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TITRE:

COFFEES AND CIGARETTES (07 MARS 2022)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

POP



Music Waves est allé à la rencontre de Renaud Druel, concepteur de Coffees And Cigarettes, un groupe formé sur un duo cordes-voix qui s'aventure au-delà des formats de la pop music.
ADRIANSTORK - 26.04.2022 -
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Coffees & Cigarettes est un duo cordes-voix imaginé par Renaud Druel, parfois crédité sous le nom de MC Jesse (auteur, compositeur et interprète). Il est accompagné du violon d'Anna Swieton, de l'alto de Lyllou Chevalier ou du violoncelle de Quentin Gendrot pour un mélange original de chanson française, de rock et de hip hop. Rappelez-vous : à consommer avec modération pour le café et à proscrire pour le tabac.


Pourquoi avoir choisi le titre d'un film à sketchs autour du café et des cigarettes réalisé par Jim Jarmusch comme nom de groupe ?

Quand j'ai décidé de donner un nom de film à mon groupe, ce nom-là m'est venu directement. Le groupe étant né comme un duo, je trouvais que ce nom représentait à merveille la dualité. Les cafés, les cigarettes. Bref, ça a sonné comme une évidence. Et j'adore le travail de Jim Jarmusch donc voilà. 





Pouvons-nous revenir sur ton parcours, Renaud, tu avais un bagage classique au conservatoire, aurais-tu pu intégrer un orchestre classique et qu'est-ce qui t'a décidé à prendre tes distances ? 

J'ai fait un bac littéraire musique, option Musique Lourde. Et en parallèle un cursus au conservatoire. Bon, je vais pouvoir enfin raconter cette anecdote. Le jour ou j'ai intégré le conservatoire j'avais un bagage plutôt musique actuelle et autodidacte. J'avais appris à jouer de la guitare sur des tablatures de Nirvana. Je suis arrivé à l'entretien/audition pour intégrer le cours de guitare et j'ai joué 'Stairway To Heaven' de Led Zeppelin  avec ma guitare classique. Je me souviens que la prof a dit : "Alors, c'est bien mais on va pas du tout jouer ça". Et j'ai répondu : " Je sais, moi, ce qui m’intéresse c'est d'apprendre de nouvelles choses". Sauf que la prof n'a jamais aimé ma technique et mes habitudes de jeu plutôt rock et non classique et donc ce n'est jamais passé entre nous. Et le jour de l'examen de fin d'année, elle ne m'a pas inscrit sur les listes d’élèves. Je suis donc arrivé le jour de l'examen. J'ai viré l’élève qui était entrain de jouer pour son examen. J'ai joué mon morceau qu'on avait travaillé et c'était parfait et j'ai éclaté ma guitare sur le bureau des jurys. Et je me suis barré, le directeur a voulu me retenir et je lui ai dit que ce n'était pas ma vision de la musique et je suis jamais revenu. Voilà, c'est l'anecdote. Je n'ai rien contre cette école, juste avec celle-là ce n'est pas passé. Et je bosse aujourd'hui avec violoncelle, violon et alto sur scène donc je n'ai pris mes distances que pour mieux revenir vers « le classique ». A vrai dire, c'est le classique qui a voulu prendre ses distances avec moi (rires).


Au regard des influences de la musique de Coffees And Cigarettes, on imagine que tu avais des goûts éclectiques, qu'écoutais-tu dans cette période de ta vie et que lisais-tu? 


Moi, comme je le disais au-dessus, j'ai toujours été un grand fan de rock et de Nirvana surtout. Cela a même été une grosse obsession de ma vie. Je collectionnais les lives pirates de Nirvana, les bootlegs, etc... etc... Mais j'écoutais aussi beaucoup de metal et de Hiphop. Le hiphop et le metal des années 90/2000, que des bijoux !


Comment as-tu rencontré Anna Swieton, Lyllou Chevallier et Quentin Gendrot et qu'est-ce qui t'a décidé de poursuivre cette formule duo cordes-voix ? 

Lyllou, on s'est rencontré sur des concerts de mes précédents groupes. Puis elle est venue enregistrer des cordes sur un album de mon ancien groupe Hors La Loi. Quentin, on s'est rencontré en colo. On apprenait à des enfants à faire de la musique dans des colos qui s’appelaient "Vacances musicales sans frontières". On a passé un mois dans la même chambre, ça crée des liens (rires). Anna, je crois que j'ai passé une annonce sur le site de la philharmonie de Paris on s'est rencontrés, on a joué et ça l'a fait.


Qu'est-ce que les enregistrements de "London Western" et "Freak Show" t'ont appris et t'ont permis d'améliorer sur cet album ?  



"London Western" possède pour moi toutes les erreurs et envies d'un premier album. La prod est moins travaillée, le style du groupe n'est pas encore affirmé. Tu remplis ton album avec trop de chansons un peu comme tu bourres un valise pour partir en vacances. Et tu es obligé de faire ces erreurs pour pouvoir faire de meilleurs albums après. "Freakshow", j'ai commencé à faire des prods plus comme je le ressentais. Plus sombre, plus hiphop-métal.  





