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TITRE:

LAIUS (01 AVRIL 2022)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

POP



Laius se fait le chantre de sujets dont on parle peu comme la vie rurale, mais pas uniquement. Rencontre avec un artiste singulier de pop française.
CALGEPO - 02.05.2022 -
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Si les Etats-Unis ont Bruce Springsteen pour parler des Etats ruraux et industriels profonds des USA, il existe en France des artistes qui prennent à cœur la situation des campagnes. Il le font à leur niveau par rapport à l'envergure internationale du Boss. Laius s'inscrit dans le sillage de ces artistes décentralisés. Si le thème le touche, l'artiste voit plus large et se fait plus touchant notamment au travers cette interview. 

Est-il vrai que tu es venu à la musique par accident (ou du moins à la suite d’un accident), presque par hasard ?

Oui, c’est exact. A 18 ans, j’ai été fauché par une voiture alors que le feu était « vert » pour moi. Un mauvais coup du sort sur le moment qui au final s’est transformé positivement. Mes parents n’étaient pas du tout musiciens, voire même pas mélomanes. Ouvrir le meuble sous la TV contenant le tourne-disque était rare. Idem, on n’avait pas trop de disques, quelques 33 tours tout au plus. C’est donc grâce au brancardier et à l’ergothérapeute du centre de rééducation fonctionnelle La Châtaigneraie de Menucourt que j’ai appris à la guitare.


Ce pseudo Laïus est-il venu à toi pour traduire le fait qu’en tant que compositeur-interprète, tu attaches une importance particulière au discours, aux paroles et à l’empathie ?

Oui, tout à fait. Au départ, c’était le nom du groupe avec lequel je jouais. Puis, quand celui-ci s’est séparé, j’ai conservé le pseudo pour mon nom de scène. Je trouve qu’il colle bien à l’esprit de mes chansons et à ce que je veux transmettre sur scène. Je suis un diseur de petites histoires, de laïus. J’ai juste mis la majuscule pour en faire un nom propre.


Au départ, tu te destinais à confier tes chansons à d’autres artistes, qu’est-ce qui t’a fait franchir le cap de les interpréter toi-même et de te mettre dans la lumière ?

De plus en plus d’interprètes écrivent et composent leur propre chanson. Avec l’arrivée des home-studios, tout est plus simple pour s’essayer dans la compo et l’écriture. De plus, les labels ont également changé leur approche. Avant ils recherchaient « la bonne chanson » ; maintenant, ils sont passés à des techniques de camps d’écriture ce qui explique que le nombre grandissant de personnes crédités sur les nouveaux titres. L’anglais a aussi pris beaucoup d’importance malgré les quotas en France.


Cela me permet de contribuer à mon humble niveau à essayer de rendre le monde meilleur.


Est-ce que cette mise en lumière a été facile pour toi ?

Non, ce n’est pas évident car j’ai un travail dans le secteur public. Et les principes de neutralité, de discrétion professionnelle, d’exemplarité m’obligent bien évidemment à être très prudent dans mes interventions. Je représente l’Etat en tant que fonctionnaire (personnel d’encadrement supérieur). Pour autant, je souhaite poursuivre cette approche artistique, voire citoyenne. C’est complémentaire, cela me permet de contribuer à mon humble niveau à essayer de rendre le monde meilleur. Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues !





Ta musique est très ancrée dans la tradition de la chanson française avec ses touches un peu pop, folk en mettant en avant beaucoup d’instruments organiques comme le piano, la guitare sèche (‘Arrière-Pays’, ‘Il m’en A Fallu du Temps’) à la manière d’un William Sheller voire l’harmonica, est-ce une des influences et cet aspect qui te guide dans tes compositions ?

La guitare me guide forcément dans mon processus de création. Mais je dirai, d’une manière plus large, que c’est le côté acoustique, proche des gens qui me plaît le plus. Quand je crée une chanson, j’imagine la jouer auprès d’un feu de cheminée et non dans un énorme stade. Ce qui compte pour moi, c’est l’œuvre et non l’artiste. Ce qui reste au final, c’est la chanson et non le chanteur. Quant aux autres influences, j’ai la chance de travailler avec plusieurs arrangeurs dont un principalement qui se nomme Frédéric Mougin qui amène aussi ses idées, ses couleurs, ce qui est très bien. On se complète.


Tu portes un regard particulier sur le sort des zones rurales notamment dans le premier titre de l’album, chose assez rare dans l’industrie musicale (on se souvient de Kamini à l’époque dans un tout autre style), penses-tu que l’industrie musicale est un peu trop parisianiste ou trop centrale et ne laisse pas assez s’exprimer la province ?

