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A PROPOS DE:

RANTAMA (06 MAI 2020)


TYPE:
INTERVIEW
GENRE:
ROCK PROGRESSIF

Fraîchement débarqué de Finlande, le nouveau quatuor Rantama est venu présenter son nouvel album éponyme !
DARIALYS - 27.05.2020 - 5 photo(s) - (0) commentaire(s)
De l'eau a coulé sous les ponts pour la formation finlandaise, née sous la forme d'un trio de jazz fusion instrumental. Quatre ans après un premier album prometteur et un deal signé chez Eclipse Musical Record Label, un nouveau chanteur rejoint l'aventure et le groupe sort son deuxième album, baptisé sobrement "Rantama". Le guitariste Timo Rantama qui donne son nom au projet est revenu avec nous sur les coulisses de ce deuxième opus.

Vous avez récemment sorti votre deuxième album, “Rantama”. Habituellement, les albums éponymes sont plus souvent les premiers d’une discographie, mais vous, vous avez attendu la sortie de votre deuxième album pour l’appeler ainsi. Pourquoi cela ? Est-ce parce que vous pensez avoir trouvé votre propre son et votre identité véritable ?

Timo Rantama : Oui, c’est vrai ! A l’origine, je m’attendais à ce que Rantama soit un groupe très différent de Rantama Trio, car notre musique s’est aventurée dans un style un peu plus heavy et il y a eu l’arrivée de Tavi (
Kiiskinen, ndlr) au chant. Donc l’album “Rantama” a été une sorte de recommencement pour nous. D’une certaine manière, on le considère comme notre premier album (alors que le groupe a déjà sorti un album en 2016, en trio, ndlr), d’où l’album éponyme. Cela ne veut pas dire qu’il faut mettre notre premier album de côté pour autant. J’aime son contenu, il y a une certaine chaleur et une vibe positive qui s’en dégagent. C’est ce qui m’est venu à l’esprit alors que je ne l’avais pas réécouté depuis quelque temps. Je trouve même que c’est plutôt cool d’avoir sorti un album instrumental en tant que premier album. Peu de groupes le font.






Rantama Trio était un projet jazz-rock instrumental a son commencement, donc. Vous avez sorti un album sous ce line-up en 2016, avant d’être rejoints par un chanteur pour le deuxième album. Pourquoi avoir choisi de changer la recette et de poursuivre l’aventure avec un chanteur ?


Timo : Dès le début, il y avait pour projet d’avoir du chant dans ce groupe, mais nous n’avions pas de chanteur qui nous convenait pour interpréter les chansons comme on le voulait. Alors que je cherchais justement un chanteur, le concept et les chansons du premier album instrumental étaient prêts. On avait quelques concerts en Finlande prévus avec le trio, dans des festivals et dans des petites salles. Les gens avaient l’air de vraiment aimer nos chansons qui étaient prévues pour le premier album, donc l’idée de sortir le premier album tel quel, sans chant, est venue naturellement. Je pense qu’on a vraiment su exploiter le fait d’avoir joué en trio pendant les premières années. C’était alors naturel de venir compléter tout ça avec un chanteur. En tant que compositeur, cela m’a beaucoup excité d’avoir recours à un nouvel outil dans nos chansons. Il y a une certaine forme de minimalisme finalement dans un trio instrumental, et j’aime ça pour certaines raisons, mais j’ai alors eu envie de développer des histoires avec plus de détails dans nos chansons, ce qui a été rendu possible par l’apparition du chant. Aussi, nous avons toujours été de grands fans de l’héritage rock progressif lyrique, donc on était ravis de pouvoir aller dans cette direction, après l’orientation jazz fusion du premier album.

 

Et justement, Taavi Kiiskinen a une présence assez exceptionnelle sur cet album. Comment l’avez-vous recruté ?