Comment te vient l'inspiration pour les textes, est-ce que tout est écrit de A à Z dès l'entrée en studio ? 

J'ai toujours fonctionné en amont du studio. Lorsque j'arrive en studio j'ai déjà tout. A partir du moment ou je trouve la thématique de l'album tout vient très vite. Le plus long dans le processus d'écriture des textes est de trouver cette thématique. Pour les deux premiers albums on travaillait les arrangements en studio. Pour "Roller Coaster", la pandémie nous a permis de prendre notre temps et donc nous avons pu faire les pré-prods de l'album chez moi. Quand nous sommes arrivés en studio, il n'y avait plus qu'a retranscrire au propre tout ce que nous avions fait chez moi. Et pour l'écriture de "Roller Coaster", je me souviens avoir écrit et composé 'Emmène-moi', le 'Syndrome De Peter Pan' et 'J'Flippe' la même journée. En fait, c'est ce que je dis dans 'C KOA' : "Au niveau du texte ça macère en moi pendant des semaines, pendant des mois ". Bref, je réfléchis beaucoup le truc et après tout sort d'un coup. 


Quelle est la part de vérité dans une chanson comme 'J'Flippe' ?


Globalement, on peut dire que tout est vrai. Ou en tout cas, à l'époque à laquelle le texte fait référence tout était vrai. 


Comment les deux entités de Coffees And Cigarettes (Renaud et les cordes) sont en interaction lors de l'enregistrement, qui décide de quoi, es-tu ouvert à tout dialogue ou as-tu déjà tout en tête ?

J'avais une tendance à être un peu control-freak mais je me soigne de plus en plus (rires) ! En fait, je crois que tant que tu n'as pas rencontré les bonnes personnes pour travailler, il est difficile de déléguer. Et là, vraiment, pour la première fois, avec "Roller Coaster" j'ai pu confier une grosse partie des arrangements et de la direction artistique à Quentin, mon violoncelliste. En fait, il a compris ce que je voulais et a magnifié tout cela.  Bref, c'est très cool de pouvoir travailler avec des gens qui comprennent et savent retranscrire ce que tu veux. Tu peux vite sinon avoir le syndrome du gamin qui veut faire un dessin et se frustre de ne pas arriver à retranscrire l'image de base qu'il avait dans la tête. 


J'avais une tendance à être un peu control-freak mais je me soigne de plus en plus (rires) !


Le titre du nouvel album "Roller Coaster" a été choisi parce que tu souhaitais à la fois secouer et divertir (dans le meilleur sens du terme) l'auditeur ?

Alors oui, un peu mais pas seulement (rires). En fait, l'idée était de symboliser de manière un peu simpliste les hauts et bas de la vie, les grandes joies et les grands chagrins. Les montagnes russes de la vie. Et ma nana est une fan de parc d'attractions. Mais genre vraiment. Une sorte de wikipédia ambulante.


Certains extraits apportent une dimension conceptuelle ('Intropode', 'Y A Quelqu'un', 'Journal de Bord'), voire cinématographique (des extraits sonores ou 'Colline de Jeux' et ses sonorités atmosphériques), on a des termes étranges comme coselofo ou intropode qui ont l'air de créer une mythologie personnelle. Est-ce que tout d'abord cette dimension conceptuelle est assumée ici ou est-ce qu'un concept plus fort est en gestation qui pourrait aboutir sur une activité extra-musicale comme la conception des clips le laisse supposer?  


Sur scène, nos lives sont accompagnés de vidéoprojections. J'essaye toujours que le concept soit le mieux illustré possible par la musique, la vidéo, le graphisme et la scéno.  Je pense que quand on parle de sujets un peu personnels c'est plus sage de donner des noms qui sortent de l'ordinaire pour illustrer cela. Ouais, j'aime bien illustrer mes peurs par des monstres et ensuite leur donner des noms. Le Coselofo symbolise la peur de l'écriture (j'invite tout le monde à googler La Leucoselophobie), ou l'arthropode (Monstre très proche d'une araignée géante, d'un crabe géant) qui symbolise le cancer. Donc d'une certaine façon on peut y voir une sorte de mythologie personnelle. Au delà de la mythologie, il me semble plus poétique de dire Arthropode que Cancer, aussi. Donc c'est aussi une façon pour moi d'aborder des thèmes. Pour ce qui est de la dimension conceptuelle, je voulais que l'album sonne comme une aventure un peu galactique un truc un peu dans le genre "La Planète Des Singes", "Star Trek", "Starship Troopers" donc les interludes étaient importants pour asseoir cette ambiance, cette atmosphère. L'activité extra-musicale, j'y réfléchis mais j'ai du mal à me sentir légitime ou assez bon pour faire autre chose que la musique. Genre un roman, ça fait longtemps que j'y pense mais je me sens pas légitime... 


Est-ce que le groupe Stupeflip pourrait être une influence en regard de cette dimension conceptuelle ?