J’aime la ville mais encore plus la campagne. Je ne renie pas mes origines franciliennes mais je pense qu’il y a des échelons à ne pas dépasser. La notion d’échelle compte autant en géographie que dans le quotidien des gens. Rencontrer le maire de sa commune, faire vivre les commerçants de proximité, travailler pour son territoire sont des points qui comptent pour moi. Je veux être inscrit au local. Tout part de là.


Il y a des intelligences de territoire à écouter et à aider. Elles peuvent apporter des solutions à la population bien plus concrètes, rapides et efficientes que les meilleurs cerveaux de Paris.


Avec cette mise en lumière de la campagne, des services publics qui s’en vont, de cette déshérence… on peut voir en toi un point commun avec Bruce Springsteen qui aux Etats-Unis parle aussi de la province… Est-ce que cette comparaison te parait légitime et est-ce qu’il manque en France d’un « Bruce Springsteen » ?

Alors là, c’est une comparaison de haut vol (rires) ! Il est mondialement connu, alors que moi, je suis un illustre inconnu. J’ai regardé son dernier documentaire musical "Letter to you" en mars 2022 qui m’a fortement touché avec cette esthétique en noir et blanc et sa voix off. Justement, je suis en train de travailler avec la société de production audio-visuelle Vircom sur un webdoc portant sur les coulisses de la création de chanson. Je pense que la notion de Nation est essentielle et ne suis pas pour des provinces indépendantes. En revanche, il y a des intelligences de territoire à écouter et à aider. Elles peuvent apporter des solutions à la population bien plus concrètes, rapides et efficientes que les meilleurs cerveaux de Paris. Avoir de la hauteur permet d’avoir une vue d’ensemble, c’est vrai mais ne facilite pas la perception des détails. Et en fait, tout est détail. C’est lui qui fait que cela fonctionne ou non au final.


En tant qu’artiste qui véhicule (pas seulement) ce genre de message, te sens tu jouer un rôle particulier, une sorte de porte-parole ?

J’essaie déjà de mettre à plat mes propres émotions. Actuellement, je suis en train de réécrire une vieille chanson qui se nommait 'Dérive' afin de mieux préciser ce que je voulais dire à l’époque. Ecrire demande du temps. Mettre des mots en plume est délicat. Chaque terme doit gagner sa place. Après, si ma parole peut faire écho chez d’autres gens, c’est formidable, je me sentirai un peu moins seul… la résonance sera partagée. C’est plutôt chouette, non ?





Avec le confinement et la période pandémique, les médias ont plus parlé de la campagne et de la ruralité vantée pour sa qualité de vie, le calme…. Est-ce pour toi ce regard est un feu de paille issu d’un regard médiatique parisien, ou crois-tu à un regain réel et une prise de conscience des gens vis-à-vis de la province ?

Je pense que cette tendance était déjà là, elle s’est juste accélérée. Se lever le matin et voir sur un panneau lumineux qu’il faut rouler 20km/h en dessous de la limitation normale car l’ai est pollué, cela interroge. Voir son enfant prendre un anti-allergique chaque matin alors qu’il n’en prend pas en vacances dès qu’il s’éloigne de la lumière des villes, cela questionne également. On a besoin d’horizon, de couchers de soleil, de voir la mer, la montagne, de marcher…


Il y a aussi une forme d’impudeur à être artiste comme on peut l’écouter dans le titre ‘Il M’en Aura Fallu Du Temps’ qui évoque peut-être l’acceptation d’un deuil ou d’une rupture mais surtout une sorte de renaissance. Est-ce qu’il est indispensable de fendre totalement l’armure pour toi en tant qu’artiste ou bien est ce qu’il y a une limite ?

Cette chanson m’a mis à nu, c’est vrai. 'Il m’en aura fallu du temps' est 100% authentique. Il est clair que c’est difficile de dire bye-bye à son amour d’enfance. Mais c’est ainsi, la vie amoureuse est une trajectoire et il faut parfois accepter des dérapages contrôlés pour emprunter de nouveaux chemins.


Ils connaissent mes influences musicales dont le groupe Téléphone.


Tes chansons reposent sur une sorte de mid-tempo hormis peut-être 'La Vie est Là' (avec un aspect country), est ce que tu penses un peu plus explorer des compositions plus nerveuses ou bien est-ce que tu considères que ce tempo est le plus propice à la transmission de tes messages ?

