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A PROPOS DE:

THE YOKEL (15 SEPTEMBRE 2020)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK ALTERNATIF

Music Waves est allé à la rencontre d'un collectif folk lorrain de 8 musiciens. Si le titre de l'album "Y" ne contient qu'une lettre, chacune des chansons le composant est une missive enflammée adressée à l'auditeur.
ADRIANSTORK - 23.09.2020 - 2 photo(s) - (0) commentaire(s)
Exclusif : Un nouveau gang lorrain a encore frappé ! Alors que les mirabelles laissaient scintiller leurs appas ambrés, un groupe au nom improbable est venu cueillir notre émotion d'un geste à la fois simple et sophistiqué. The Yokel - puisqu'il s'agit d'eux, un collectif de 8 musiciens - produisent un folk universel qui saura abattre les derniers murs de notre conditionnement mental. ''Y'' adopte un visuel de sarbacane prête à envoyer des projectiles sonores vers l'auditeur, l'invitant à un beau voyage sur des sentiers verdoyants.


Nous aimons chercher l’origine d’un groupe. En fouillant un peu sur votre site, nous sommes tombés sur une annonce indiquant un magasin à Metz, donc nous en déduisons que vous êtes lorrains? Est-ce que la région dont vous êtes originaire a été déterminante sur votre musique?

Je pense que vous parlez de La Face Cachée, les meilleurs disquaires du monde ! Nous sommes tous lorrains, mais je ne pense pas que cela ait été déterminant pour notre style de musique. J'ai plus l'impression que ce sont nos modes de pensées et de vie qui influencent notre musique. Nos voyages et nos rencontres, nos envies d’ailleurs et du meilleur nous influencent beaucoup plus.

C’est une bonne déduction. Nous sommes lorrains, notre base est à Metz. C’est dans cette ville que le groupe se retrouve. C’est aussi dans cette ville que le groupe s’est créé et a grandi. Cette région a sa propre histoire. Une histoire que l’on porte en nous, consciemment ou non. La Lorraine est synonyme de mixité, de partage, de chaleur. Des valeurs que l’on souhaite promouvoir à travers notre musique.





Pouvez-vous revenir sur l’origine du groupe comment ces 8 destins se sont unis en un seul et d’où chacun provient? On a déjà dû vous le dire mais avec un nom de groupe Yokel, un album "Y", le symbole du lance-pierre pourquoi faites-vous cette fixation sur la 25ème lettre de l’alphabet? Parce que la fin est proche?

Au commencement, nous étions deux. Thibaut originaire de Longwy et Lulu originaire de Metz. Puis nous a rejoint Damien, également originaire de Longwy, pour nous accompagner au banjo. Notre batteur Brice et notre contrebassiste Jo, respectivement de Metz et de Nancy, sont arrivés quelques années plus tard. Nous sommes désormais huit. Aziliz au violon , Eléonore au violoncelle et à la trompette et Denis à la trompette forment ensemble deux pupitres rythmiques et mélodiques.

Yokel, littéralement 'les péquenauds', est devenu, pour nous, un état d’esprit à part entière. Profiter du moment présent, partager, rencontrer. Autant d’armes utilisées contre nos angoisses. Le lance-pierre représente bien ce combat. Garder notre âme d’enfant face aux éléments que l’on ne comprend pas et qui nous font peur. Notre environnement actuel est anxiogène. La fin peut être proche, mais il reste encore une lettre !


Profiter du moment présent, partager, rencontrer. Autant d’armes utilisées contre nos angoisses. 


Y en anglais c’est why comme pourquoi? Est-ce que cet album a pour vertu de répondre voire de résoudre certaines questions?

Tous nos albums ont un rôle cathartique. Cet album en particulier. Des éléments ont pu nous bouleverser ces dernières années mais nous continuons à croire en notre projet, à le soutenir. Pourquoi ? Nous tentons d’y répondre à travers les textes de ce nouvel album.


Après "Here Come The Wild", revenir avec un titre un peu plus épuré était-ce en réaction avec votre précédent album?

