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TITRE:

BERLIN HEART (15 NOVEMBRE 2022)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK ALTERNATIF



Vincent Blanot revient sur le travail d'orfèvre que fut la réalisation de son dernier album, "The Low Summit". Retour sur l'ascension vers le sommet du dernier disque de Berlin Heart.
DARIALYS - 24.11.2022 -
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"Trouver son public". Voici le leitmotiv de l'homme fort du projet Berlin Heart, Vincent Blanot, à propos de son dernier album, "The Low Summit". En délaissant quelque peu les sonorités electro de son prédécesseur, ce nouvel opus s'aventure dans des territoires plus folk, plus organiques, mais aussi "plus chaleureux" comme le confie le musicien. Un virage réussi duquel se dégage déjà une forme de maturité, une maturité que l'on retrouve dans les propos de Vincent Blanot, au micro de Music Waves.


Bonjour Vincent. On s’était rencontrés en mars 2021 dans le cadre de la sortie de ton premier album, "Mute In the Sea", très remarqué au sein de l’équipe de Music Waves. Nous voici de nouveau réunis pour ton nouveau disque, "The Low Summit", qui devait sortir un peu plus tôt cet automne, avant que la sortie ne soit finalement reportée. Il s’agit toujours d’une décision que l’on prend et que l’on annonce à contrecœur, mais cette fois-ci, le produit est sorti depuis quelques jours ! Es-tu soulagé et sûrement même excité des premiers retours que tu as dû avoir ?

Vincent Blanot : Les retours que je reçois sont à nouveau très positifs et c’est un vrai soulagement ! Surtout après avoir dû décaler la sortie au pied levé pour que l’album soit disponible au public dans les meilleures conditions... Je ne suis pas dupe sur le fait qu’il s’agisse comme "Mute In The Sea" d’une sortie plutôt confidentielle, mais je crois très fort en ce que j’ai réalisé à l’aide de tous mes invités instrumentistes et de mes partenaires de travail. Je me suis à nouveau beaucoup investi personnellement dans la création de cet album, et je tente désormais de mettre les mêmes moyens et la même énergie pour que "The Low Summit" existe aux yeux des autres. J’ai de la chance jusqu’ici de pouvoir compter sur une petite communauté solide ainsi que sur de nouveaux auditeurs dont les compliments me font vraiment chaud au cœur. Je voulais entre autres réaliser un album un peu plus chaleureux que son prédécesseur, et je suis heureux de voir que ceux qui tentent petit à petit l’aventure s’y laissent embarquer.

 

 

"Je voulais apprendre à lâcher prise, à faire confiance à des musiciens extérieurs et à leur savoir-faire pour que cet album vive de la façon la plus authentique possible"

 

Nous évoquions ton premier opus juste avant, "Mute In The Sea". Le moins que l’on puisse dire est que ce sont deux albums relativement différents mais complémentaires à bien des égards. Tout d’abord, en termes de line-up, ton premier album était plus ou moins "made by Vincent Blanot". Ici, la liste des invités est vraiment conséquente avec des cuivres et des cordes à tour de bras. D’où te vient cette volonté de t’ouvrir à d’autres artistes et d’en faire un album plus collaboratif que le précédent ?

Vincent : Il est vrai qu’en dépit de leurs aspects opposés, ces deux albums se complètent beaucoup dans mon esprit et traitent de thématiques similaires mais d’une façon très différente. J’ai tendance à dire que "Mute In The Sea" est plus vertical de par les sensations un peu vertigineuses qui habitent l’album, tandis que "The Low Summit" est plus horizontal en raison de son rapport au temps et à l’idée de cycle. C’est un album à certains égards plus apaisé, car je pense avoir trouvé dans sa conception les clés qui m’ont permis de calmer mes craintes : à savoir ce fameux rapport au temps et aux cycles, mais aussi l’idée que lumière et ténèbres se rencontrent et se valorisent inévitablement même dans leur forme la plus épurée. Et pour raconter ces enjeux à la fois intemporels mais présents dans des œuvres littéraires ou picturales bien plus anciennes, je souhaitais vraiment un album aux sonorités plus acoustiques et folk. De même je ne pouvais vraiment pas me satisfaire de trop m’appuyer sur des instruments virtuels. Et que ce soit pour des raisons à la fois artistiques, sonores ou personnelles, je voulais apprendre à lâcher prise, à faire confiance à des musiciens extérieurs et à leur savoir-faire pour que cet album vive de la façon la plus authentique possible.