Mes chansons sont nostalgiques, ce qui m’amène vers des tempi assez lents. Mon entourage se moque parfois de moi en disant, « Allez, encore une chanson qui remonte le moral ! ». En même temps, ils me disent, dès que j’ai écouté, j’ai su que c’était toi. Il y a donc une signature musicale, une empreinte sonore ce qui me rassure tout de même. Je ne crée pas à partir d’une boucle de batterie. Le tempo n’est donc pas essentiel pour moi. Je pars d’une émotion associée à un groupe de mots et un ou deux accords sur ma guitare, parfois au piano mais c’est plus rare. Une fois que j’ai cet ensemble, je peux tirer le fil de la création et avancer sur ma chanson. Mais il est vrai que certains amis m’encouragent à écrire des chansons plus rock comme 'Car c’en est trop'. Ils connaissent mes influences musicales, dont le groupe Téléphone.


Tu écris et chantes en français là où d’autres ont choisi de composer en anglais car plus musical, est-ce que tu ressens la difficulté évoquée à écrire dans la langue de Molière qui est souvent évoqué et comment est-ce que tu l’atténues ?

Je ne peux écrire que dans la langue avec laquelle je rêve. Pour moi, c’est le français. En fonction de là où on accentue la syllabe, cela sonnera ou pas au niveau du chant. Il y a aussi la réécoute des maquettes qui permet d’entendre que tel ou tel mot ne passe pas à l’enregistrement. Il faut accepter les feedbacks et modifier sa chanson si elle le nécessite. Etre à l’écoute des autres évite un grand nombre de bêtises. J’aime écrire en français, et si je dois choisir, j’opte pour le sens au son.





Ta voix est très agréable à l’écoute, très claire, est ce que tu as aussi travaillé énormément cette voix comme un instrument ou bien est-ce que ça te vient d’instinct ?

Non, je ne l’ai jamais vraiment travaillé, honnêtement. Quelques cours par-ci par-là mais rien de sérieux et de régulier. Là aussi, je réécoute et modifie ma façon de chanter pour que les mots ne soient pas bousculés. Les silences ont autant de poids que les mots pour leur compréhension. Imaginez un texte sans espace entre les mots... Je ne suis pas un grand chanteur avec cette voix puissante qui fait trembler les vitres de la maison. Je chante tout de même assez juste même si ma voix gagnerait à être davantage travaillée, c’est sûr. Ce petit vibrato que j’ai parfois dans la voix, en énerve plus d’un, dont mon ingénieur du son au Studio Ma Ferme qui me dit souvent « Chante plus droit ».


Le fait d’être accompagné par Dooweet dans le cadre de cette promotion te conforte dans le fait de continuer dans la musique malgré le fait d’avoir une offre musicale très grande ?

Dooweet a été le premier professionnel à me faire confiance pour le tout premier album "Avant-Matin". Je les en remercie très sincèrement et reste fidèle à leurs fondateurs Julie et Christophe Sousa. De plus, même s’ils ont un rayonnement international, ils habitent tout près de chez moi en Hérault, ce qui facilite les échanges bien évidemment. Depuis, s’est ajouté un label (Par Cœur Musique) et un distributeur (Inouie distribution) qui complètent l’entourage pro. Plus, quelques professionnels de qualité sur des missions ponctuelles (vidéos-clips, gestion des réseaux sociaux…).


A titre plus personnel, cela me permet de laisser une trace du monde et de moi à mon fils.



Qu’attends-tu de cet opus "Prémices d’Avant-Midi" ?

Comme son nom l’indique, cet opus est juste un « prémice ». Ce mini-album de 6 titres est un préambule avant la sortie officielle de l’album « Avant-Midi » qui contiendra 14 titres prévu en octobre 2022. En fait, je développe une trilogie : Avant-Matin / Avant-Midi / Avant-Nuit. J’espère donc que cet EP plaira à la presse en général et musicale en particulier. Que certaines chansons accompagneront un peu le film de votre vie. A titre plus personnel, cela me permet de laisser une trace du monde et de moi à mon fils.


On te laisse le dernier mot pour les lecteurs de Music Waves 

Merci à Music Waves pour cet interview. J’aime particulièrement cette rubrique justement sur votre site Internet. J’ai trouvé les questions particulièrement intéressantes. On comprend en les lisant que vous vous êtes penchés sur cet opus et cela fait réellement plaisir. Je reste à votre écoute et vous invite à venir me voir bientôt sur scène dans le cadre de ma tournée des médiathèques qui est en cours de montage. A très vite et longue vie à Music Waves.



Plus d'informations sur https://laius.bandcamp.com/
 
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