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TITRE:

PSYCHIC EQUALIZER (22 MARS 2021)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK PROGRESSIF



A l'occasion de la sortie de "Revealed II", Hugo Selles, fondateur de Psychic Equalizer', revient sur la trajectoire que le groupe a suivie pour passer d'un one-man band néoclassique à un groupe cosmopolite flirtant avec le metal progressif.
CORTO1809 - 02.04.2021 -
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Music Waves vous invite à rencontrer un groupe au parcours peu commun. A l'origine projet solitaire d'Hugo Selles, pianiste et compositeur espagnol de formation classique, Psychic Equalizer va évoluer vers la forme d'un quatuor cosmopolite en 2019 avec l'arrivée d'India Hooj (Australie), Carlos Barragán (Colombie) et Adrian Ubiaga (Espagne). Si la musique des albums sortis lorsqu'Hugo Selles évoluait seul était majoritairement portée par les claviers et constituée de mélodies néoclassiques / new age, l'arrivée des trois nouveaux membres l'a vue évoluer vers un rock progressif flirtant souvent avec le metal progressif. Hugo Selles nous explique le chemin parcouru de "Memories From a Cold Place" à "Revealed II", le tout nouvel EP de Psychic Equalizer.


Bonjour Hugo. Avant d'aborder ton actualité discographique, parlons d'abord de ton groupe si tu veux bien. Deux Espagnols, une Australienne et un Chilien, on peut difficilement être plus éloigné. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Adrian et moi sommes amis depuis de nombreuses années. Carlos, India et moi nous sommes rencontrés à l'Académie Royale danoise de musique à Copenhague en 2013, où nous sommes tous allés pour notre master.



Quand l'idée de former un groupe a-t-elle germé ? Qui en premier en a eu l'idée ?

L'idée de changer le concept de Psychic Equalizer est née avec l'enregistrement de l'album "The Lonely Traveller", mais ce n'est que deux ans plus tard qu'elle est devenue réalité. C'était mon souhait au départ et je pense que tout le monde a adhéré à cette idée.

N'est-il pas difficile d'exister en tant que groupe quand on est géographiquement éloigné, avec en plus une pandémie qui limite vos déplacements ?

C'est assez difficile en effet, mais nous croyons fermement en ce que nous faisons, alors nous continuons.

A l'origine, Psychic Equalizer est ton projet solo. Est-ce que ça n'a pas été compliqué de passer d'un one man band où l'on décide de tout à un groupe où il faut partager les idées ?

Eh bien, pas du tout ! Cela me semblait être la bonne chose à faire. J'étais un peu fatigué de tout diriger et j'étais très heureux de partager la charge avec une équipe de musiciens et de personnes aussi merveilleuses.


Beaucoup de gens ont mentionné qu'il est difficile de cataloguer notre musique dans un seul genre. J'aime ça !


D'ailleurs, il y a stylistiquement une différence sensible entre la première période de Psychic Equalizer, qui s'étend de "Memories From a Cold Place" à "The Lonely Traveller", et la seconde qui commence avec "The Sixth Extinction". On passe d'albums 100 % instrumentaux abordant le new age, la musique classique contemporaine, le jazz et l'avant-garde, à des formats plus proches de la chanson et une musique proche d'un rock progressif teinté de metal. Nouvelle formation, nouveau style, pourquoi ne pas avoir changé le nom du groupe ?

Il y a de grandes différences, c'est vrai. Mais pour le moment, tout me semble naturel, et je suppose que c'est aussi le cas pour le reste de la formation actuelle. Psychic Equalizer n'obéit pas à des règles. Beaucoup de gens ont mentionné qu'il est difficile de cataloguer notre musique dans un seul genre. J'aime ça ! Pas d'étiquettes, pas de frontières, pas de limites. De plus, nous ne sommes pas les seuls à avoir fait quelque chose de similaire. La plupart des grands groupes et solistes évoluent et développent constamment leurs idées musicales. J'ai toujours pensé qu'il y avait très peu de points communs entre le premier album de Pink Floyd et "Division Bell", par exemple. Anathema est également passé du doom metal à une pop orientée progressive. Et David Bowie est un exemple clair d'éclectisme. Ça ne me pose pas de problème.



Comment vois-tu la future orientation de votre musique ? En accentuant le côté chanson et/ou metal ? Ou en y intégrant davantage d'éléments issus de la période 2011-2017, classique, jazz et avant-garde ?

Je crois que nous nous sommes clairement dirigés vers le metal dans Psychic Equalizer. Bien qu'il y ait encore de nombreux éléments de musique classique et un peu de jazz, ce n'est pas comme avant, et je ne pense pas que nous reviendrons à cela. Nous sommes plus intéressés par le développement de notre côté progressif et symphonique.

Les albums de la première période de Psychic Equalizer avaient reçu des critiques plutôt élogieuses. Comment ont été reçus "The Sixth Extinction" et "Revealed" ?

