?

Chris : Plus tard au Hellfest ! Mais en soi, c’est faire encore plus de dates, peut-être un Hellfest mais plus tard. En tous cas, on essaie de s’ouvrir à d’autres festivals pour l’été prochain. On aimerait aussi - mais ce n’est pas évident - faire des festivals plus ouverts c’est-à-dire l’opportunité de jouer avec des groupes plus rock indé… mais c’est compliqué et c’est triste…


Sur cet album, j’ai exprimé des choses beaucoup plus personnelles




Après une longue parenthèse sur vos ambitions, je reviens sur ce que vous avez voulu exprimer dans cet album mais du point de vue des paroles cette fois-ci ?

Chris : Bizarrement, sur cet album, j’ai exprimé des choses beaucoup plus personnelles, chose que je ne faisais pas avant…


Par pudeur ?

Chris : Non, par besoin ! Avant, je n’en avais pas forcément le besoin. Il m’est arrivé des choses aussi bien négatives que positives et il était logique pour moi que je parle de ça dans les morceaux que nous avaient proposés Stevan et notamment un ‘New Down’…


Aujourd’hui dans quel état d’esprit es-tu ?

Chris : J’aime rester au milieu. Je pense que je suis comme ça et je n’arriverai jamais à me défaire de choses… et je me permets de dire qu’on est tous les trois comme ça dans le groupe. J’essaie par mes mots que je ne donne jamais - parce que les paroles ne sont pas publiées - d’exprimer cet état d’esprit…


Ces mots qui dévoilent des maux ?

Stevan : Quel poète (Rires) !

Chris : Je te dis que c’est lui qui va écrire mes paroles (Rires) !


C’est tout le paradoxe d’arriver à exprimer ce qu’on a sur le cœur sans trop se dévoiler ?

Chris : Oui et l’état d’esprit change aussi. Quand tu chantes tous les soirs le même morceau, il n’a plus du tout le même impact. Je me permets de citer Thom Yorke avec ‘Creep’ qui avait décidé d’arrêter parce que c’était un morceau qui lui permettait de gueuler sur ce qu’il était (NdStruck : ‘Creep’ est une chanson composée par Thom Yorke lorsqu’il était étudiant et tombé amoureux d’une personne inaccessible car d’un milieu social au-dessus du sien) et aujourd’hui quand il la joue, il ne se gène pas pour dire qu’il est à l’opposé de tout ça mais suivant la lecture que tu peux avoir, il l’est aussi parce que c’est quelqu’un qui est jugé d’une autre manière.


On va continuer à parler d’affranchissement, les invités (Cindy Sanchez, Lionel Forest) confirment cette volonté toujours de vous affranchir, de ne pas être inféodé à un genre en particulier... On a le sentiment que toute votre démarche dans tous les domaines s’inscrit dans cette volonté ou dans le cas présent, juste se faire plaisir ?

Stevan : C’est un peu des deux mais on n’a pas inventé le concept de groupes qui invitent d’autres artistes…

Chris : En revanche, ces morceaux n’ont pas été composés en fonction des invités, ils ont été composés dans une optique de chant…


Cela signifie que Stevan, tu savais que ‘Here Comes the Rain’ serait chanté par une voix féminine ?


Stevan : J’avais une voix féminine dans la tête…


Et tu as composé ce titre en connaissance de cause et sachant que ce serait pour un album de Nature Morte ?

Stevan : Pour moi, c’était un morceau de Nature Morte quoi qu’il arrive !


Et comment allez-vous procéder pour retranscrire cette chanson sur scène ?

Stevan : A priori, on ne la jouera pas…


… Ce qui serait dommage…

Chris : Oui mais ça va être compliqué !


Chaque morceau a sa place dans l’album, il n’est pas là pour rien





Justement, même si ce titre diffère un peu de la recette Nature Morte, en raison du chant notamment, à l’écoute intégrale on a l'impression d'avoir affaire à un tout, un ensemble dont les chansons se succèdent en une progression réfléchie comme les différentes parties d'un récit. Est-ce le cas ?

