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TADAM RECORDS ! (11 MARS 2021)


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Les labels indépendants ont toujours été indispensables pour contribuer au développement des artistes. Alors lorsqu'un nouveau label (Tadam Records) se crée, qui plus est en pleine crise sanitaire, Music Waves est à l'affût.
CALGEPO - 15.03.2021 -
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Tadam Records ! est : "un enfant à la fois tragique et optimiste né du premier confinement mondial de 2020". Un label qui se veut être écocitoyen, égalitaire et coopératif ! Music Waves part à la rencontre de Yann Landry et Alice Adjudor (Président et Vice-Présidente) pour nous en dire plus sur ce label au développement qu'on leur souhaite durable.


Vous créez un label en pleine crise culturelle liée à la crise sanitaire qui n’a fait qu’exacerber les difficultés que l’industrie musicale connait depuis une dizaine d’années et l’avènement d’internet et du streaming, quel constat portez-vous sur cette crise ?

Alice Adjutor, vice-présidente : Comme c'est le cas dans la majorité des crises, ce sont les projets les plus vulnérables, parce qu'en développement, qui en sont les premières victimes. Or il y a au sein de la scène indépendante de véritables pépites. Il serait criminel de les sacrifier sur l'autel d'un contexte économique et sanitaire difficile. A une époque plus faste, le mécénat évitait à un certain nombre de talents de passer à la trappe. Mais il impliquait souvent une relation de dépendance, de subordination ; or la liberté et l'indépendance des artistes ne sont-elles pas les garantes d'une saine démocratie ? Avec ce label éco-citoyen et égalitaire, nous proposons un fonctionnement solidaire et collaboratif pour mieux sortir de l'infantilisation de l'artiste d'une part, et pour permettre au public de soutenir un groupe de manière éthique d'autre part. Les crises sont des vecteurs de transformation très positifs si on sait en tirer des leçons.

Yann Landry, président : Alice a tout dit. J’ajouterai pour ma part qu’il n’y a jamais de bonne période pour se lancer, car tout peut arriver, le pire comme le meilleur. Au moins, là, sans surprise, le pire, nous l’avons déjà. Et nous sommes en train de créer de meilleures conditions pour notre avenir.




Dans sa communication, le gouvernement parle d'aides à la culture, sont-elles suffisamment à la hauteur ?

Yann : Ah bon ? Je ne les vois pas. Il y a le Fonds de Solidarité qui est loin d’être universel. Les droits d’intermittence ont été reconduits jusqu’au 31 août 2021, ce qui risque d’être loin de suffisant vue la tournure des événements concernant la reprise des concerts. Pour le reste, je ne sais pas, sinon 3,5 millions pour les métiers de l’ombre comme les managers, les attachés de presse mais on n'a pas encore les modalités d’accès…


La culture a été considérée comme « Non Essentielle » comme en témoignent les dispositions qui ont été prises et encore actuellement (fermetures des salles de concerts, théâtres… l’idée de refaire des festivals à 5 000 personnes assises d’ici quelques mois), est-ce que cela se justifiait pour vous et est-ce qu’il y avait d’autres alternatives ?

Alice : La question, c'est "non essentielle" à quoi ? A la survie ? Au bonheur ? Si on entend par "non essentiel" non nécessaire à la survie, alors en effet, la culture n'est pas essentielle ; mais dans ce cas, la plupart des biens matériels qui peuplent nos modes de vie modernes ne le sont pas non plus. Permettre l'ouverture des grands centres commerciaux paraît donc une hypocrisie sans nom.

Ce qui nous caractérise en tant qu'êtres humains, c'est bien l'art et la culture. Interroger le sens de l'existence, s'exprimer, ouvrir un espace à la catharsis, créer, sont des besoins naturels qui viennent juste après le besoin de nourriture, de chaleur, de sécurité et de contact social. Ce sont des besoins essentiels à l'épanouissement de l'homme. Lorsqu'ils sont comblés, nous pouvons trouver une forme de paix intérieure qui fait de nous des êtres meilleurs, en quête de justice et de liberté, à l'écoute des autres. Si au contraire nous nions ce besoin de sens, alors nous tenterons en vain d'apaiser l'angoisse et le mal de vivre inhérent à la condition humaine par la consommation compulsive, les comportements addictifs, (auto)destructeurs...Faire comme si la culture était la "cerise sur le gâteau", c'est nous réduire à une condition animale. Je trouve dommage qu'après des millénaires d'évolution sociale, un gouvernement démocratique se défasse aussi facilement de la mission de permettre au gens de sortir, justement, de cette condition animale.