Oui, évidemment comme tous les groupes avec un univers fort. Moi j'adore les groupes comme le Wu Tang, ou Iam qui ont développé des trucs, termes dans leurs univers "la planète mars", "l'école du micro d'argent", "la menuiserie" etc... ça crée un sorte de mythologie autour du groupe. C'est chouette.Tout comme à l'époque j'avais été passionné par des groupes masqués comme Slipknot ou alors des groupes qui laissaient planer vachement de mystères autour de leur musique. 


'C Koa' est assez drôle, tu as pris la voix d'un auditeur lambda qui t'observe en se posant des questions légitimes mais qui, en raison de son débit, sonnent comme folles. Tu réponds d'ailleurs à celles-ci d'un air un peu contrit. Etait-ce une façon de devancer notre interview et n'est-ce pas un moyen de dire que la musique est une réponse à toutes ces questions accessoires ?


Oui, j'ai toujours fait cela. Tout comme j'ai inventé le hop'n roll pour que les journalistes arrêtent de ne pas savoir définir notre musique et nous posent toujours la même question. "C'est un mélange de chanson, de rock, de hiphop, d'électro comment définiriez vous votre musique ?"... Donc je devance les questions ou même mieux je réponds sans répondre d'ailleurs à toutes celles qu'on a en permanence à la fin des concerts. Puis j'aime bien l'idée de répondre des trucs vrais ou peut-être faux ou peut-être qu'on ne sait pas … (rires). Et sinon, oui, clairement la réponse est dans la musique, ne nous nous demande pas les réponses, cherche par toi même, jeune padawan. 





Les chœurs enfantins sur 'Le Syndrome de Peter Pan' ainsi que les voix enfantines sur 'Emmène-Moi' adoucissent le propos un peu dur et rebelle, était-ce prévu depuis le début ? Était-ce une façon de faire passer avec moins de lourdeur un message assez sentencieux ?

Quand j'ai eu fini de composer l'album et que j'ai eu la liste des chansons qui allaient figurer dessus, il a tout de suite été évident qu'il y aurait des enfants sur 'Emmène-Moi' et 'Le Syndrome De Peter Pan'. C'était aussi une façon un peu discrète de rendre hommage à ma mère qui était institutrice. Pour 'Le Syndrome De Peter Pan', j'ai voulu la chorale d'enfants un peu bordélique comme un spectacle de fin d'année ou on ne comprends pas toujours les paroles. Pour 'Emmène-Moi', c'était une nouvelle façon de symboliser l'enfance, de symboliser la maman et l'institutrice avec tous ces enfants qui chantent pour dire au revoir. Après pour être honnête, je me suis pas posé la question de "est-ce que cela ferait mieux passer la pilule avec des enfants ?". L'importance, c'est les arrangements musicaux et la symbolique de ces derniers. 


L'importance, c'est les arrangements musicaux et la symbolique de ces derniers.


Les claviers apportent une dimension futuriste et quelque peu inquiétante et pourraient évoquer la partition sonore de films de certains réalisateurs dont tu sembles friand (Carpenter, Coscarelli, Fulci, Romero). Au-delà de l'hommage un peu lointain, comment celles-ci prennent leur place dans ton travail ?

Déjà merci pour la comparaison. Merci beaucoup. 


Il y a beaucoup de références culturelles dans tes chansons, n'as-tu cependant pas peur de tomber dans le piège du name-ping ?

Dans le name ping, il y a une volonté d'impressionner son interlocuteur. Moi non, je me place toujours tout petit face aux gens que je cite ou auxquels je rends hommage. La volonté de citer des films ou des livres ou des auteurs etc., elle vient juste de l'envie d'appuyer un propos, une image avec justement une référence. Citer des auteurs, réalisateurs, films etc. me permet de poser un décor, tout simplement. 


Quelle est la signification de '02/01/2019' ?


C'est le jour ou ma mère est partie. 


Sincères condoléances. "Rollercoaster" ouvre l'horizon vers une musique balkano-gitane. Est-ce important de ne pas se fermer à d'autres sonorités ?

On pourrait penser au premier abord que la musique de Coffees & Cigarettes remplit un cahier des charges : mélanger le hiphop, le rock, la chanson. Mais en fait, au moment ou je compose ça ne se passe pas toujours aussi simplement que ça (rires). Déjà dans chaque album de Coffees on glisse toujours un morceau plus ou moins electro swing - tous ces morceaux font références à Jesse Juice la majeur partie du temps. Donc oui, pour répondre à la question bien entendu, on reste ouvert à tous les styles et sonorités. Dans cet album, "Roller Coaster", tu as des grosses guitares accordées très bas, des guitares typiques du style metal pour donner une certaine lourdeur au morceau (Coffees Resistance, Arthropode). Bref, avec Coffees, on s'accorde le droit à tout à partir du moment ou on trouve que ça marche et que les chansons les unes à cotés des autres restent cohérentes. Donc oui, on reste ouvert à toutes les sonorités, évidemment. Je pense que c'est même vital de le faire pour éviter de s'enfermer dans un truc.  


Comment vas-tu défendre cet album?

A grand coup de fulguro-blaster, mon pote ! 


Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ? 


Merci pour cette interview Music Waves. J'ai adoré répondre à cette interview. Longue vie à vous.



Plus d'informations sur https://www.coffeesandcigarettes.org
 
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