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TITRE:

ENNEADE (6 MAI 2022)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK PROGRESSIF



A l’occasion de la sortie de leur nouvel album "Withered Flowers and Cinnamon", Enneade nous livre sans détours les espoirs, les ambitions et les secrets de ce retour tant espéré.
THIBAUTK - 07.06.2022 -
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Avec trois albums, Enneade est devenu un groupe culte. Comment expliquez-vous cela ?


Fred (Frédéric Lacousse, batterie): Je ne suis pas certain que nous soyons devenu un groupe culte, même si nous avons une petite renommée en hexagone et un peu au-delà. Nous sommes un groupe qui peut parfois sembler mystérieux : nous sommes peu présents sur la toile, n’inondons pas les réseaux d’informations plus ou moins utiles, faisons peu de concerts. C’est peut-être cette longévité qui donne cette impression de groupe "culte", le groupe existant depuis 1996…



Pourquoi avoir choisi un format court après dix ans d’absence, est-ce que c’est pour garder le meilleur du meilleur du meilleur ? 


Fred: L’album est effectivement plus court que la plupart des albums de progressif qui sortent actuellement.  Le style impose presque traditionnellement une durée d’album standard avoisinant les 70 minutes, avec des morceaux assez longs, voire très longs, ce qui finalement donne parfois un côté indigeste à l’œuvre.

Est-ce que nous ne voulions pas tomber dans cet écueil ? Avons-nous simplement accepté l’idée que certains grands albums de Frank Zappa, John Coltrane ou Slayer avaient des durées identiques au nôtre ! Toujours est-il qu’après réflexion, et après écoute critique des différentes maquettes de pré-production de l’album, nous nous sommes dit qu’ajouter un morceau de plus aurait nui à la cohérence de l’album plutôt qu’il ne l’aurait enrichi.





"Remembrance" est sorti en 2006, puis "Tears in Morning Dew" en 2011 : ne craignez-vous surtout pas que vos fans vous aient oubliés, surtout à l’ère d’Internet où tout va vite et ne pas pouvoir "surfer" sur le "buzz" de vos deux premiers albums remarqués ?


Fred: C’est effectivement le risque : il y a eu un peu de mouvement au sein d’Enneade, des musiciens sont partis, d’autres sont revenus. Nous avons pris notre temps parce que nous détestons précipiter les choses. Nous avons fait cette erreur parfois dans le passé et l’avons regretté. 

Nous voulions proposer un album cohérent, avec des morceaux de qualité et maîtrisés. Les morceaux ont été joués, modifiés, arrangés pendant de longs mois afin qu’ils nous satisfassent pleinement et correspondent à nos attentes, car il est difficile de prendre le recul nécessaire lorsqu'on connaît les morceaux et nos parties respectives par cœur : il faut sortir de l’habitude d’entendre le morceau « sonner » d’une certaine manière et faire l’effort d’une écoute critique.

Nous souhaitions également travailler avec Thibaud Bernard avec qui nous sommes en contact depuis des années et qui est devenu un ami : il nous a souvent sonorisés lors de nos concerts passés, a une excellente oreille et est de bon conseil ; il a fallu trouver le bon moment et surtout que nos agendas respectifs coïncident.

La crise sanitaire a retardé énormément les choses et le couvre-feu imposé nous a souvent empêchés de répéter, alors que c’est dans ces moments-là que nous sommes les plus efficaces. Travailler chacun de son côté n’est pas dans nos habitudes ! Il faut que la musique vive, que nous soyons ensemble, parce que c’est ce qui nous motive et nous porte. Nous avons plaisir à jouer de la musique et à être ensemble : nous sommes un groupe d’amis !



La production du disque est très naturelle, presque acoustique avec des guitares brutes. Est-ce que vous vouliez sonner comme si le disque était enregistré live ? 


Fred: Nous avions le souhait de revenir à un son plus brut, effectivement. C’est également pour cela que nous avons voulu travailler avec Thibaud Bernard.