Je pense qu'il y avait une alternative qui consistait à laisser les évènements culturels se tenir dans le respect du protocole sanitaire, en faisant confiance aux gens, ce qui les inciterait à s'auto-responsabiliser à mon sens. Mais on est toujours dans une société patriarcale qui part du principe que rien ne vaut la discipline et la coercition.


Les labels ont se sont détournés de l'état d'esprit qui les caractérisait



La fonction d’un label est d’assurer les à-côtés de la musique (promotion, distribution…), or depuis des années les gros labels ont semble-t-il lâché l’affaire à l’égard les groupes indé, qui sortent de l’ornière médiatique et les groupes ont parfois loupé le coche pour se prendre en main à l’image de Marillion ou d’autres qui ont créé leur label, comment expliques-tu cela ?

Alice : Je pense qu'à l'instar de beaucoup d'acteurs du secteur privé comme par exemple les banques, les labels ont se sont détournés de l'état d'esprit qui les caractérisait (et qui faisait leur valeur sociétale) et qui consistait à prendre des paris, à miser sur un artiste et à investir sur lui. On a l'impression qu'ils sont désormais à l'affût non plus de groupes en développement, mais de projets aboutis qui ont déjà investi le temps, l'énergie et l'argent nécessaire à la réalisation de leur plein potentiel. Pour caricaturer, le label arrive au stade le plus avancé du projet, appose son étiquette, effectue des investissements mineurs et récolte une bonne partie de ce que rapporte l'affaire. Cela me laisse perplexe, j'ai l'impression que ces acteurs veulent le beurre et l'argent du beurre : profiter du système économique capitaliste (faire une plus-value sur le travail de tierces personnes) sans en accepter le revers de la médaille (entreprendre, investir sur un potentiel et prendre le risque de perdre). Pas étonnant que beaucoup d'artistes ne voient plus l'intérêt de se mettre en quête d'un label...


En quoi un label est-il indispensable pour un artiste aujourd’hui avec notamment tous les moyens de communications (internet, réseaux sociaux…) dont disposent les groupes et qui n’existaient pas auparavant pour toucher les différents interlocuteurs directement (fans, tourneurs, gérants de salle…) ?

Alice : Les groupes disposent de davantage de moyens de communication mais pas de davantage de temps ni d'expertise ! Utiliser internet ou les réseaux sociaux relève d'une compétence spécifique et c'est une activité chronophage. Le fait que ces outils soient à la disposition de tous cache en fait un piège : l'artiste motivé va se démener sur les réseaux en sacrifiant une partie de son temps de composition, arrangement, répétition, résidence, pour des résultats qui ne seront pas forcément à la hauteur. Ce qui va générer déprime et anxiété chez des sujets déjà fragiles psychologiquement.

Je pense également qu'il n'est pas très sain pour un artiste de sortir de son cœur de métier pour faire de l'auto-promotion ou du booking. Cela créé un huis-clos ou l'artiste est seul avec lui-même, sans recul, seul représentant de sa propre personne. On ne s'adresse pas de la même manière à un interlocuteur lorsqu'on défend le projet d'un autre, on est souvent plus à même de le mettre en valeur.

Enfin, un label est tout de même sensé aller à la pêche aux subventions et investir financièrement dans le développement d'un groupe ! C'est même je crois sa mission première. Et ça, l'artiste ne peut pas le faire lui-même. Il faut la structure juridique, les compétences, le réseau adapté...et encore une fois, le temps !


L’idée est née de se rassembler pour être plus forts.




L’une des caractéristiques du label est d’être participatif, à l’image des entreprises en difficulté rachetées par leurs salariés, comment est née cette idée et le fonctionnement ?