"Mute In The Sea" est le premier projet d’album que j’ai réussi à finaliser depuis que j’ai commencé à créer de la musique, il y avait une sensation d’urgence, ainsi qu’un besoin inconscient de me prouver quelque chose. Pour "The Low Summit" en revanche, ce cap était heureusement passé et j’étais confiant dans mes capacités à impliquer des gens de talent dans un processus plus coûteux, aux moyens plus ambitieux. En résumé, je n’étais pas sûr de réussir à sortir "Mute In The Sea" là où j’étais déjà certain que "The Low Summit" aboutirait d’une façon ou d’une autre.

Par ailleurs le premier album solo de David Crosby ("If I Could Only Remember My Name") a également été très important lors de mon processus créatif sur cet album. J’ai vraiment réalisé après l’avoir entendu qu’il était possible de créer un album aux sonorités uniques et très personnelles avec un grand ensemble d’invités de marque (Neil Young, Graham Nash, Joni Mitchell, Jerry Garcia pour ne citer qu’eux). Certaines œuvres fortes nous font prendre des directions différentes qui marquent nos vies, et en ce qui me concerne cet album en fait partie.

 

Les crédits ne mentionnent pas moins de dix invités. Les connaissais-tu tous ? As-tu organisé des auditions ?

Vincent : Je ne connaissais pas tous les invités à l’origine, mais ce processus de rencontre faisait partie de ce que je souhaitais dans ma quête d’un album moins froid et plus vivant. Je connaissais par exemple Quentin Thomas du NCY Milky Band qui officiait déjà au saxophone sur ‘Portrait Frame’ ainsi qu’Aurélien Goude d’Esthesis pour ne citer qu’eux. Je suis heureux que sur ces dix invités, j’aie pu créditer des amis de longue date, des musiciens professionnels talentueux ainsi que des confrères de mon environnement professionnel du secteur de la musique à l’image. Mais de fait, il n’y a eu aucune audition. Dans ce genre de situation, je me renseigne, je réfléchis beaucoup et je fais un peu un tour mental de mon entourage et de mon environnement pour cibler les personnes que je souhaiterais impliquer dans un projet aussi personnel et important. J’avais par exemple une vraie crainte que les musiciens ne puissent s’engager émotionnellement dans le projet. En prenant le temps de choisir et d’aller à la rencontre de personnes spécifiques, j’ai pu éviter cet écueil.

Que je connaisse ces musiciens ou non avant cet album, aucune de leur présence n’est due au hasard et je valorise cette expérience en dépit des galères qu’elles ont pu amener en post-production. Ce processus a notamment renforcé des relations naissantes, et j’en suis heureux. Je crois que le jeu en valait définitivement la chandelle.




Pendant quasiment deux ans je n’ai pas touché à ma guitare acoustique et sur la fin du processus de "Mute In The Sea" j’ai commencé à y revenir


 

Venons-en au fond maintenant, si tu veux bien. L’innovation première à souligner est que "The Low Summit" revêt beaucoup moins de sonorités électro comme c’était le cas sur "Mute In The Sea". Au contraire, on sent un glissement vers un territoire plus folk comme tu le disais précédemment et peut-être plus organique cette fois-ci avec des titres comme ‘The Poringland Oak’, ‘Dead Leaves’ ou ‘Apical Bud’. Était-ce une évolution choisie et purement consciente ?

