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MAX M (13 JUIN 2022)


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INTERVIEWS
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Si le rock français n'a pas la reconnaissance internationale qu'il mériterait d'avoir, il n'en va pas de même pour les musiques électroniques. Max M en est un des représentants. Music Waves vous invite à découvrir cet enfant des années 80.
CALGEPO - 20.06.2022 -
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Daft Punk, Laurent Garnier, Bob Sinclar, Carpenter Brut... sont d'autant d'artistes électro français qui connaissent ou ont connu un succès mondial. Max M s'inscrit dans ce sillage avec une musique électro qui trouve sa source dans les années 80 et sur laquelle il greffe d'autres genres. Music Waves part à la rencontre de ce DJ-producteur afin d'en savoir un peu plus sur cet artiste.

Tu as commencé relativement tôt à composer (14 ans) qu’est-ce qui t’a très tôt touché dans la musique et notamment électronique pour te pousser à écrire dès cet âge-là ? L’essor dans les années 90 début des années 2000 des logiciels de mix sur PC t’ont aidé à cette acculturation ?

J’ai eu la chance d’avoir un ordinateur dès l’âge de 6 ans, un Amstrad CPC 6128 à l’époque, ce qui m’a plongé très tôt dans le bain de l’informatique (il fallait coder les jeux « offerts » avec l’ordinateur). A cette époque je prenais également des cours de solfège.  Je me suis rapidement mis à faire des démos avec de petites mélodies, l’ordinateur étant assez limité en termes de musique. Lorsque j’ai commencé plus tard (effectivement courant des années 90) sur PC j’ai tout de suite vu un intérêt à l’utiliser pour le DJing et la musique. Je prenais mon gros PC avec moi lors des soirées et je l’utilisais comme on utilise un sampleur aujourd’hui, ce qui m’a en même temps emmené vers la composition.




Tu as gardé longtemps pour toi ces compositions et tu as sorti un EP beaucoup plus tard ("Renaissance"), pourquoi se lancement relativement tardif ? Et en quoi s’agit-il pour toi d’une renaissance ?


J’ai fait le choix de faire carrière dans l’informatique et celle-ci a été tellement passionnante et prenante que je n’ai pu que laisser la musique de côté. Durant toutes ces années j’ai laissé mes idées et démos de côté, ce qui ne m’a pas empêché d’être un auditeur attentif.
À la suite de la vente de la startup que j’avais fondée j’ai enfin pu trouver un meilleur équilibre entre le professionnel et le personnel et enfin penser un peu à moi. J’appréhendais un peu le fait de m’y mettre sur le tard mais encouragé par ma compagne qui aimait mes démos j’ai décidé de me faire plaisir et me lancer dans la réalisation de cet EP, ce qui était un vrai challenge - mais j’adore les challenges. J’ai toujours été créatif de manière très technique mais je n’ai jamais laissé la partie émotionnelle de ma créativité s’exprimer, ce que la musique me permet de faire. En cela s’est vraiment pour moi une renaissance, je mets de côté le scientifique et la logique, je travaille avec mon cœur et faire de la musique me fait du bien.


Tu indiques dans ta bio avoir pris des cours de piano à l’âge de 40 ans, pourquoi un tel choix et qu’apportent ces cours à tes compositions ?


Déjà car je pense que jouer d’un instrument stimule la créativité, ensuite car cela m’a également permis de revoir les bases de théorie musicale et de rythmique, mes 5 ans de solfège étant plutôt lointains. Je me suis vite laissé embarquer par la production mais j’essaye de continuer à pratiquer dès que j’en ai le temps.


Est-ce que tu comprends que certains opposent DJ et musiciens ? Les DJ ont-ils un sens un peu plus aiguë de la mélodie pour être tout de suite efficaces ?