Il faut dire également que c’est la première fois que nous nous en remettions entièrement à une personne extérieure au groupe, puisque nos deux premiers albums avaient été enregistrés majoritairement par notre ancien guitariste Ginès. Là aussi, il nous a fallu apprendre à accepter de faire confiance à quelqu'un qui a plus d’expérience que nous et dont c’est vraiment le boulot. Nous nous sommes clairement rendu compte que nous n’étions que des musiciens, pas des ingénieurs du son !





“Tears In Morning Dew” était metal. Est-ce que vous avez voulu vous éloigner du metal et proposer une musique progressive, revenir aux racines comme Opeth


Fred: Est-ce parce que nous vieillissons en tant que groupe que nous nous retrouvons moins dans le style "metal" ? Nous avons pourtant baigné dans ce style au départ. Le côté progressif est venu un peu plus tard dans nos vies de musiciens : nos goûts ont mûri et changé, se sont affirmés et je crois que naturellement, notre style a évolué un peu par nécessité et par choix plus ou moins conscient. 

Nous avons tous des goûts très différents. Julien écoute Magma, Franck Zappa, Pink Floyd et du jazz. Georges-Marc (Georges-Marc Lavarenne, guitare) serait plutôt inspiré par Robert Fripp, King Crimson, Genesis, Magma et la musique classique. Christian (Christian Greven, chant) a également des goûts très éclectiques qui peuvent aller de Mister Bungle à Voivod en passant par Jean-Michel Jarre. J’écoute de la pop anglaise, du black metal, du djent et beaucoup de rock progressif japonais. Christophe (Christophe Goulevitch, guitare) est celui qui est le plus imprégné par le metal parfois un peu extrême comme Suffocation, Korn ou Cannibal Corpse.

Mais je pense que c’est l’essence même de ce style : pas de barrière, peu de concessions. Ces influences digérées ont donné cette couleur un peu particulière à notre musique que l’on ne peut ranger que dans le progressif !



 

Il y a beaucoup de guitares à la manière de Genesis (‘Illumination’ dont la guitare d’introduction ressemble à ‘Cinema Show’). Est-ce que la guitare acoustique est la base de ces compositions, quelle est sa place dans le processus de création ? 


Julien (Julien Fayolle; basse): La guitare en général, électrique ou acoustique, sert bien souvent de base à l’écriture mais la guitare acoustique en elle-même n’est pas l’outil principal des compositions. Georges-Marc (guitare et claviers) utilise beaucoup une guitare électrique équipée de capteurs Roland GK. Ils permettent de transformer le signal émis par la vibration de la corde en impulsion Midi. De là ces impulsions sont redirigées pour contrôler différents émulateurs et claviers, avec les possibilités sonores qui en découlent. Outre le fait de jouer de la guitare en utilisant n’importe quel type de son, guitares ou autre, cette technologie permet également de modifier les tonalités de chaque corde sans avoir à toucher l’instrument. Tous les accordages deviennent possibles. Certains sont parfois très étranges et ouvrent la voix à plein d’alternatives, dont certaines seraient impossibles à recréer autrement. Il arrive que les idées viennent justement grâce à ces accordages, lorsqu'ils suppriment les réflexes de jeu habituels.

Pour le coup, sur ‘A Foul Taste Of Freedom’, Georges-Marc a utilisé une guitare acoustique 12 cordes qui est clairement la base du morceau.





Est-ce que vous avez conscience que le chant est sublime (‘Illumination’) ? Est-ce que la voix est un guide quel que soit le style ? 


Fred: Je le pense ! C’est tout à fait personnel, mais je dois avouer que la voix est sans doute ce qui touche le plus lorsqu'on écoute une œuvre : elle est le vecteur de beaucoup d’émotions. Va-t-elle nous transporter, nous toucher, nous amener avec elle, peu importe les textes qui sont, me semble-t-il, sur un autre plan. Nous avons la chance d’avoir Christian avec nous : il écrit de sublimes textes, souvent empreints d’une certaine poésie, mais il a une capacité énorme à transmettre énormément d’émotions dans ces parties, de modifier son timbre de voix ou sa façon de chanter pour accompagner le texte et le faire vivre.