Vincent : J’ai très vite senti après avoir terminé le processus créatif de "Mute In The Sea" qu’il fallait émotionnellement et artistiquement passer à autre chose. J’ai davantage ressenti le besoin d’explorer de nouveaux ailleurs artistiques (que ce soit en tant que spectateur, auditeur ou créateur) qu’une intention plus frontale de "ne pas me répéter". En réalité j’ai toujours eu des phases en tant que musicien, mon premier instrument est la guitare et ma première technique est celle du jeu aux doigts, en raison des cours de classique que j’ai suivis enfant. Pendant quasiment deux ans je n’ai pas touché à ma guitare acoustique et sur la fin du processus de "Mute In The Sea" j’ai commencé à y revenir énormément et à retravailler mon jeu aux doigts. Ne serait-ce que par l’approche instrumentale que j’avais à ce moment-là, je me suis naturellement dirigé vers ces sonorités lors des premières idées que j’ai développées pour "The Low Summit". De la même façon je renforçais une fascination déjà présente sur les paysages et peintures romantiques européennes du XIXème siècle, et notamment celles du romantisme dit "noir" dont j’avais eu la chance de voir de nombreuses toiles au Musée d’Orsay pendant mes études à l’université. Petit à petit, mes obsessions artistiques et mentales se sont jointes et ont donné naissance à cet album et à ces titres, dont contrairement à "Mute In The Sea" la majorité des paroles ont été écrites avant que la musique n’existe.

Dans ce processus très interne, j’ai l’impression de dénicher un matériau du fond de la mine, et de passer mon temps à le transformer avec des outils spécifiques dont je ressens le désir de les utiliser. Ce n’est pas seulement une idée, c’est aussi un son, une prise en main physique d’un objet par lequel le corps tente d’exprimer ce qui obsède notre cerveau et notre cœur. Parfois je n’ai pas de compétence spécifique de l’outil que j’utilise au départ, ni du matériau que je me mets à travailler. Et ce matériau peut avoir des origines très diverses.

Je réponds à a quelque chose de très viscéral et instinctif, et j’interprète ou essaie de conscientiser spontanément mon travail pour l’aider à s’enrichir de nouveaux éléments, notamment via les opportunités que la vie peut parfois nous offrir. Je n’imaginais pas un jour intégrer du dulcimer des Appalaches dans ma musique, mais le fait que mon entourage m’en ait déniché un tout droit sorti d’un grenier poussiéreux m’a fait m’en servir et en jouer. De même, le lien avec les paysages du peintre anglais John Chrome que j’ai vu au Tate de Londres se sont faits spontanément. C’est entre cet instrument et une peinture de cet artiste anglais qu’est né ‘The Poringland Oak’. Il y a aussi un rapprochement similaire dans la façon dont le morceau ‘Dead Leaves’ a vu le jour, car j’étais obsédé par une œuvre du peintre français Alexandre Chantron intitulé ‘Feuilles Mortes’ que j’avais vue au Musée des Beaux Arts de Nantes. La peinture m’a fait ressentir des choses en lien avec ce que j’étais en train de faire, et j’en ai écrit des mots. Et de ces mots sont nés une chanson à la démarche plus intimiste qu’à l’habitude, et dont malgré sa courte durée et son aspect peut-être plus mineur dans un album de 54minutes, je suis très fier. Je pourrais parler de chaque morceau de cette manière car plus que jamais dans ma vie, la peinture a influencé mon travail… Bref, allez au musée ! (rires)

En tout cas, c’est vraiment une fois le processus créatif abouti que je peux réaliser ce qui s’est passé. Tout se sculpte jusqu’à une forme finale. Et il n’y a que là qu’on peut prendre le recul nécessaire et regarder ce qu’on a créé d’un peu plus loin. C’est comme ça que je vois les choses.




"Dans ma tête, j’essaie toujours d’être le plus concis et efficace par rapport à ce que je crée"


Au rayon des évolutions, on note aussi que l’aspect plus expérimental de "The Low Summit" semble avoir été quelque peu gommé, avec certains titres peut-être plus accessibles et aussi plus épurés, comme l’excellent ‘She Dreamed Of A Pale Light’, d’apparence très simple mais extrêmement poétique et délicat, le somptueux ‘The Innocents’, assez minimaliste tout en restant excellent, ou bien sûr ‘Dead Leaves’, simple titre basé sur une guitare acoustique et ta voix, mais si réussi. Y avait-il une volonté d’aller un peu plus à l’essentiel sur cet album, ou en tout cas sur certains morceaux ?

