MW / Accueil / Articles
A PROPOS DE:

FRED CHAPELLIER (9 SEPTEMBRE 2020)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
BLUES

Fred Chapellier tire son chapeau au blues sur Music Waves.
NEWF - 25.09.2020 - 13 photo(s) - (0) commentaire(s)

Nous sommes partis à la rencontre de Fred Chapellier, à l’occasion de la parution de son best of "25 Years On The Road". Une interview aussi conviviale qu’agréable avec l’un des tout meilleurs bluesmen français.





Quelle est la question qu’on t’a trop souvent posée et à laquelle tu as marre de répondre ?


Il y en a plusieurs mais la principale est : « alors tu as commencé par la batterie et pas par la guitare, Pourquoi ? ». Je l’ai tellement dit que très souvent on me la pose. Une autre question qu’on me pose souvent : « qu’est-ce que ça fait d’être blanc et de chanter le blues ? ».


Sérieusement ? On te pose cette question ? Pourtant en France, des bluesmen, il n’y en a pas des milliers. Et dans ceux que le grand public connait, il n’y a pas un black.


Ben oui. Et si tu regardes les dieux du blues en Angleterre, ils sont tous blancs : Clapton, Peter Green, Mick Taylor, John Mayall, ils sont tous blancs.


Nous on va commencer par une question qui doit quand même revenir souvent ces  derniers temps : comment vont ta santé et tes problèmes d’oreilles ?

Ça va beaucoup mieux, après quand même de nombreux mois d’inquiétude et de recherches intensives. Je suis passé par plein d’étapes différentes. En fait ce n’était pas uniquement un problème au niveau des oreilles. C’était un problème lié aux dents et à la posture : décalage du bassin etc. Je suis allé voir un ostéopathe qui m’a dit que j’étais totalement de travers et qu’il fallait que j’aille voir un dentiste. Et tout est rentré dans l’ordre.





Ton actu c’est le double album "25 Years On The Road" qui est un best of de tes titres en studio et en live. Est-ce une idée de ta part ou de ton label DixieFrog ?

C’est une idée de DixieFrog. J’ai trouvé que c’était une super idée et le bon moment de faire ça. J’ai pas mal d’albums à mon actif et certains sont passés un peu inaperçus. Il y a des titres que j’aime dans chacun d’eux donc je me suis dit que c’était l’occasion d’en faire redécouvrir certains.


Pourquoi un album en studio et un album live ? Penses-tu que ta musique est avant tout du live et que s’il avait fallu se passer d’un des deux ça aurait été plutôt de l’album studio ?

Au départ on avait imaginé un simple album best of avec 16 ou 17 morceaux en studio. Et puis j’ai proposé quelques versions live. Et on s’est dit pourquoi ne pas faire un double album avec un album studio et un album live.


"Cet album est un résumé de ce que j’ai pu faire de mieux pendant les 13 ou 14 dernières années."


En tout cas, c’est une excellente manière pour te découvrir pour ceux qui ne te connaissent pas. Et surtout de découvrir à quel point tu es un vrai bluesman.

Je pense que cet album est un résumé de ce que j’ai pu faire de mieux pendant les 13 ou 14 dernières années. Et, pour les gens qui n’ont aucun album de Fred Chapellier, ils ont au moins une vue d’ensemble avec beaucoup de titres, un album studio bien produit et un album live qui transmet l’énergie du live.





"Que ce soit la batterie ou la guitare, j’ai tout appris à l’oreille."


Tes héros sont sans conteste les 3 King (BB, Freddie et Albert) ainsi que Roy Buchanan et Peter Green. Ils sont pour la plupart tous autodidactes, est-ce aussi ton cas ?

Oui, je suis totalement autodidacte. J’ai commencé par la batterie en 1978. Je tiens à y revenir parce qu’on ne me pose jamais la question (rires). Je suis passé à la guitare en 1981. Mais que ce soit la batterie ou la guitare, j’ai tout appris à l’oreille. A l’ancienne, avec les 33 tours et les 45 tours.


Penses-tu qu’on ne peut bien jouer le blues qu’en l’apprenant de cette façon ?