 
La guitare solitaire de ‘Illumination’ m’a fait penser à Aragon (‘The Crucifixion’). Est-ce un clin d'œil ou une ressemblance fortuite ? Quelle ont été vos sources d’inspiration pour le disque ? 


Julien: Nous ne connaissons pas encore Aragon, la similitude est totalement fortuite. C’est amusant, nous allons y prêter attention et repérer ce passage. Certainement qu’Aragon écoute des choses que nous apprécions également.

Les sources d’inspiration sont très variées, déjà entre nous mais également selon la période où nous composons. Nous restons toujours à l’affût de musiques qui nous interpellent. Te dire quelles étaient nos inspirations au moment de la réalisation de cet album est difficile, il y en a tellement... En fonction du moment il se peut qu’un artiste ou un groupe nous touche particulièrement. Alors consciemment ou inconsciemment, nous pouvons être influencés. Le plus délicat est de se nourrir de ces idées, de les digérer et restituer une musique qui nous semble personnelle.





Est-ce que le disque est un concept, il me semble que certains arpèges ou harmonies se retrouvent sur ‘Illumination’ et ‘Autumn’ ?

 
Christian (Christian Greven, chant): Si l’album est un concept, il l’est devenu par hasard ! Je n’ai pas écrit les paroles en pensant à une histoire prédéfinie. A vrai dire, j’ai toujours des ébauches de textes en avance, des idées qui me viennent et que je couche sur le papier pour ne pas les oublier. Je n’arrive que tardivement dans le processus de création musicale, je fais confiance à l’inspiration de Georges-Marc qui a un sens de la mélodie extraordinaire, et qui a une complicité musicale de dingue avec Julien. Une fois l’ambiance posée et la direction musicale du morceau définie, un déclic se produit et je lui associe l’ébauche de paroles et puis la complète, la fais vivre pour coller au mieux à l’essence du morceau. Les similitudes que tu entends sont le fruit du hasard et au final, de l’identité musicale que nous développons ensemble depuis bientôt trente ans.


Les paroles sont parfois vagues (‘A Foul Taste Of Freedom’), quelle en est leur signification ?

 
Christian: Comme tout chanteur de metal, lorsque j’ai commencé dans les années 90, j’étais un révolté qui écrivait sur les sujets de société qui me hantaient. En mûrissant, j’ai commencé à faire preuve de davantage d’introspection dans mes textes. Et quand je suis arrivé à être en paix avec moi-même, je me suis mis à écrire dans un style plus contemplatif et abstrait, et à raconter des histoires empreintes du royaume des rêves. Le sens de ces histoires est donc souvent celui que le lecteur y trouvera de lui-même : je n’ai pas la prétention de chercher à faire passer un message, d’autres le font beaucoup mieux que moi. Je cherche simplement à partager une émotion, une invitation au voyage.

C’est ainsi que ‘A Foul Taste Of Freedom’ est née. Mais un voyage sans voyageur, ce n’est pas un voyage : le narrateur-voyageur est donc tout autant l’auteur que le lecteur.





Qui est Ted (‘Tinkling Forks’ et ‘Grand Buffet’) ? Est-ce le personnage central du disque, un fil rouge ?


Christian : Lorsque j’ai écrit les paroles du morceau, Ted n’était que le mec dont le nom rime avec "bed", "head", et "dead" ! Il me fallait donner une identité au personnage, et voilà… Avec la prise de recul sur les morceaux, on s’est rendu compte que Ted pouvait devenir le fil rouge d’une histoire dont il serait le personnage central. C’est cette histoire qui a ensuite déterminé l’ordre des morceaux, ainsi que quelques modifications musicales.



‘Grand Buffet’ dénote. Pourquoi avoir mis un titre aussi différent, au risque de casser la fluidité ? 