Oui je comprends tout à fait la distinction ! Le terme producteur est très flou en musique ! A la base, comme dans le cinéma, le producteur finançait et supervisait le projet. Ensuite intervenaient des compositeurs, auteurs, arrangeurs et interprètes, beaucoup d’entre eux étant musiciens. Le producteur lui restait dans l’ombre laissant la lumière aux interprètes. Si l’on prend par exemple le nom de Max Martin, il est incontournable dans le milieu car il est derrière plusieurs des plus grands hits de ces 30 dernières années mais son nom est quasiment inconnu du grand public.
Puis les DJs, qui à l’origine animaient, se sont mis à produire (avec ou sans équipe derrière eux) et les DJs / producteurs sont apparus. Être DJ permet aujourd’hui à un producteur d’avoir une identification en tant qu’artiste mais aussi de faire de la scène, plutôt que de rester dans l’ombre de l’interprète.

Aujourd’hui certains sont producteurs, certains sont musiciens, certains sont les deux. Ce qui est certain c’est que le producteur, au-delà de son statut de musicien, a à la fois une vision artistique mais aussi une vision liée à l’accueil de son morceau par les auditeurs potentiels, en cela les DJs ont un gros avantage lié à leur expérience et la réaction de la foule lors de leurs sets. Je l’ai vu à plusieurs reprises lors de mes collaborations où j’ai fait des choix tranchés entre l’artistique et l’efficacité du morceau et où les échanges étaient du type « oui, c’est beau mais on s’ennuie ! ».





Tu as une identité visuelle très marquée avec ton nom qui épouse presque la forme du logo de Metallica avec un fantôme ? Comment t’es venue cette identité visuelle et que symbolise ce petit fantôme ?


Concernant le logo j’ai voulu dès le départ une identité vraiment marquée qui ne passe pas inaperçue tout en restant intemporelle. J’ai eu beaucoup d’échanges avec le designer pour arriver à cette version finale où le contraste entre le nom et le pictogramme est je trouve très intéressant.

Pour le fantôme, je suis ravi que tu poses la question car le designer n’en voulait pas mais il n’a pas réussi à me faire céder ! Ce fantôme représente pour moi à la fois mon côté geek mais également un côté fun qui signifie que pour moi on peut faire les choses sérieusement sans pour autant se prendre trop au sérieux. J’avais d’ailleurs des fantômes dans le même esprit dans le logo de ma startup. Au départ chaque nouvel employé choisissait même son propre fantôme dans une famille crée par le designer, je trouvais ça trop cool. Beaucoup m’ont dit que cela ne faisait pas sérieux mais je n’ai pas cédé et je dois t’avouer qu’à toutes les conventions les goodies partaient comme des petits pains ce qui faisait parler de nous !


J’ai voulu avoir le son des années 80 avec une production moderne


On sent dans tes morceaux notamment ‘Under Water’ mais encore plus ‘Any Other Night’ une forte influence de la musique des années 80 qui connaissent un regain certain dans la pop culture (‘Stranger Things’) mais aussi dans la musique (Carpenter Brut). Tu es un enfant de ces années, que représentent-elles pour toi en termes de créativité et comment expliques-tu ce revival ?

Effectivement je suis un enfant des années 80 ! La société et la musique ont connu beaucoup de bouleversements dans les années 80, changements qui ont marqué à jamais l’histoire. Si l’on se focalise sur la musique, l’arrivée des synthétiseurs, des boîtes à rythme, des sons plus électroniques a réellement secoué les codes existants.
Ayant grandi durant cette période, je suis naturellement influencé par ce que j’ai écouté à l’époque mais aussi par les périodes suivantes. 'Any Other Night' est en ce sens effectivement très affirmé, j’ai voulu avoir le son des années 80 avec une production moderne, réel clin d’œil à cette période que j’affectionne, dans les autres morceaux cela est plus subtil et lié à mon expérience. Il y a beaucoup de choses autres que la musique lancées dans les années 80-90 qui reviennent, notamment en ce moment dans les sneakers. Cela m’a fait sourire de voir que pour ma fille qui a 15 ans aujourd’hui les Air Jordan étaient aussi populaires si ce n’est plus qu’à l’époque où j’étais plus jeune et qu’elles venaient de sortir !