Yann : L’idée est née de se rassembler pour être plus forts. On a débuté en association mais dès que ce sera possible et si tout se passe bien on passera en SCOP. Concernant l’horizontalité du label, on n’adhère tout simplement pas à la culture des chefs. Ici, tous les membres sont responsables et nous agissons ensemble pour le bien collectif.


L’idée est un fonctionnement égalitaire notamment dans la prise de décision et de décloisonner les compétences de chacun, n’est-ce parfois source de blocage et justement de longues discussions pour arriver à une décision ? Qui a le dernier mot ?

Alice : Il est certain qu'en collectif, tout prend davantage de temps... mais les décisions sont plus pondérées ! Cependant, comme ce sont des valeurs communes qui nous rassemblent, nous tombons en général d'accord sur les décisions à prendre. Nous avons aussi la chance d'être tous engagés dans des démarchages d'ouverture, de bienveillance, de déconstruction de certains schémas de communication...Nous avons même établi une charte qui détaille très concrètement les comportements à proscrire, comme la monopolisation de la parole, et qui doit être signée par chaque membre du label. Tout est voté à la majorité des voix. Jusqu'ici nous sommes toujours arrivés à des consensus... On touche du bois !

Yann : C’est aussi une toute nouvelle façon de travailler pour moi comme pour beaucoup de nos membres, cela demande du temps à mettre en place, de modifier un peu sa gymnastique cérébrale en la question. Mais je vous retourne surtout la question : ne trouvez-vous surtout pas gênant qu’une seule personne (ou qu’un petit groupe de personnes dans le cas d’un Etat) décide pour tout le monde ?


Le label est aussi éco responsable, comment cela se traduit dans votre travail et pour les tournées et autre distribution physique ?

Alice : Pour les tournées, le cas ne s'est malheureusement pas encore présenté, mais on réfléchit. Les boitiers des albums qui sont pressés actuellement avec Inouïe Distribution ne contiennent aucune matière plastique. En revanche, le CD lui en contient... on minimise mais on ne touche pas encore à la perfection. Mais va tout faire pour y confiner, avec le temps.

Yann : Je me souviens que pour être éco responsable, Coldplay n’avait pas fait de tournée pour son dernier album, mais juste un live retransmis mondialement depuis l’Égypte, il me semble. Ce que nous faisons toutes et tous depuis un an finalement !

Sinon, dans une tournée, ça commence par un routing le plus cohérent possible, d’avoir des gourdes plutôt que des bouteilles d’eau, de ne rien demander en emballages individuels au catering par exemple, de petites choses simples mais qui bout à bout changent pas mal la donne si tout le monde s’y met.  


On ne signe pas chez Tadam Records pour s’asseoir et attendre que quelqu’un fasse tout à sa place.



Comment choisissez-vous les groupes avec lesquels vous travaillez ? Et quelles qualités doit avoir un groupe pour coopérer avec Tadam Records ?

Yann : Tout d’abord, nous travaillons avec STEVE AMBER, Captain Obvious, SheWolf, L’Ambulancier et Shoefiti car nous nous connaissions toutes et tous de plus ou moins longue date, le choix s’est imposé de lui-même. Un groupe qui aimerait intégrer le label devrait adhérer à nos valeurs et à notre mode de fonctionnement. On ne signe pas chez Tadam Records pour s’asseoir et attendre que quelqu’un fasse tout à sa place.


A l’heure actuelle vous travaillez avec 5 groupes (SheWolf, Steve Amber, Shoefiti, L’Ambulancier et Captain Obvious), avez-vous d’autres groupes en vue depuis la création du label et peut être intégré des groupes comme Eiffel, The Hyènes… ?

Yann : Pas pour l’instant, non. Il y a déjà plus de 30 groupes qui nous ont contactés, mais nous tablons sur du développement long, donc avec le devoir de se concentrer déjà sur les 5 groupes initiaux. Nous écoutons, nous « diggons», et l’an prochain peut-être que nous intégrerons un ou deux groupes.


Quel est le groupe que vous aimeriez signer et pourquoi ?

Yann : Chacun dans le label doit avoir sa petite idée mais il est vraiment trop tôt pour en parler !