Fred : C’était exactement le but recherché : interpeller, voire chahuter l’auditeur afin de le faire sortir du côté parfois ronronnant que peut avoir un album. Ce morceau interpelle beaucoup… Sûrement grâce au style utilisé puisque inédit pour Enneade : cette impression de légèreté, presque dansante face au côté sombre et morbide du texte qui évoque la prise de conscience d’un cadavre en train de se faire dévorer par une nuée d’insectes ! On est partis dans une direction musicale assez à contre-courant de ce qu’on attend ou imagine parfois à l’écoute d’un album de rock progressif. Nous avons pu également utiliser des instruments moins conventionnels comme le marimba et le xylophone. Olivier Sola nous a gratifiés d’un magnifique solo de saxophone sur le final d’‘Autumn’ et notre ami Kunio Suma, guitariste japonais et fondateur du groupe Bi Kyo Ran, y a ajouté sa patte et son grain de folie le temps d’un solo. Nous sommes d’ailleurs très fiers de ces collaborations.



‘Autumn’ est porteur d'espoir, est-ce que c’est une manière de finir l’album sur une note optimiste ? 


Christian : Chanter le désespoir, je ne sais plus faire ! J’ai la chance de vieillir sereinement, et lorsque Georges-Marc a suggéré le thème de l’automne sur ce morceau, auquel l’ambiance mélancolique se prête merveilleusement bien, c’est cet endormissement empreint de sérénité qui m’a parlé. La terre s’endort pour mieux revenir à la vie au printemps. J’espère que ce sera le cas dans le monde réel. Et si le lecteur s’approprie cette émotion et peut se sentir porté par cet optimisme serein, j’aurai l’impression d’avoir été un peu utile en tant que musicien. Au fond, c’est également ce que l’on retrouve derrière la morbidité apparente de ‘Grand Buffet’ ! Le cadavre de Ted va permettre à mille petites vies terrestres de passer l’hiver le ventre plein !!! Je suis un doux rêveur et un indécrottable optimiste…





Qu’attendez-vous de cet album ?

 
Christian: Qu’il vous apporte autant de plaisir à l’écouter qu’on en a eu à le concevoir, le voir grandir, l’enregistrer ! Qu’il soit comme une bonne nouvelle qui tarde à arriver, mais qui finit toujours par arriver… Et qu’il nous permette de retrouver le chemin des concerts pour partager toutes ces émotions avec vous ! Et ce sera l’occasion pour Enneade de mûrir encore les morceaux, car comme tant de groupes de jazz, au final, la musique d’Enneade n’est jamais figée : nous ne jouons jamais les morceaux de façon identique deux concerts de suite. C’est un processus créatif constant imprégné de l’ambiance du moment.



Est-ce que le prochain disque de Enneade sortira en 2033 au risque de frustrer les fans ?


Fred: Je ne pense pas que nous attendrons aussi longtemps cette fois-ci ! Nous avons déjà des morceaux en cours, presque finalisés, des idées de compositions et d’arrangement pour un autre album.

Christian : Nous aimerions évidement sortir un album tous les ans et les défendre sur scène, être extrêmement créatifs, mais la vérité est que chaque morceau est le fruit d’une longue gestation. Il faut neuf mois pour qu’une mère mette son enfant au monde. Il en faut au moins autant pour chaque morceau d’Enneade



Un dernier mot pour nos lecteurs ?


Fred: Nous voudrions surtout vous remercier d’avoir pris le temps de découvrir l’album et de nous avoir permis de nous exprimer via cette interview. Merci également Henri Vaugrand du label Vallis Lupi d’avoir accepté de distribuer notre album, à ceux qui nous suivent depuis de nombreuses années et aux fans du style qui achèteront l’album et qui l’apprécieront !

Il y a peu de groupes français dans cette veine musicale et sommes fiers d’apporter notre petite pierre à l’édifice !

On se retrouve en concert en 2022 et 2023 ?




Plus d'informations sur https://www.facebook.com/enneadeband
 
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