Nous trouvons que pour l'élaboration de cet album il y a eu un vrai travail d'équipe où chacun a pu s'exprimer, une unité qu'on ne retrouvait pas forcément sur le précédent album. Nous pensons avoir fait un travail sincère avec peu d'artifices, c'est pour cela que le titre "Y" nous a paru évident en bout de course, à la fin du processus de création.


Quel est le sens de cette jolie pochette?


La transformation. En l’occurrence, ici, façonner le brut pour qu’il s’affine, qu’il évolue. Passer de l’arbre au bois, du bois au papier et, à travers les mains de Sarah Poulain de SuperPapier (Plasticienne à Metz), du papier au refuge. Nous avons longuement discuté avec Sarah, puis on lui a fait écouter l'album pour ensuite lui laisser libre cours à la création. Mais la musique comme refuge est quelque chose qui nous parle énormément.





Vous êtes un collectif de 8 musiciens (dont deux filles). Comment arrivez-vous à vous mettre d’accord en studio? The Yokel est-il une dictature féminine à deux têtes ou chacun peut avoir voix au chapitre?

Le genre nous importe peu. Nous avons chacun nos compétences et nos qualités propres. C’est sur ces éléments que nous nous appuyons pour trouver un équilibre. Nous nous voulons complémentaires. (Et c’est une fille qui le dit).


Comment s’est déroulé l’enregistrement, est-ce que vous composez beaucoup de morceaux et donc vous devez en abandonner quelques-uns en route, ou au contraire tout ce qui est enregistré doit finir sur l’album?

Nous composons sans cesse. On préprond chez Thibaut, qui lui compose aussi énormément. Nous avons des pistes qui nous inspirent ou pas en fonction des moments. Donc non, tout ne doit pas finir forcément sur l'album, il y a beaucoup de morceaux qui attendent juste le bon moment pour être travaillés en groupe. C'est ce qui est génial dans la folk, il faut de l'émotion et pour cela il faut que le morceau parle au groupe pour faire en sorte que chacun ait une chose à raconter.


L’album démarre avec ‘Sublime’, un hymne chaleureux avec violons et guitares folk. Est-ce une façon de nous annoncer d’emblée ce à quoi nous allons nous attendre par la suite ? Est-ce un instantané de votre son ?

Le choix de démarrer avec 'Sublime' n'est pas un message via le titre, non, c'est plus la chanson et sa structure qui s'y prêtent, on voulait un démarrage en douceur ainsi qu'une sortie sur une certaine puissance, ce qui résume assez bien l’album entre nos chansons dansantes et mélancoliques. On aimait aussi le fait que dans ce morceau les instruments rentrent progressivement comme une présentation tout en douceur des couleurs que l'album contient.





Nous avons pensé que cette première piste était un départ trop rapide et que vous aviez livré beaucoup de forces dans la bataille. ‘No And Me’ va encore plus loin dans l’émotion, les violons, les guitares, la voix nous invitent vraiment à poursuivre notre voyage ensemble. D’une manière générale, tout en étant fidèle à votre esthétique, vous réussissez toujours à surprendre en nous amenant encore plus loin. Est-ce que tout ça est conscient et que cet album n’est pas qu’une collection de chansons folk chaleureuses mais suit une véritable progression quasi dramatique?

Lorsque l'on compose on ne pense pas vraiment au résultat final de sa place dans l'album, on essaie juste de faire le meilleur titre possible avec une idée de départ, un riff, un texte, un mot, une émotion. Tous ces titres s'écrivent dans une période donnée, ils représentent forcément nos façons de voir le monde, de ressentir les choses, et tout cela est en perpétuelle évolution. L'homme, les choses évoluent sans cesse, en laissant libre cours à la création on ressent forcément une évolution des sentiments. Nous sommes contents de réussir à transmettre cette idée que rien n'est figé, que tout est fait pour être transformé, que l'on peut jouer avec tout ce qui nous entoure.


Vous avez un sens du refrain assez aigu, chacun des refrains des chansons de cet album peuvent être repris allégrement, est-ce une façon de faire travailler votre public pour les concerts et vous reposez sur les refrains?