Vincent : Merci de tes compliments ! Ce sont des morceaux qui se sont faits assez rapidement, et notamment ‘She Dreamed Of A Pale Light’. Ce qui a pris le plus de temps sur ce titre, ça a été l’orchestration et l’arrangement des cordes et des vents. C’est marrant que tu parles d’aller à l’essentiel, car dans ma tête, j’essaie toujours d’être le plus concis et efficace par rapport à ce que je crée.

D’une certaine façon je pense qu’avec le morceau titre je vais autant à l’essentiel qu’avec ‘She Dreamed Of A Pale Light’, mais je dirais simplement que certaines histoires ne se racontent pas toujours sur la même durée et de la même façon. Après il est vrai qu’en ayant très tôt dans sa création le besoin de travailler sur des sonorités plus organiques, cela a fait prendre à l’album une direction plus chaleureuse. Et je pense que c’est de cette chaleur dont vient ce côté accessible. L’idée de l’intro et de l’outro viennent de la même intention, je souhaitais vraiment que l’auditeur soit accompagné et introduit par la musique et qu’il s’y sente invité, là où les thématiques de "Mute In The Sea" laissaient moins de place à ce genre de choses. Je n’ai pas su tout de suite comment tout ça allait se réaliser, mais ça fait partie du plaisir de créer que de se laisser porter et de voir les choses se faire spontanément.

 

D’ailleurs, nous sommes particulièrement friands de la deuxième moitié du disque à partir de ‘The Innocents’. ‘Lost House’ a un côté addictif avec un travail d’orfèvre porté au niveau des voix. C’est sûrement le morceau qui nous a tout de suite séduit dès la première écoute. Il aurait paru être un excellent choix de single. Y as-tu pensé et pourquoi lui avoir préféré un ‘Still Life’ par exemple ?

Vincent : J’ai effectivement bien pensé à proposer ‘Lost House’ en single ! De par la prépondérance du chant ou la structure même du morceau, je pense qu’il n’aurait pas volé cette place. Mais je tenais à proposer des singles dans la première partie de l’album, car comme vous l’avez remarqué sans forcément le dire explicitement, l’album est bien construit de différentes étapes. Je voulais donc ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, et laisser l’auditeur profiter le moment venu de ce que cette partie de l’album allait lui raconter. ‘Still Life’ était de fait le candidat parfait pour présenter l’album au public, mais aussi pour le préserver de certains de ses secrets. Il prend l’audience par la main et l’invite à parcourir le chemin de "The Low Summit", en dépit des moments plus sombres qui l’attendent.

 

Il y a beaucoup de fans de rock et de metal progressif dans la rédaction chez Music Waves et quand nous avons vu qu’il y avait un titre de 15 minutes dans la setlist, nous étions impatients de le découvrir ! Nous parlons ici du morceau éponyme, ‘The Low Summit’, qui est sûrement le meilleur titre de l’album, avec là encore un énorme travail au niveau des chœurs. Ce qui surprend le plus, c’est ce côté presque metal moderne/djent avec un son très heavy sans pour autant avoir une grosse distorsion au niveau des guitares, quand le morceau démarre vraiment vers la deuxième minute. Est-ce un style de musique que tu écoutes et dont tu t’inspires ?