Le blues est typiquement une musique qui n’est pas faite pour être sur papier. C’est une musique qui sort du cœur et des tripes. Aucun bluesman ne s’est jamais posé la question de se dire : là je vais utiliser le mode altéré …


Donc s’il ne devait rester qu’un album sur ce best of, ce serait le live qui représente l’essence même du blues ?

Oui, c’est pour ça que j’ai plusieurs albums live à mon actif.


Mais tu as quand même une formation musicale ?


Tout est dans les doigts et dans les oreilles (c’est pour ça qu’il faut qu’elles fonctionnent (rires)) et dans les tripes. Toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues (rires). C’est bien après que je me suis plongé dans les méthodes pour savoir ce que je faisais, quels accords j’utilisais, quelles gammes j’utilisais.


Tu aurais pu t’en passer ou pas ?

Oui, totalement. L’avantage d’avoir appris à l’oreille, c’est que je peux jouer n’importe quoi avec n’importe qui sans qu’on me dise ce qu’on va jouer. Tout de suite, je sais quelle est la tonalité, quels sont les accords, s’ils sont mineurs ou majeurs, septième, neuvième, diminués, augmentés, tout ce qu’on veut. Mes oreilles et mon cerveau sont habitués. C’est un avantage. Le top, c’est de pouvoir maîtriser les deux. Mais j’ai développé mon oreille beaucoup plus que quelqu’un qui apprend d’abord sur le papier.




"Roy Buchanan est le premier guitariste de blues que j’ai vraiment étudié très jeune."


Ton titre ‘Blues For Roy’ présent sur le CD live est une vraie pépite. Dirais-tu qu’au final c’est quand même Roy Buchanan ta principale influence ou mets-tu tous les artistes qu’on a cités sur un pied d’égalité ?

Je crois que tu as totalement raison. Roy Buchanan est le premier guitariste de blues que j’ai vraiment étudié très jeune. J’ai commencé à l’écouter à 9 ans parce que mon frère ramenait ses disques à la maison.


Pourquoi lui ?

J’écoutais déjà tous les autres. Surtout Luther Allison à l’époque, et les trois King. Mais à cet âge-là, je ne sais pas pourquoi, le jeu de Roy Buchanan, son côté tranchant, la guitare qui hurle et qui parle, ça m’a totalement sidéré. J’avais 9 ans et je me disais : comment c’est possible de faire ça ? Papa, Maman, c’est ça que je veux faire dans la vie.


Qu’est-ce qu’ils ont répondu tes parents ?

J’ai eu une chance incroyable. Mes parents m’ont dit : aucun problème mais fais-le à fond. Ils m’ont toujours soutenu.


Tu disais de Roy Buchanan qu’il pouvait faire chanter sa guitare. C’est ce que tu fais toi aussi sur un titre comme ‘3’45 AM’ qui est un titre instrumental. Composes-tu différemment les titres instrumentaux et les titres chantés ?


Oui. Pour les titres instrumentaux, c’est toujours d’abord la mélodie qui me vient. Tous ces morceaux (‘Gary’s Gone’, ‘Blues For Roy’) sont des morceaux qui me sont venus en un quart d’heure. Je me souviens pour ‘Blues For Roy’, il était 5 h du matin, j’étais au lit et tout d’un coup, j’ai eu cette mélodie en tête. Je me suis levé et j’ai composé le morceau en une heure. Je compose les titres instrumentaux comme ça : j’ai une mélodie et j’agence la grille d’accords autour.
Pour les morceaux chantés, la voix intervient à la fin. Je commence d’abord par une grille d’accords. Ça ne commence pas par une mélodie mais par une suite d’accords, et très souvent un riff.





"Je suis un amoureux des belles voix."


En parallèle de ta carrière solo, tu as une grosse carrière de sideman, notamment pour Jacques Dutronc et les Vieilles Canailles pour ne citer qu’eux, est-ce pour toi deux métiers différents ou au contraire les deux faces d’une même pièce ?