Ces années ont été marquantes et le monde de la musique était très différent de ce qu’il est aujourd’hui, une certaine nostalgie ne m’étonne donc pas vraiment. Beaucoup aujourd’hui opposent clairement le froid du numérique à la chaleur de l’analogique de l’époque mais il y avait peut-être aussi plus de musiciens aux manettes et ils avaient vraiment le temps de faire les morceaux, à l’inverse de la tendance actuelle de musique à la chaîne.


Je ne me pose aucune limite en termes d’ouverture tu peux donc t’attendre à tout !


‘Under Water’ est basé sur un rythme sud-américain voire des Caraïbes, en quoi est-ce important pour toi d’ouvrir tes compositions aux musiques du monde et est-ce qu’on est en droit d’attendre plus d’ouvertures par la suite (musique africaine, asiatique) ?

S’il y a bien quelque chose que je n’ai jamais accepté, et encore moins dans la musique, c’est d’être mis dans une case quelle qu’elle soit. J’aime toutes les musiques, certaines plus que d’autres, et elles m’influencent toutes. Ma compagne étant Péruvienne, elle écoute beaucoup de musique latine à la maison, ce qui m’a clairement influencé pour ‘Under Water’ (ainsi que son insistance pour que je fasse un morceau latino !). Dans le prochain single l’influence sera clairement plus rock. Je ne me pose aucune limite en termes d’ouverture, tu peux donc t’attendre à tout !






Il a connu d’ailleurs un remix nommé Klaas qui accélère le rythme original, qu’est-ce qui a orienté un tel choix ?


J’aimais bien le travail de Klaas dans les années 2000, notamment son remix de 'Mister saxo beat' et j’avais collaboré avec lui sur ma toute première composition instrumentale 'Rebirth' pour laquelle il avait fait le mix/master. A cette époque j’apprenais toujours la partie ingé son et je lui avais confié cette partie (que je fais moi-même depuis). Je lui ai donc naturellement proposé de faire les remixes de 'Under Water' et 'Never Wanna Leave', et comme il aimait beaucoup les toplines l’affaire était conclue !



La France est très reconnue pour la qualité des musiciens électro et DJ, comment expliques-tu cette reconnaissance après laquelle certains musiciens d’autres genres courent après ?

Il y a indéniablement la « French touch » mais je pense aussi que paradoxalement les musiciens electro et DJs ne sont pas assez épaulés et mis en valeur en France notamment lors de leurs débuts, et ce n’est pas nouveau. Est-ce-que ce sont les quotas ou juste la culture, je n’ai pas la réponse, mais même les grands noms ont décollé dans un autre pays avant de revenir en France. De fait lorsque tu produis comme je le fais tu as tendance à démarrer avec une optique Internationale (paroles en anglais…) dès le départ, ce qui facilite les choses ensuite si jamais tu décolles un jour. Je pense que ce n’est pas limité exclusivement à la musique, car lorsque j’ai créé ma startup personne en France n’y croyait et j’ai dû aller chercher les fonds en Angleterre. Hormis quelques rares clients que je ne remercierai jamais assez, la majorité des ventes les premières années étaient à l’étranger puis d’un coup, après 3 ans, la France a démarré sur les chapeaux de roues sans que je n’aie réellement d’explication à donner.


Quasiment tous tes morceaux sont accompagnés de clips, mesures-tu l’importance de l’image désormais dans la musique pour percer (tes clips ont plus de 100 000 vues) ?


Au-delà du fait de percer il y a au départ le fait de faire connaître son projet. Les interprètes sont beaucoup plus populaires que les producteurs sur les réseaux sociaux et YouTube étant la plus grosse plateforme en termes de visiteurs mensuels il est fondamental d’y avoir un contenu visuel. L’image est donc très importante, cependant elle a un coût non négligeable si tu veux un clip professionnel par exemple.





Comment sont-ils réalisés ? Est-ce que tu as une équipe derrière toi ou, si ce n’est pas le cas, comment arrives-tu à gérer aussi cela ?