"The Sixth Extinction" a eu un impact controversé. Certaines personnes l'ont vraiment aimé, certains journaux ont même affirmé qu'il s'agissait d'un chef-d'œuvre absolu... En même temps, d'autres ont trouvé que c'était un peu fourre-tout avec trop de styles. Je peux en fait comprendre ce deuxième point de vue, même si je ne regrette rien de cet album. Malheureusement, "Revealed" est passé un peu plus inaperçu avec la pandémie. Il aurait peut-être été plus sage de le sortir plus tard, mais c'était un moment si difficile !


L'année dernière, nous avions deux choix : nous séparer ou faire quelque chose.


Vous semblez privilégier les formats courts. Même vos deux LP, "The Lonely Traveller" et "The Sixth Extinction", ne dépassent pas les 45 minutes, là où certains groupes n'hésitent pas à gorger leurs CD de plus d'une heure de musique. Pourquoi ces durées relativement courtes ?

Je n'avais pas pensé à cela mais tu as raison ! Ce que je peux te dire, c'est que ce n'est pas fait exprès, je suppose que c'est juste le flux naturel du processus de composition et d'enregistrement. Une chose que j'aurais dû faire, c'est probablement de réenregistrer quelques morceaux de "Revealed" et de faire un album complet avec "Revealed II". Mais je peux dire ça maintenant, évidemment ! C'est facile ! À l'époque, personne ne pouvait s'attendre à la pandémie.

J'allais justement te demander pourquoi avoir sorti deux EP si proches l'un de l'autre, dans le temps et dans le style, plutôt qu'un LP ?

Oups, désolé ! Ce n'était pas prévu, c'est arrivé comme ça. L'année dernière, nous avions deux choix : nous séparer ou faire quelque chose. Je suis vraiment heureux que nous ayons pris la bonne décision.

D'ailleurs, pourquoi avoir baptisé ce nouvel EP du même nom que celui paru en 2020 en lui rajoutant juste un "II" ? Même titre, pochettes similaires, quelle filiation faut-il voir entre ces deux disques ?

"Revealed II" partage les mêmes concepts critiques dans les paroles que "Revealed", bien que nous soyons allés un peu plus loin, plus cruels, plus pessimistes et plus amers. Je suppose que la pandémie y est pour quelque chose. Musicalement, c'est aussi un net progrès. Les deux albums partagent de nombreux points communs, c'est pourquoi nous avons pensé que c'était le bon choix de les nommer ainsi.



Sur la pochette, le titre apparaît inversé. Faut-il y voir une signification ?

La couverture est plus sombre que celle de "Revealed". Elle est plus dramatique d'une certaine manière et elle représente cette exploration de thèmes plus sombres. Mais en fait, les lettres inversées ne sont rien d'autre qu'un choix de conception... !

Vous n'avez pas de batteur attitré, James Knoerl qui joue sur "Revealed II" étant votre quatrième batteur en trois disques. C'est volontaire ou vous n'avez pas encore rencontré le candidat idéal ? Recherchez-vous activement à compléter votre effectif d'un cinquième élément ou cette situation vous convient-elle ?

C'est extrêmement difficile de trouver le bon batteur ! Nous avons eu Morten Skøtt avec nous pendant deux albums, et bien qu'il ait fait un excellent travail et qu'il y ait eu de bonnes vibrations entre nous, il a décidé d'arrêter. Depuis, nous avons essayé différentes options et nous n'avons pas réussi à trouver le bon. En fait, si : James Knoerl ! Malheureusement, ça ne peut pas marcher. Nous vivons en Espagne, au Danemark et au Royaume-Uni, ajouter quelqu'un qui vit à New York semble un peu trop compliqué, même pour nous (rires).


La musique et les paroles de Psychic Equalizer... c'est une sorte de processus de guérison pour nous tous.


L'ambiance de vos albums et vos textes sont plutôt sombres. Es-tu d'un naturel plutôt pessimiste ?

C'est vrai, mais je ne pense pas être particulièrement pessimiste, ni aucun des membres du groupe. Je pense qu'il est indéniable que nous vivons un moment délicat de l'histoire. Quand j'étais enfant, je n'aurais jamais pu imaginer que vingt ans plus tard, il y aurait toujours autant de corruption dans le monde, d'inégalités, d'injustices, de violations des droits de l'homme... C'est complètement fou ! Et si tu ajoutes à cela le changement climatique et la disparition des environnements sauvages, il est difficile de rester insensible à tout ça. J'ai trouvé que la musique et les paroles de Psychic Equalizer étaient un très bon moyen d'exprimer nos préoccupations, c'est une sorte de processus de guérison pour nous tous.



Un autre groupe espagnol présente un profil similaire au votre : Kotebel. Connais-tu ce groupe ? Si oui, que penses-tu de son approche musicale ?

Je ne les connais pas mais je vais certainement aller voir ce qu’ils font, merci pour le conseil !

Les chroniqueurs adorent faire des parallèles avec d'autres groupes, mais c'est difficile à faire avec vous, tant votre style vous est propre. Pourtant, vous devez bien être influencé par quelqu'un. Quels sont tes goûts musicaux en rock ? Et en classique ?