Timo : Taavi et moi avons étudié ensemble quelques temps au conservatoire de Joensuu, qui est à deux heures de route à l’Est de notre ville Kuopio. J’allais être diplômé quand Taavi a commencé son cursus à l’école, donc on s’est croisés plus qu’on ne s’est réellement connus à l’époque.  Mais dès le début, j’ai reconnu son talent, même si à l’époque, il était ce que l’on pourrait appeler un « diamant brut ». Quand il a emménagé à Kuopio en 2015, l’idée de travailler avec lui a commencé à germer dans ma tête, petit à petit. Et puis quand nous avons eu fini avec le premier album, il était temps de pouvoir recommencer à zéro. ‘Dying Star’ a été le premier morceau sur lequel on a jammé en tant que trio sur le nouvel album. Le morceau était censé être instrumental à la base, mais j’ai pensé que le fait de raconter une histoire dystopique passerait mieux avec du chant et des paroles, et aussi avec un super chanteur ! (Rires). Et justement, j’avais écrit quelques paroles pour ce morceau dans un cahier. C’est de là qu’est né le thème de la chanson. J’ai alors appelé Taavi pour lui proposer de rejoindre le groupe, et par chance il a dit oui de suite ! Avant qu’on ne le recrute, j’avais essayé de chanter les chansons moi-même, mais je trouvais que cela me distrayait trop de mon jeu de guitare. Et il y a aussi beaucoup d’improvisation dans nos chansons, des nuances ici et là, et quand j’ai essayé de chanter les morceaux, je n’arrivais pas à être à 100% dans mon jeu. Et en plus, je n’avais pas vraiment l’amplitude vocale ou la tessiture qui convenaient pour ce genre de musique. Chanter comme Mikael Akerfeldt (chanteur d'Opeth, ndlr) n’est pas donné à tout le monde ! Je m’en suis rendu compte en essayant d’y arriver ! (Rires).


En général, on ne joue jamais les chansons deux fois de la même manière. On cherche toujours une nouvelle manière de jouer.

 

Maintenant que vous êtes 4 dans le groupe, est-ce que cela a changé quelque chose dans le processus d’écriture de ce deuxième album ? Qui a composé l’album, d’ailleurs ?

Timo : Comme pour le premier album, j’ai écrit toutes les chansons et toutes les paroles. Mais en ce qui concerne les arrangements, c’est une autre histoire. Quand on répète, je fais en sorte que l’on ait les riffs, la mélodie, et la ligne de basse qui conviennent, et puis chacun adapte son interprétation à sa sauce et en fonction de son jeu. Tatu est un excellent bassiste, donc dès le début, il réhausse le niveau des lignes de basse que j’avais écrites dans les démos. Pour Iiro, je n’écris pas vraiment de batterie, j’écris surtout les passages où nous jouons à l’unisson. Il a une très bonne technique que je ne saurais pas reproduire moi-même. Par exemple, l’intro de ‘Dying Star’ a été son idée. Je préfère que les gars jouent avec leur cœur plutôt que de les contraindre à respecter certaines limites. Aussi, j’avais écrit le refrain en respectant un tempo rapide, jusqu’au jour où Iiro a l’a ralenti de moitié en jouant cette sorte de beat jazzy par-dessus. C’est ce genre de choses que les autres musiciens peuvent apporter. C’est ce que les meilleurs groupes de jazz ont toujours fait ! J’imagine que c’est de là que viennent notre musique teintée de jazz fusion et notre dynamisme. En général, on ne joue jamais les chansons deux fois de la même manière. On cherche toujours une nouvelle manière de jouer. Étonnamment, c’est le chant qui peut paraître le plus stable sur l’album. C’est ce qui cimente les chansons les unes aux autres. Il y a peut-être un petit quelque chose emprunté aux Who, où la guitare est l’instrument le plus stable, alors que la basse et la batterie sont déchaînées. Taavi, de son côté, a fait quelques changements dans le chant que je lui avais initialement proposé et dans les paroles pour l’adapter à son propre style. Donc le processus de composition n’a pas énormément changé depuis le premier album, même si la musique, elle, est devenue un peu plus heavy et un peu plus sombre.





Je pense qu’il n’y a pas assez de nouveaux groupes de rock progressif originaux qui osent sortir de l’ombre des géants d’autrefois.


Votre musique peut sembler paradoxale car elle a ce côté old school. Elle peut sonner un peu rétro parfois, mais en même temps, beaucoup de titres, comme ‘Roaring Rapids’ et ‘Dying Stars’ ont une véritable fraîcheur. C’était ton but de réconcilier vos influences anciennes et récentes dans votre musique ?