Stevan : Oui, tout à fait, tout est lié…

Chris : Chaque morceau a sa place dans l’album, il n’est pas là pour rien : il y a tout un gros brainstorming de sa part pour savoir comment ordonnancer les titres, ce qui sera différent en live…


Dans ces conditions, doit-on voir "Oddity" comme un concept album ?


Stevan : Non, je ne pense pas. On nous avait déjà posé la question pour l’album précédent mais non…

Chris : Les concepts se font naturellement sans être vraiment des concepts.

Stevan : Si on fait un quatrième album, il aura son lot de "surprises"…

Chris : … ou pas (Rires) !

Stevan : Après, il y a des morceaux qui ont été composés dans le but d’être joué en live et d’autres non, pas forcément !


On dit toujours qu'un troisième album marque une étape importante dans la carrière d'un groupe. En aviez-vous conscience au moment de vous lancer dans la composition de "Oddity" ?

Stevan : Oui et non. On n’avait pas forcément de pression…

Chris : Sachant qu’on est un groupe en développement, ça serait effectivement dommage de décevoir les gens qui ont apprécié les albums précédents. Mais j’ai envie de te dire que s’ils n’aiment pas cet album, c’est dommage mais ça ne va pas nous empêcher de le faire pour autant et c’est peut-être aussi parce qu’ils n’ont pas encore compris là où nous voulions aller même si on ne sait pas où on ira dans dix ans…

Stevan : Mais je dirais qu’on a plus travaillé cet album dans la production, dans les arrangements, des détails… Il est un peu plus finement travaillé que le précédent. Je pense qu’on a apporté une amélioration, une évolution.


Tu parles de travail fin. Le black metal est une musique d'atmosphères qui perd parfois de sa superbe sur scène. Comment abordez-vous l'exercice pour retranscrire le plus justement possible votre musique où le ressenti, l'intime, occupent une place importante ?


Chris : Déjà, est-ce qu’on y arrive ?

Stevan : On a des “pedal board” avec pleins d’effets, sans être à l’identique, on arrive à reproduire quelque chose d’assez semblable. Ce n’est pas possible en festival parce que c’est en plein air et en plein jour, mais quand on joue en salle fermée, on a un dispositif qui nous permet de gérer nous-mêmes nos lumières, il y a de la fumée…

Chris : On essaie de faire attention de retrouver une atmosphère visuelle qui pourrait correspondre à ce qu’on attend quand on écoute l’album.


Et finalement, au regard de tout ce travail, quelles sont vos attentes pour cet album ?

Stevan : Être diffusé le plus possible et avoir l’opportunité de faire des concerts, de tourner, de faire des festivals et rencontrer pleins de gens…


A ce titre, avez-vous des dates à nous annoncer ?

Stevan : On a une tournée qui a été annoncée en France : on fait sept dates du 21 au 30 octobre !





Et avant de se quitter, on a commencé cette interview par la question qu’on vous a trop souvent posée, au contraire quelle est celle que vous souhaiteriez que je vous pose ou à laquelle vous rêveriez de répondre ?

Chris : "Est-ce vrai que vous faîtes la première partie de Radiohead ?".

Stevan : (Rires)!

Chris : C’est une question que j’aimerais bien entendre une fois dans ma vie… Et dans le prolongement de ta question précédente, l’objectif est de pouvoir se dire qu’on peut être support pour des groupes plus importants et faire un maximum de festivals parce que c’est l’endroit où tu vas croiser un public diversifié.


C’est tout ce que je vous souhaite pour 2024 ! Merci

Nature Morte : Merci à toi !


Merci à Childeric Thor pour sa contribution...



Plus d'informations sur https://ntrmrt.bandcamp.com
 
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