Non ! On chantera jusqu'à la mort, je pense que c'est juste qu'on est des vendus (rire). Non, on aime beaucoup trouver des mélodies qui ne sortent pas de la tête. Si après une répétition, on s'entend siffler ou chantonner un air que l'on vient de faire, c'est que c'est gagné ! On travaille énormément là-dessus, c'est un peu le point central de nos compos.


Est-ce difficile de parler de son moi le plus profond dans une langue qui n’est pas à l’origine la vôtre?


Au contraire. Écrire en anglais permet de créer une certaine distance entre ce que l’on ressent et le jugement que l’on a sur nos pensées et nos ressentis. Nous nous livrons plus facilement avec spontanéité et simplicité. Souvent, on veut simplement transmettre une émotion et parfois les mots ne suffisent pas, le sens de la mélodie en anglais est plus facile pour nous.



Comment vous concertez-vous pour les voix, on a l’impression qu’il y a beaucoup de travail pour qu’elles s’harmonisent entre Thibaut et Lulu?

Harmoniser nos deux voix a toujours été un acte plutôt naturel. C’est encore une histoire de ressenti. Chacun trouve sa place. On le sent quand une mélodie ou une harmonie fonctionne, on est sur la même vibration.


Harmoniser nos deux voix a toujours été un acte plutôt naturel. 


'The Devil’s Choice' nous apporte un esprit réflexif et mélancolique porté par les mélopées féminines, la batterie leste et la voix grave. Quel est ce choix évoqué dans le titre?

Le titre parle du fait d'être à un carrefour de sa vie. Ce moment où l'on doit faire des choix mais qu'on ne sait pas se décider par peur de l'échec ou de la déception alors on n'ose pas. On reste là, on fait du surplace et on doit affronter les remords. Se dire que ce n’est pas plus mal de rester ici, de rester sur ses acquis, mais c'est une illusion perverse qui nous empêche d'avancer dans nos vies. On prend vraiment la vie comme une aventure. La meilleure façon de prendre le dessus c'est d'oser, de vivre, de se tromper, d'avancer, de ne pas tourner en rond et de céder à la faciliter d'un confort illusoire.


Est-ce qu’il y a une espèce de dichotomie entre les deux voix, celle de Lulu étant plus portée vers la lumière alors que celle grave de Thibaut nous invite parfois à descendre au plus profond de soi?

C’est une interprétation. Nous aimons nous dire qu’il y en a autant qu’il y a d’individus sur cette terre. Cela fait aussi partie de nos influences, nos inspirations, on se connaît de mieux en mieux ce qui nous permet de jouer davantage avec nos voix ou nos instruments. On essaie vraiment de transmettre le maximum d'émotions. A chaque fois, on utilise toutes les armes à notre disposition, notre amplitude de voix en fait aussi partie.


Sur 'Dead Ends' la voix de Lulu est un peu étrange, un peu trébuchante, assez fragile sur les couplets lancinants alors qu’elle se montre plus affirmative sur les refrains pour culminer avec une boule d’énergie à la fin et le piano plus lumineux. Ce morceau a-t-il été construit comme un trajet émotionnel ?

'Dead Ends' (« impasses ») traite de l’importance de l’environnement dans une situation de handicap ou d’inconfort. C’est un environnement inadapté qui crée le handicap. Faire deux mètres devient handicapant seulement si vous vivez dans une maison de Hobbit.


'Departure' est très entraînant et enthousiaste, une sorte de course contre la montre pour ne pas rater le ferry. Dans la façon de chanter, on retrouve un peu de l’excentricité des Pogues, est-ce un groupe que vous avez un peu écouté?

C'est Thibaut qui a composé ce titre et il n'écoute pas du tout de musique irlandaise. Je pense que c'est le morceau le plus bluegrass de cet album. Il y a plus d'inspiration US venant de 'Old Crow Medicine Show' ou 'Trampled By Turtle'.


Y a-t-il également un peu d’autodérision à appeler un titre 'Deep Down' alors que la musique de celui-ci n’a rien de cafardeux voire un côté taquin avec 'The Grave Can Wait' et l’ambiance totalement détachée de 'Come On Y’All!' (avec cette façon d’hurler ''It’s A Sunny Sunny Day'')?