J'ai des goûts très larges en matière de musique, encore plus larges avec le temps. Il y a tellement de musique dans le monde, pourquoi fermer son esprit et n'avoir d'oreilles que pour un style en particulier ? En musique classique, j'aime la transition entre le XIXe et le XXe siècle : Debussy, Rachmaninov, Bartók... Des trucs incroyables ! En ce qui concerne la musique rock, il y a aussi tellement de choix ! J'adore les groupes de rock "classiques" comme Pink Floyd, Supertramp, Yes, Camel et Queen, entre autres. Ces derniers temps, je m'intéresse de plus en plus au metal. J'aime beaucoup Megadeth, Stratovarius, Def Leppard, Within Temptation, Savatage et Dream Theater.


La plupart des amateurs de musique classique aiment aussi le rock bien fait.


Tu sembles mener plusieurs vies en parallèle. D'un côté tu enregistres avec Psychic Equalizer des albums de rock progressif, d'un autre tu continues à sortir des albums de musique classique soit en solo, soit au sein du Duo Otero avec le violoncelliste Miguel Diez. Quel public te paraît le plus facile à séduire : les amateurs de musique classique ou les fans de rock ? Et à fidéliser ?

J'ai été surpris de constater que la plupart des amateurs de musique classique aiment aussi le rock bien fait. La majorité du public de la musique classique a entre 40 et 70 ans - je ne comprends toujours pas pourquoi la plupart des jeunes se désintéressent de ce genre, c'est un tel plaisir pour les oreilles. Ces personnes ont grandi en écoutant certains des groupes que j'aime, cette musique est donc en quelque sorte dans leur ADN. Je constate qu'ils apprécient tout autant mes albums solo, mon travail avec Duo Otero et Psychic Equalizer.

Sur ces albums, on voit apparaître le nom d'un autre membre de votre groupe, India Hooi, pour l'enregistrement et la masterisation… sa voix me fait parfois penser à celle de Kate Bush (dans les aigus) ou à celle de Tarja Turunen (dans les moments soutenus). Le lui a-t-on déjà dit ? Et comment prend-elle ces comparaisons ?

Je pense qu'elle va adorer ces comparaisons. Qui ne serait pas flatté ? Kate Bush est un exemple de talent artistique exceptionnel, elle est très douée. C'est amusant de faire la comparaison avec Tarja, car India m'a récemment dit qu'elle pensait que c'était une chanteuse spectaculaire et qu'elle aimait beaucoup son travail dans Nightwish. Elle aimera certainement entendre ceci.

Entre le déclin de l'industrie du disque et la Covid, les temps sont durs pour les musiciens. Comment fais-tu face et comment t'en sors-tu ?

Oui, les temps sont durs. J'avais l'habitude de planifier mon calendrier un an à l'avance, au moins. Maintenant, je dois penser à ce que je ferai le mois prochain pour survivre. Ce n'est pas facile de s'y habituer, mais d'une certaine manière, je suis plus heureux. La situation de pandémie a été comme une catharsis pour moi. Je suis plus détendu, plus patient et plus indulgent envers mes propres erreurs. Je me donne plus de temps pour réfléchir et profiter de mon temps libre, et même si je suis toujours un peu accro au travail - bon, plus qu'un peu (rire) - je mène aussi une vie plus saine.

Les plateformes de streaming sont à la fois un formidable outil de diffusion pour se faire connaître et un moyen d'écouter de la musique pratiquement gratuitement, donc sans rentrée d'argent pour l'artiste. Comment te situes-tu par rapport à ces plateformes ? Quel modèle économique équitable aimerais-tu voir se développer ?

Je n'ai jamais été un fan du modèle Spotify qui nous a été imposé même si j'aime le format numérique plus que tout autre format. Pouvoir stocker beaucoup de musique dans un disque dur et l'emporter partout avec soi... C'est tout simplement génial ! Mais il y a quelque chose qui ne marche pas. Comment se fait-il que des artistes indépendants comme moi ne voient pas un seul centime alors que ces plateformes deviennent de plus en plus riches chaque jour ? C'est l'esclavage musical du XXIe siècle et si vous n'en faites pas partie, vous n'existez même pas. C'est fou ! Le contexte a été complètement perdu, ou presque. La musique est devenue une chose consommable plutôt qu'un art. D'un autre côté, je vois que des plateformes comme Bandcamp font un excellent travail. C'est la voie à suivre à l'avenir, c'est sûr.

Je te souhaite que "Revealed II" rencontre le succès qu'il mérite. Un dernier mot pour les lecteurs de Music Waves ?

Merci beaucoup pour cette critique merveilleuse et stimulante. Et pour les lecteurs de Music Waves... écoutez-nous sur Spotify (rires) ! Je plaisante. Merci beaucoup d'avoir lu cette interview, j'espère que vous aimerez notre musique. Si c'est le cas, n'oubliez pas de la partager avec vos amis - c'est en fait la meilleure façon de nous aider ou d'aider tout autre groupe. A bientôt.


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/psychicequalizer
 
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