Pour moi, c’est la même chose sauf que dans ce cas-là, je me mets au service des artistes que j’accompagne. C’est un rôle que j’adore. Je suis un amoureux des belles voix. C’est aussi pour ça que j’ai fait plusieurs albums blues avec d’autres chanteurs. J’adore ce rôle d’accompagnateur. Pour moi c’est un bonus. Du coup c’est encore plus cool pour moi parce que je n’ai pas à chanter. Je me concentre sur la guitare.


Sans compter le coup de projecteur sur toi.

Forcément. Je ne suis pas voué à être un sideman. Mon truc principal est de jouer sous mon nom et écrire mes propres chansons. Mais ce sont des grosses cerises sur le gâteau et ce sont des choses qui ne se refusent pas. Je ne cours pas après non plus. On m’a proposé des choses que j’ai refusées. Mais là, ce sont des légendes, ça ne se refuse tout simplement pas. Et ça va être difficile de faire mieux.


Penses-tu que ton titre ‘It Never Comes Easy’ pourrait résumer ta carrière et que la vie d’un bluesman en France est tout sauf un long fleuve tranquille ?


Il y a deux chansons qui résument ça. Il y a celle-ci et la chanson ‘Le Blues’ qui est sur le CD live. C’est d’ailleurs la seule chanson en français. J’explique que je ne suis pas noir, je ne suis pas né à Chicago, mais ça ne m’empêche pas d’avoir le blues dans les tripes.


D’ailleurs ce titre ‘Le Blues’ présent sur le CD live fait inévitablement penser à Bill Deraime.


Je suis flatté d’entendre ça, parce que pour moi, Bill Deraime est celui qui le fait le mieux en France. Paul Personne le fait aussi très bien et quelques autres.


‘Sweet Soul Music’ ou ‘A Silent Room’ par exemple, montrent le côté soul de ton approche du blues, ce qui te rapproche aussi de Bill Deraime.


Pour moi, c’est un compliment. C’est pour moi le numéro 1 en France.


Mais pas forcément le plus populaire aujourd’hui.


Il l’a été avec des titres comme ‘Babylone tu déconnes’. Mais personnellement, je m’en fiche totalement qu’il soit populaire ou pas. Moi ce que j’entends, c’est un vrai mec qui chante le blues et qui sait vraiment écrire des textes en français, avec une voix incroyable.


La participation que tu as faite sur son avant-dernier album a dû être un vrai plaisir.


Carrément. En plus on s’aime beaucoup.





"Je fais partie des gens qui trouvent que le blues sonne super bien en français quand c’est bien écrit."


Pourrais-tu comme lui revenir au chant en français comme sur tes premiers albums ?

Je fais partie des gens qui trouvent que le blues sonne super bien en français quand c’est bien écrit. Donc j’aimerais vraiment mais à une seule condition : avoir des textes en béton armé.


Personnellement, quand j’écoute un titre comme ‘Thank You Lord’, j’ai l’impression d’entendre David Lee Roth.

Ah ça alors, c’est un compliment. Certains me disent que j’ai parfois des intonations d’Ozzy Osbourne, mais David Lee Roth, on ne me l’avait jamais dit. Ce n’est évidemment pas du tout volontaire. Mais tu sais, je suis très large dans mes goûts et c’est un mec que j’apprécie énormément.


"J’ai 15 titres prêts pour le prochain album."


"25 Years On The Road" comporte 2 inédits, l’un en studio (‘Beyond The Mood-part II) et l’autre en live (‘I Am A Ram’). A quand le prochain album ? As-tu, comme beaucoup d’artistes, mis à profit le confinement pour composer ?

Oui ! Bon, le premier mois, je n’ai strictement rien fait. Quand je dis rien, c’est rien. Rien ne me venait. Puis c’est revenu tranquillement. Généralement j’attends que l’inspiration vienne, je ne force jamais les choses. Et là, elle n’a plus arrêté de venir pendant deux mois. Aujourd’hui j’ai 15 titres prêts pour le prochain album.


Des titres instrumentaux et d’autres chantés en anglais ?