Les auditeurs peuvent adhérer au label, quelles sont les contreparties ?

Yann : Les contreparties sont de recevoir les albums en avant-première, un t-shirt Tadam, et quelques exclu que nous préparons, nous avons plus d’idées que de moyens ! Donc tout nouvel adhérent serait un soutien fort à un label de caractère.


Quels sont les atouts que vous offrez pour un groupe qui signerait chez vous ?

Yann : D’entrer dans un environnement sain et respectueux et de fonctionner complètement différemment. Pour l’instant nous sommes en phase de lancement, donc nous cherchons des solutions pour le futur et de ne pas pouvoir faire de concerts nous bloque considérablement.


On le voit de plus en plus, la presse musicale aujourd’hui est très restreinte et n’offre que peu de vitrine aux groupes indé, les webzines ont pris le relais, ces relations sont indispensables pour vous faire connaitre, comment allez-vous entretenir ces relations ?

Yann : En effet. Et comme vous le savez, je suis attaché de presse. Je ne néglige jamais aucune piste, aucun soutien. Et je ne fais pas la fine bouche ! Les webzines sont un atout de poids pour les indés comme nous !


Mais toute belle réalisation ne commence-t-elle pas par une vue de l'esprit utopique ?




Au regard de la crise actuelle et de l’évolution de la musique, de la curiosité moindre des auditeurs, cette création de ce type de label avec son mode de fonctionnement n’est-il pas une utopie à long terme ?

Alice : Je pense que les auditeurs sont toujours aussi curieux. Mais nous sommes tellement noyés dans la masse de sorties qu'il est difficile de ne pas se replier sur le "connu" dans un mécanisme de défense. Dans cette jungle, nous avons justement besoin de médias et de structures qui sont des gages de confiance, dont on sait qu'ils vont nous servir de la qualité, qu'on va pouvoir y aller les yeux fermés. C'est ce type de structure que nous aspirons à devenir. Oui, c'est une utopie. Mais toute belle réalisation ne commence-t-elle pas par une vue de l'esprit utopique ?

Yann : Ça a toujours été une utopie que de vouloir vivre pleinement de sa musique et pourtant un bon nombre y parvient, c’est très difficile, certes, mais moins que d’aller à la mine.


Comment envisagez-vous de garder votre indépendance si par exemple un groupe dont vous avez la charge explose médiatiquement et mette la lumière sur vous ?

 Yann : On espère que ça arrive ! Pour ce qui est de l’indépendance, je pourrais prendre en exemple certains rappeurs qui fonctionnent très bien sans gros labels, et même parfois ils se permettent de dire non à ces derniers. La lumière dans le secteur musical a un faisceau très restreint. Nous sommes la quasi-totalité à être dans l’ombre, sinon les ténèbres. Nous sommes underground, et cela me convient. Et si un jour, Taratata nous invite, nous serons contents aussi !




Quels sont vos projets à moyen terme ?

Yann : De perdurer ! Nous sommes dans un écosystème très compliqué. C’est donc la première priorité. Et de faire des concerts ! Roselyne, on veut jouer, avant 2666…


2021 est déjà bien entamée, comment envisagez-vous les mois prochains avec optimisme ou pessimisme ?

Alice : Avec un optimisme actif, l'optimisme de celui qui sait que les choses ne vont pas avancer toutes seules mais qui sait aussi qu'elles peuvent avancer au delà des espérances quand on y met du cœur.

Yann : J’espère fort, de toutes mes tripes qu’on puisse voir la fin du tunnel bientôt… Je n’ai jamais été très optimiste, en revanche je ne me suis jamais assis en attendant que ça se passe.



Plus d'informations sur https://tadamrecords.com/
 
(1) COMMENTAIRE(S)  
 
 
NEWF
15/03/2021
  1
"...le label arrive au stade le plus avancé du projet, appose son étiquette, effectue des investissements mineurs et récolte une bonne partie de ce que rapporte l'affaire. Cela me laisse perplexe, j'ai l'impression que ces acteurs veulent le beurre et l'argent du beurre..." . Tout est dit. Excellente interview. Souhaitons longue vie à Tadam Records.
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