Timo : Oui, on est tous de grands fans de musique. Iiro et moi avant commencé par jouer du heavy metal, Tatu tire son influence du blues, et Taavi a commencé par chanter les Beatles. On a aussi beaucoup écouté les albums de la discothèque qu’il y avait chez nous, et c’est de là qu’on tire nos influences de vieux rock progressif et de jazz des années 70 et 80. Il y a tellement de musique que l’on ait écoutée, et on ne s’en cache pas ! Le côté old school vient de ces influences-là, mais il n’y a pas de nostalgie en nous pour autant. Je pense qu’il n’y a pas assez de nouveaux groupes de rock progressif originaux qui osent sortir de l’ombre des géants d’autrefois. Le métal progressif, c’est une autre histoire. Il y a beaucoup plus d’innovation dans ce style-là, d’année en année. Cela étant dit, je dois avouer une certaine nostalgie en moi quand j’entends la chaleur des synthétiseurs des années 70, même si j’aime aussi aller de l’avant et chercher ce qui se cache derrière chaque nouveauté !


Quand j’ai écouté votre album pour la première fois, j’ai été impressionné par la manière dont tout cela sonnait et dans l’agencement des morceaux. Je pensais que Rantama était un groupe de quadragénaires ! (Rires). Car c’est une musique mature et très équilibrée. Comment êtes-vous parvenus à ce résultat en étant un groupe aussi jeune ?

Timo : Merci ! On a enregistré les rythmiques basiques live en trio, et tout au long de l’année, nous avons développé un équilibre assez clair et naturel. Chacun avait son propre champ acoustique, et chacun respecte celui des autres. J’ai enregistré les claviers, quelques solos additionnels et quelques couches supplémentaires, avant que l’on ne passe au chant. Je salue d’ailleurs le travail d’enregistrement et de mixage de notre ingénieur du son Matias Kiivery, qui est l’un des plus prometteurs de Finlande en ce domaine. Malgré son jeune âge, il a déjà travaillé avec des artistes internationaux comme Jonathan Wilson. Il faut surveiller ce mec ! (Rires).

Et j’imagine que c’est la recherche de cet équilibre parfait qui a fait que cet album a pris du temps à sortir (4 ans, ndlr) ?

Timo : Oui, l’une des raisons était que nous voulions faire le meilleur travail possible. Aussi, chacun de nous a été très occupé par d’autres projets. Tatu et Iiro, de leur côté, ont joué dans le groupe de blues finlandais Erja Lyytinen, avec qui ils sont partis en tournée partout dans le monde ces dernières années. Ils ont fait 200 concerts dans l’année ! Et aussi, on a pris du temps pour sortir l’album car nous avons choisi de sortir 5 singles avant que l’album ne sorte lui-même. On a commencé en juin 2019 avec la sortie de ‘A Small Blink Of Light’. Tout l’album était donc prêt l’été dernier, mais on a voulu créer une sorte de momentum. Donc on a utilisé tout le temps que l’on pouvait avoir, d’où ces 4 ans ! (Rires).





Même si aujourd’hui vous avez un chanteur dans vos rangs, cela ne vous a pas empêché de proposer deux morceaux instrumentaux sur l’album, comme c’était le cas sur le premier album. ‘Ground Frost Forger’ est d’ailleurs un morceau excellent. Cela me rappelle Gungfly ou Beardfish. Sont-ils une influence pour vous ?

Timo : Merci de la suggestion ! J’ai entendu parler des deux, mais pas beaucoup. L’influence principale de ‘Ground Frost Forger’ vient du froid de l’hiver nordique. On a fait de notre mieux pour essayer de recréer cette ambiance que les gens nordiques connaissent tous par cœur, cette longue attente de l’été dans un environnement froid et sombre. Musicalement, ces deux titres tirent leur influence de groupes comme Mahavishnu Orchestra ou Miles Davis. Quelqu’un nous a dit une fois que ‘Ground Frost Forger’ lui rappelait le travail de Guthrie Govan avec The Aristocrats, groupe que j’ai beaucoup écouté. Je prends ça comme un vrai compliment ! ‘Spendid Sun’, elle, est une intro du morceau suivant, ‘We Are’, mais on a décidé d’en faire deux morceaux séparés. Il faut dire que cela n’aurait pas incité les gens à écouter le morceau en question s’il avait comporté une intro instrumentale psychédélique de deux minutes ! (Rires).


Comme tu nous le disais, vous avez choisi de sortir un certain nombre de singles avant la parution de l’album dans son intégralité. Est-ce que le choix des titres à mettre en avant a été compliqué ? En tout cas, je trouve parfois que le choix des groupes peut paraître étonnant, mais dans votre cas, je trouve que vous avez su parfaitement mettre en avant les morceaux phares de l’album, comme ‘Small Blink Of Light’ et ‘Roaring Rapids’ qui sont deux chansons à la fois accrocheuses et complexes.