Oui, j’ai fait appel à Billy Price (Ndlr : ex-chanteur de Roy Buchanan) pour m’écrire certains textes. J’en ai écrit quelques-uns moi aussi. J’ai un autre ami américain qui m’en a écrit certains. Je suis à cheval là-dessus : il faut que les textes soient bien écrits, qu’il n’y ait pas de franchouillardise. Et j’ai vraiment des textes très bien ciselés. Dans les textes de Billy Price, il y a toujours une chute dans une chanson. Il se passe toujours un truc.


En fait "25 Years On The Road" est la fermeture d’un chapitre.


C’est exactement ça.


On se donne rendez-vous quand pour ce prochain album ?

Il faut demander au directeur de DixieFrog. Mais normalement c’est prévu pour le printemps prochain.





"Ça n’a pas de prix de passer 25 ou 30 ans de sa vie à ne faire que ce qu’on aime"


Si tu ne devais tirer qu’un seul enseignement de ces 25 années passées sur la route, ce serait lequel ?

Que même si je suis passé par des doutes, je me dis que j’ai eu raison et que ça n’a pas de prix de passer 25 ou 30 ans de sa vie à ne faire que ce qu’on aime et d’en vivre.


On a commencé l’interview par la question qu’on t’a trop souvent posée. Quelle serait au contraire la question que tu aimerais que je te pose ou à laquelle tu rêverais de répondre ?

Question intéressante. Ce serait : à quoi va ressembler le prochain album de Fred Chapellier ? J’ai fait un album tribute à Roy Buchanan en 2007 puis un album tribute à Peter Green, qui malheureusement vient de nous quitter. Donc stop les tributes, le prochain album sera du pur Fred Chapellier avec une musique incluant toutes mes influences principales : blues, soul, rock et un peu de funk par ci par là. Ma personnalité est de mélanger constamment tous ces styles, ce que l’on retrouve sur ce best of. Mais il y aura une belle nouveauté sur ce prochain album : il y aura de très beaux cuivres, enregistrés par de très bons cuivres.





Merci beaucoup

Avec plaisir !



Plus d'informations sur https://www.facebook.com/frenchbluesman
 
(0) COMMENTAIRE(S)
Vous pouvez ici réagir au sujet de l'article, ajouter quelques anecdotes, quelques connaissances ou tout simplement raconter votre vie...
 
Aucun commentaire. Soyez le premier à donner votre avis sur ce article
Haut de page
 
Main Image
Item 1 of 0
 
  • 19717
  • 19718
  • 19719
  • 19720
  • 19721
  • 19722
  • 19723
  • 19724
  • 19725
  • 19726
  • 19727
  • 19728
  • 19729
Haut de page
EN RELATION AVEC FRED CHAPELLIER
DERNIERE CHRONIQUE
Best Of 25 Years On The Road (2020)
"25 Years On The Road" est la synthèse d’une vie entièrement dédiée au blues par l’un des tout meilleurs bluesmen français de sa génération. Toutes les chroniques sur FRED CHAPELLIER
DERNIERE ACTUALITE
FRED CHAPELLIER SOUFFLE SES 25 BOUGIES SUR MUSIC WAVES!
INTERVIEW
Toutes les actualités sur FRED CHAPELLIER
AUTRES ARTICLES
ARTICLE PRECEDENT
THE YOKEL (15 SEPTEMBRE 2020)
Music Waves est allé à la rencontre d'un collectif folk lorrain de 8 musiciens. Si le titre de l'album "Y" ne contient qu'une lettre, chacune des chansons le composant est une missive enflammée adressée à l'auditeur.
 
ARTICLE SUIVANT
HYPERDUMP STORY SAISON 3 : EPISODE 121
En exclusivité mondiale, Music Waves vous propose de suivre désormais les passionnantes aventures illustrées de HyperDump dans sa quête pour devenir le plus grand groupe du monde.

F.A.Q. / Vous avez trouvé un bug / Conditions d'utilisation
Music Waves (Media) - Media sur le Rock (progressif, alternatif,...), Hard Rock (AOR, mélodique,...) & le Metal (heavy, progressif, mélodique, extrême,...)
Chroniques, actualités, interviews, conseils, promotion, calendrier des sorties
© Music Waves | 2003 - 2020