Vincent : Cela dépend ! J’ai un peu du mal avec la nomination du djent, car je considère que c’est une étiquette désormais très désuète notamment pour tous les groupes qui ont contribué à sa popularisation. Periphery qui est probablement son plus grand représentant est vraiment un groupe de metal moderne à l’influence progressive à mon sens. Je dis ça car c’est vraiment une étiquette musicale que j’ai vu prendre beaucoup d’ampleur notamment quand j’écoutais les compositions de Bulb sur Soundclick quand j’étais au lycée, alors même que Periphery n’avait pas sorti son premier album. J’ai donc pas mal écouté des groupes montants de cette époque-là comme Periphery, Tesseract mais aussi Textures et clairement ça a laissé de jolies traces ! Je pense que les projets de metal plus "moderne" qui sont les plus importants pour moi sont davantage des groupes comme Deftones, Mastodon ou des groupes un peu plus hybrides comme Arcane Roots ou Thrice. Ces derniers ont tous deux ce son "vintage moderne" en termes de guitare, et qui me plait énormément. En l’occurrence sur chaque album de Berlin Heart sorti (ou en préparation) je choisis instinctivement de travailler avec une guitare aux caractéristiques bien distinctes. Sur "Mute In The Sea", c’était une Peavey Wolfgang avec un son un peu plus froid et moderne. Sur "The Low Summit", c’est une Fender Mustang à la configuration assez personnalisée et qui traite bien de ce désir de son à la fois vintage et moderne. A chaque fois, c’est autant un processus créatif global qu’une expérience de jeu et de vie longue durée avec un instrument.

Pour ce qui est des chœurs, j’ai toujours adoré travailler sur la voix comme instrument et il y a beaucoup d’ensembles vocaux dans Berlin Heart. Pour ‘The Dreamer’ dans l’album précédent, je m’étais par exemple enregistré plus d’une quarantaine de fois sur chaque ligne du chœur final pour donner de la densité, et me positionner à des distances spécifiques du micro. Pour ce nouvel album, je tenais vraiment à affiner l’écriture des harmonies vocales notamment quand elles peuvent prendre beaucoup de place comme à la fin du morceau titre. Je suis content si l’audience y est sensible.




['The Low Summit'] est un point culminant dans la création de l’album

 

On note aussi des influences à la Soen dans le chant un peu plus tard sur ce titre, puis plus tard des violons orientaux, un final épique à la Leprous. C’est une masterclass, et un masterpiece. Ce n’est pas forcément un registre dans lequel nous avons eu l’habitude de te voir évoluer. Pourtant, tu fais preuve d’une maturité et d’une grande réussite sur ce titre, dans la composition, mais aussi dans l’interprétation et le choix des instruments. Ça a été un défi particulier d’écrire un morceau d’un quart d’heure pour toi, avec des enjeux ou des procédés différents ?

Vincent : C’est intéressant que tu mentionnes ces groupes car je connais très mal Soen, et Leprous est un groupe que j’apprécie beaucoup mais dont j’aime surtout un album, qui est "Coal" et qui a été produit par Ihsahn. Je le trouve assez exceptionnel, et je suis content si on retrouve un peu de ce qu’ils ont fait dans cette musique. Je n’ai cependant jamais pensé à ces projets-là dans la création du morceau, mais c’est toujours cool de voir ce que la musique évoque chez l’auditeur. Berlin Heart n’est pas si éloigné de tout ça.

En tout cas merci beaucoup pour tes mots, ils ne sont pas utilisés à la légère et je suis heureux de voir que ce morceau trouve son auditeur. J’ai toujours un peu peur avec des morceaux de cette durée de m’égarer ou d’être trop démonstratif. Quand j’ai commencé à vouloir faire de la musique à l’adolescence, j’ai tout de suite voulu écrire des morceaux très longs et c’était particulièrement indigeste. Je les garde soigneusement dans mes archives perso, pour me rappeler d’où je viens quand j’ai besoin d’un remontant ! Quant aux violons, l’action de jeu de Mathieu a donné ce genre de couleurs mais ce n’était pas écrit comme ça à l’origine : c’est là encore que la collaboration a permis à cette musique de se développer au mieux et je ne regrette pas de lui avoir fait confiance.