Timo : Merci ! C’est d’ailleurs essentiellement pour les raisons que tu mentionnes qu’on les a choisies. Les mélodies du chant sont assez mémorables dans ces titres-là, et il y a toute une somme de petits détails et une forme de complexité dans la section rythmique qui nous plaisait. Sur les couplets de ‘Roaring Rapids’, la batterie est jouée comme personne d’autre que Iiro n’aurait pu la jouer dans le monde. Donc oui, ces morceaux réconcilient deux aspects différents de notre personnalité : un côté accrocheur, et une certaine complexité. C’est pour ça que ces morceaux ont été des choix assez évidents de singles. C’étaient aussi les morceaux les plus courts de l’album, même s’ils durent tout de même 6 minutes ! (Rires). Sur ‘Roaring Rapids’, on a eu aussi la volonté de proposer un clip tourné dans un beau cadre naturel de Finlande. On a attendu pour trouver le timing parfait. La cascade était complètement sèche quand on s’est rendus sur les lieux pour la première fois en été.

 

Puisque l’on parle de ‘Roaring Rapids’, on retrouve des claviers sur ce morceau qui donnent une vraie plus-value au titre. Avez-vous songé à recruter un cinquième membre pour officier au piano ou au synthé ? Ce qui vous permettrait par la même occasion d’explorer de nouvelles pistes et d’ajouter des couches supplémentaires à votre musique.

Timo : C’est une bonne question ! Cela fait un certain temps que j’ai cette idée en tête, en réalité. On a joué quelques concerts en février pour promouvoir l’album, et même si j’ai essayé de combler le vide laissé par les claviers avec ma guitare et avec des effets, on s’est aperçu que notre musique aurait peut-être besoin d’être enrichie par la présence d’un vrai claviériste. Taavi est un excellent pianiste d’ailleurs, donc on a pensé à ce qu’il joue des claviers sur scène, comme Einar Solberg de Leprous. Mais on veut s’assurer que cela ne perturbera pas son chant et son approche de la scène, car on veut qu’il puisse être capable de sauter partout comme un Freddy Mercury finlandais ! (Rires). Donc on verra bien !




Vous êtes toujours un nouveau groupe d’une certaine manière. Cet album joue donc un rôle important dans votre ascension au cœur de l’industrie musicale. Qu’attendez-vous de ce disque ?

Timo : On espère avoir un certain nombre de chroniques, et on va faire en sorte que les gens sachent que l’on existe ! (Rires). Les choses ont commencé en ce sens, et on a gagné de nouveaux fans des quatre coins du monde. Nous en sommes très reconnaissants. Le reste, ce sera du bonus que l’on accueillera à bras ouverts s’il se présente à nous !

 

Vous avez signé chez Eclipse Musical Record Label. Comment cela s’est-il fait, et qu’est-ce que cela vous a apporté ?

Timo : Oui, on a signé chez eux en 2016. On a sorti notre premier album de manière indépendante, mais peu après, ils nous ont contactés pour nous proposer de le ressortir et de le distribuer eux-mêmes. Donc le premier album a eu deux dates de sortie, en fait ! La première en mars 2016, et la seconde en mai 2016. Donc cela a été naturel de sortir le deuxième album avec eux. Ils distribuent l’album dans différentes parties du monde, bien que je ne sois pas tout à fait sûr de la liste des pays concernés. J’espère que la France en fait partie ! (Rires).

 

J’imagine que vous avez pour projet de continuer à promouvoir cet album quand l’épisode du coronavirus sera terminé. Vous avez des projets de tournée peut-être ?

Timo : Oui, mais on verra comment les choses évoluent. Il se peut qu’il soit encore interdit de jouer des concerts pendant quelque temps, donc on va peut-être commencer à travailler sur le prochain album prochainement. Il y a déjà quelques très bonnes idées sur table ! On a évoqué l’idée de jouer des concerts avec le groupe de rock progressif français Bend The Future. Ce serait génial de jouer avec eux, ou même en France ! On verra quand tout cela sera possible.

 

Un dernier mot pour finir ?

Timo : Merci pour cette interview, portez-vous bien et « keep on proggin’ » !





Plus d'informations sur https://www.facebook.com/rantamaband/
 
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