Encore une fois on essaie de transmettre un maximum, d'être dans la générosité à chaque fois, d'explorer les émotions.  La tristesse n'est pas forcément larmoyante, elle peut être violente, folle, arrachante, discrète, utile. C'est pour cela que l'on part du principe que l'on peut parler de ce que l'on veut comme on veut, du moment qu'il y a une cohérence entre tout cela.


La tristesse n'est pas forcément larmoyante, elle peut être violente, folle, arrachante, discrète, utile.


Qui se cache derrière le mélancolique Vittorio sur laquelle Thibaut prend une voix de patriarche qui semble faire le compte des années?

C'est une chanson écrite par Damien (banjo) de A à Z. C'est un hommage à son grand-père qui a eu une vie incroyable et qui compte beaucoup pour lui. Ce morceau parle principalement du temps qui passe et qui nous échappe facilement, ainsi que des regrets.


A l’écoute d’'Headbang And Shake', ne pourrait-on pas dire que dans le fond vous cultivez une philosophie épicurienne, dansons avant l’Apocalypse, amusons-nous tant que nous sommes encore vivants ?

C'est exactement le concept de ce morceau. Il parle du fait d'assumer ce que l'on est, nos victoires et nos échecs. Et que malgré toutes ces expériences, il est toujours temps de lâcher prise et de se faire plaisir en extériorisant ce que l'on a au fond des tripes.


L’album se termine sur une très bonne note avec le titre éponyme qui semble prouver que nous avons voyagé et grandi entre 'Sublime' et 'Y'? Peut-on oser parler de concept-album?


Nous voulions surtout poser le spectateur après l'avoir un peu malmené entre chansons ultra jouasses et titres plus tristes et mélancoliques. Le texte et le titre résument bien l'album et la période où nous l'avons composé, un atterrissage en douceur en quelque sorte.

Le concept est surtout de coller au maximum avec ce que nous sommes et de donner notre vision de la vie et de la façon d'aborder les choses.


Où puisez-vous votre inspiration pour l’écriture des paroles?


Dans tout ce qui nous entoure, dans nos rencontres, nos voyages, nos lectures. Beaucoup de textes sont inspirés par la vie des gens et par nos propres vies. Cela peut partir d' un mot, d'une émotion, d'une crainte, d'un paysage. On essaie de comprendre, d'expliquer ou d'amener une réflexion sur ce qui nous touche en général.


Que pensez-vous de la durée de 51 minutes de l’album à une époque où la moyenne d’écoute se situe plutôt aux alentours de 40 minutes?


On ne pense pas trop aux choses protocolaires. On se fait juste plaisir, si nous avions eu 2h15 de chansons, l'album aurait fait 2h15 ! Cela peut sûrement être un désavantage mais on aime n'en faire qu'à notre tête !


N’avez-vous pas peur en arrivant à Z d’être à la fin de votre course ou que comme les branches du Y le suggèrent si on regarde de bas en haut vous invitent à prendre deux chemins? (dans ce cas-ci, il est préférable de voir de haut en bas)


La peur fait partie de la vie. Elle est partout dans chaque choix, dans chaque création mais elle ne se traduit jamais de la même façon, on peut la cacher, l'extérioriser. Dans notre cas, on a forcément peur de ne plus rien avoir à dire quand on accouche d'un album dans lequel on y a mis beaucoup de soi... Mais les compos et les préprods continuent et c'est bon signe.


Music Waves est un webzine d’obédience progressif. Que pensez-vous du genre ? Est-ce que vous écoutez certains groupes affiliés au genre (Jethro Tull, Kansas, The Strawbs) et pensez vous un jour vous aventurer en terres progressives?


Dans le groupe nous écoutons énormément de musiques et nous sommes tous éclectique dans nos goûts musicaux.  Je pense que certains s'y sont déjà aventurés et pour les autres ce n'est qu'une question de temps. En tout cas c'est un style qui ne se refuse rien au niveau des arrangements et qui a encore beaucoup de choses à dire.


Un dernier mot à nos lecteurs?


Mettez-vous bien, faites-vous plaisir.

Merci!


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/theyokelmusic/
 
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