Pour revenir sur les quinze minutes, je tenais vraiment à ce que la durée du morceau ne se ressente pas. Je voulais pouvoir jongler au cœur d’un morceau épique entre des paysages sonores imposants et très grands, suivi de moments bien plus épurés et intimistes. Il me fallait le temps de pouvoir faire vivre cette expérience-là, de lui donner l’importance qu’elle mérite et qu’il y ait de vraies respirations, ce qu’un morceau bien plus court ne m’aurait pas permis de faire. Il y a des moments de musique qui ne peuvent exister qu’au sein d’un contexte bien plus vaste et dans un parcours avec beaucoup de relief. Je tenais à ce que 'The Low Summit' soit épique d’une façon qui lui est propre, et j’ai vraiment pris le temps d’avancer pas à pas pour que le morceau existe pleinement en essayant de valoriser chaque prise de décision musicale, chaque enjeu présent dans le texte et dans l’intention. Pour moi comme pour l’auditeur, beaucoup de choses se jouent dans ce morceau. C’était un point culminant dans la création de l’album, comme il l’est dans l’écoute de ce dernier. Je rêve de pouvoir interpréter un jour ce morceau sur scène, et ce dans les conditions qu’il mérite.



On ne peut pas ne pas mentionner le sublime artwork signé Michael Handt, représentant de somptueux paysages naturels. Si nous sommes bien renseignés, il s’agit de peintures ? Le réalisme est absolument saisissant et colle bien au côté intimiste voire automnal de ta musique. Comment as-tu trouvé les travaux de Michael Handt, et quel a été l’élément déclencheur qui t’a donné envie de les utiliser pour ton album ?

Vincent : Ce sont des peintures à l’huile pour être exact ! Michael Handt a réalisé ce travail bien en amont de l’album et avec beaucoup de soin. En réalité tous mes premiers essais de pochette se faisaient à partir d’une couverture de vieux livres. Je rêvais d’une pochette où le titre serait écrit en dorure et avec du relief, comme une vieille édition d’un livre de Jules Verne que je lisais chez mes parents. Mais lorsque j’ai pris conscience de la place que prenaient les peintures citées précédemment dans la création de la musique, j’ai décidé de changer de direction et de vraiment mettre la peinture au premier plan. J’ai passé d’innombrables heures sur internet et sur les plateformes d’artistes visuels comme Behance, ou même Deviant Art. On trouve de tout et de rien, mais à force d’affiner mes mots clé et d’aller à la rencontre d’œuvres d’artistes talentueux, j’ai fini par tomber sur les peintures de Michael. J’ai pris le temps nécessaire à cette recherche et elle fut vraiment fructueuse. Ce qu’il cherchait à peindre allait vraiment à la rencontre de ce que je désirais, et j’ai retrouvé dans ses peintures ce qui m’a donné l’envie de plonger dans les paysages romantiques d’il y a deux siècles. Michael est très intéressé par les paysages des pays scandinaves. De fait, il m’a également fait découvrir de nouveaux grands peintres sans le savoir. On y retrouve l’immersion du regard humain dans un environnement naturel qui le dépasse, mais que l’art peut lui permettre d’appréhender à son humble échelle. C’est une composante très importante de cet album en ce qui me concerne. Je lui ai alors envoyé les maquettes de l’album il y a bientôt deux ans et la musique lui a plu. Il a également été très encourageant, collaboratif et m’a presque fait cadeau de l’utilisation de ses peintures sur l’album vu les conditions qu’il m’a proposées. J’ai beaucoup de chance et j’espère que les gens verront et apprécieront son travail. En attendant, je lui ai envoyé son digipack dédicacé et je croise les doigts pour qu’il aime le résultat final.

 

C’est le genre de visuel qui donne envie d’avoir une édition vinyle entre les mains pour profiter pleinement de tous les détails et de s’immerger dans l’œuvre. Est-ce qu’une telle sortie est prévue ?

Vincent : Malheureusement non, en l’état actuel des choses. J’aime beaucoup ce format et j’ai tout de suite imaginé cet album dans une édition vinyle qui rendrait justice à la beauté des peintures, et qui serait donc particulièrement immersive. Peut-être que je craquerai ma tirelire pour m’offrir un exemplaire unique, mais les tarifs pour un pressage vinyle sont très dissuasifs, notamment pour un double. Il faut avoir une audience suffisante pour prétendre à un projet pareil, ce qui justifierait des moyens conséquents. On ne peut pas tous monopoliser le marché du vinyle pour produire les milliers d’exemplaires de son album alors que les ressources sont de plus en plus chères et difficiles à obtenir aujourd’hui. Mais j’espère pouvoir un jour proposer tous mes albums dans un format vinyle de qualité à ceux qui le désirent, car de mon côté ce n’est pas l’envie qui manque.