Grâce à ma carrière dans l’informatique, j’ai eu la chance de pouvoir faire trois clips avec une équipe de production Française extraordinaire qui a vraiment donné le maximum car elle croit en mon projet. J’ai participé à toutes les étapes, de l’écriture du scenario au montage final afin que l’histoire racontée dans le clip soit le plus fidèle à celle racontée par la musique. Cela prend du temps mais je suis attaché à l’authenticité.


Dans les faits la consommation liée au streaming fait que même si l’un de tes titres marche, peu de personnes ont aujourd’hui la curiosité de venir écouter les autres morceaux


Le choix d’un EP semble être devenu un standard pour les musiciens qui épousent aussi la manière dont aujourd’hui on écoute la musique. C’est devenu un produit de consommation facile d’accès avec les plateformes, comment perçois-tu cette évolution ?


Le streaming a eu un impact très fort sur la stratégie de sortie. La tendance est même maintenant de ne faire un album que lorsque tu es établi en préparation d’une tournée. L’EP est un bon intermédiaire pour quelqu’un qui démarre car il permet, au-delà d’un single, de partager son univers musical et dessiner sa signature avec différents morceaux.
Cependant dans les faits la consommation liée au streaming fait que même si l’un de tes titres marche, peu de personnes ont aujourd’hui la curiosité de venir écouter les autres morceaux de l’EP, ce que je regrette. Ayant connu une époque où je passais mes samedis après-midi chez le disquaire à la recherche de nouvelle musique, lorsque j’achetais un album c’est vraiment car j’accrochais à l’univers !


Le format EP n’est-il pas l’idéal pour ton style de musique, permettant d’être visible le plus possible de manière plus rapprochée que si tu te lançais dans la composition d’un album 12-13 titres ? A contrario, faire un EP de 5 titres offre moins de droit à l’erreur qu’un album (ou quelques titres peuvent être « dispensables »), ce n’est pas plus de pression ?

Étant indépendant je gère moi-même la cadence et c’est moi qui décide lorsqu’un titre est terminé, sachant que je ne sortirai pas un titre qui ne me plaît pas. Idem pour la date de sortie. La pression est donc la même et c’est surtout moi qui me la mets pour maintenir un certain rythme de sortie.
La réalité est surtout financière, un EP coutant moins cher qu’un album, ce dernier format est de plus en plus abandonné pour se lancer car même si un single explose les autres titres peuvent ne pas être très écoutés, un bon EP peut avoir chacun de ses titres en single, c’est plus délicat pour un album.

Ce point est rarement mentionné dans les interviews je le sais, mais chaque morceau a un coût (musiciens si tu travailles avec de vrais instruments, location de studio si nécessaire, avance à l’interprète, mix & master si tu ne le fais pas toi-même, clip, promo…) et s’il ne marche pas c’est le producteur qui assume la perte donc lorsqu’il y en a 12-13 c’est compliqué, à tel point que même un grand nom comme Bob Sinclar a mentionné dans Live TikTok ne plus considérer faire d’album pour le moment ! Il faut dire que les streams rémunèrent somme toute très peu par rapport à un CD ou un vinyle.


Après deux ans très difficiles pour le spectacle vivant, comment vois-tu l’avenir pour toi en termes de live ?

J’ai préparé mes sets et espère pouvoir démarrer quelque chose d’ici la fin de l’année !


Quels sont tes projets pour les prochains mois, peut-on s’attendre à la sortie d’un nouvel album ?

Je travaille actuellement sur trois singles, le prochain sortant le 24 juin et s’appelant 'Used to be' avec un superbe clip réalisé par l’équipe habituelle. Les autres sortiront vraisemblablement d’ici la fin de l’année en fonction de l’évolution de mon projet.


Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?

Merci d’avoir lu cette interview jusqu’au bout ! J’espère qu’elle vous donnera la curiosité d’aller découvrir mon univers musical !



Plus d'informations sur https://max-m.com/
 
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