"Je ne m’arrêterai jamais de faire de la musique"



Peut-être que ce genre de considérations est plus simple avec un label à l’appui, car on sait l’investissement financier que représente un pressage de vinyles, même à petite échelle. Est-ce que la signature chez un label est quelque chose que tu gardes dans un coin de ta tête ? Ou alors préfères-tu rester totalement indépendant ?

Vincent : L’indépendance reste quelque chose qui contient son lot d’avantages mais aussi d’inconvénients, et dans l’absolu je ne cherche pas à rejoindre l’écurie d’un label. Berlin Heart est pour moi un projet sans compromission artistique, et je pense que pour servir le label comme le projet il faut que les deux acteurs se trouvent bien. Il y a certains labels qui m’intéressent forcément comme Kscope par exemple. Cependant le vrai sujet est davantage de savoir si Berlin Heart intéressera un label. Je suis lucide sur le fait que ce projet ne possède pas encore la notoriété de groupes qui ont déjà bien émergé dans une scène qui même élargie reste une niche. J’imagine que chez Music Waves vous découvrez de nombreux projets dans une situation similaire, et vous savez bien que pour qu’un artiste intéresse un label de nos jours, il doit déjà être capable de s’en sortir sans ce dernier. On verra donc ce que le futur réserve !

De mon côté, il est vrai qu’être seul pour tout ça n’est pas aisé, et qu’il m’est souvent compliqué de pouvoir mettre la même énergie et la même rigueur partout. En deux mots : c’est dur, je n’ai pas de raison de le cacher. Cela étant dit, j’y ai une liberté qui me porte à aller au bout de chaque morceau ou album, et c’est essentiel à ce que Berlin Heart existe. Je souhaite que les bonnes rencontres se fassent pour que ce projet se développe et qu’il trouve davantage son public, mais je ne compte pas spécifiquement là-dessus. En tant qu’artiste je suis aujourd’hui prêt à essayer de grimper la montagne à mon rythme et avec mes propres moyens, car quoiqu’il arrive je ne m’arrêterai jamais de faire de la musique.

 

D’ailleurs, quelles sont tes attentes par rapport à ce nouvel album ?

Vincent : Avant toute chose, je souhaite que l’album trouve son public. C’est le plus important pour moi. Je pourrais parler de choses bien plus précises et chiffrées, car chaque projet artistique a de potentiels enjeux financiers et des cibles spécifiques à atteindre. Mais ce n’est pas l’essence de ce qui motive mon implication. Le cœur de tout ça me concernant, c’est de travailler à ce que "The Low Summit" aille à la rencontre de son public. Et comme chaque parent pour son enfant, je souhaite qu’il aille le plus loin possible ! (Rires)


 

Puisque l’on parle d’avenir, Berlin Heart étant un projet solo, ton public n’a pas encore vraiment eu l’occasion de te voir sur scène. Est-ce qu’un déploiement du projet Berlin Heart sur scène avec un live band est prévu dans un futur plus ou moins proche ?

Vincent : En l’occurrence on a déjà joué deux dates cette été fin juin et début septembre, notamment en première partie d’Esthesis lors de son concert parisien ! Les concerts ne sont pas forcément une priorité de Berlin Heart notamment en raison des conditions actuelles qui sont plutôt défavorables aux musiques amplifiées. Cela étant dit ça a été de très bonnes expériences et j’espère pouvoir remettre le couvert en 2023 sur plusieurs dates de qualité avec mes comparses Rémi derrière les fûts (et qui a rejoint le projet depuis peu), ainsi que Quentin au saxophone. Alors qui sait, peut-être un live report de Music Waves sur Berlin Heart en 2023 ? Je mets une petite pièce là-dessus ! (Rires)

 

Merci Vincent pour cette interview complète, on te souhaite le meilleur pour la suite et on te félicite encore pour ce superbe album !



Plus d'informations sur https://www.facebook.com/berlinheartmusic/
 
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