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TITRE:

SILJAN (16 JANVIER 2020)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

METAL PROGRESSIF



"Collapsology" est une découverte qui marquera l'année 2020 avec son metal progressif aux grandes qualités instrumentales, ses mélodies originales et ses instrumentations audacieuses. Guillaume Arnaud, guitariste-chanteur du groupe nous en dit un peu plus
NUNO777 - 22.01.2020 -
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Vous indiquez que votre musique du groupe fondé en 2016 emprunte des influences à la scène progressive suédoise (Opeth, Pain Of Salvation) autant qu'à des groupes de metal modernes tels que Tool, Porcupine Tree, System of a Down, Karnivool, Gojira ou Deftones. Des influences qui se retrouvent sur un album "Collapsology" naturellement chroniqué sur Music Waves. Comment vous sentez-vous quelque temps après la sortie de ce deuxième album ?

Guillaume Arnaud : Dans l’ensemble, nous sommes fiers d’avoir terminé la production de l’album et la préparation à la scène. A l’heure actuelle, nous sortons un clip pour 'Collapsology', le morceau éponyme, c’est un peu le point d’orgue de l’album. Donc ça va plutôt pas mal.


Le thème de l’effondrement est depuis des décennies traité par la littérature dystopique et de science-fiction et le sujet est revenu de toute première actualité politique cette fois-ci ces dernières années. Est-ce que la littérature et/ou le cinéma dystopique de science-fiction a été une source d’inspiration pour vous ?

Pas tellement. Les inspirations et sources sur lesquelles je me suis basé pour écrire l’album sont plutôt récentes, factuelles et issues du monde de la recherche scientifique. La collapsologie est une discipline assez récente, et elle va puiser dans la psychologie, la sociologie, la physique, l’analyse des systèmes, la thermodynamique. C’est une approche pluridisciplinaire et concrète. Cependant je réalise que ça rentre en résonance avec beaucoup de films et de livres que j’ai pu lire par le passé, je pense notamment à "Soleil Vert" ou "Les Fils de L’Homme" d'Alphonso Cuaron et "Malevil" de Robert Merle, ou "Ravage" de Barjavel.


Il y a clairement une volonté d’œuvre totale sonore et visuelle chez vous, un peu à la manière de Steven Wilson qui utilise la vidéo et la photographie depuis des années. Vous prévoyez une séquence vidéo par titre en live, sauf erreur de ma part. Comment procédez-vous dans les choix visuels pour qu’ils soient en cohérence avec les titres ?

C’est exact, l’album est écrit pour être joué sur scène d’une traite, d’un bout à l’autre, et chaque titre est un chapitre à part entière avec sa propre thématique. J’ai créé les vidéos quasiment en même temps que les versions finales des titres de l’album, en me servant d’images glanées çà et là sur internet, la plupart du temps en licence libre. Du coup, c’est un gros travail de recherche pour que chaque rush soit dès le départ cohérent avec la tonalité globale de la chanson, au niveau des couleurs notamment.  Le montage est très rythmique, il suit la musique, et l’étalonnage a une grande importance sur le rendu final. Mais au final, c’est surtout un choix de couleurs et de rythmes qui va rendre l’ensemble cohérent.





On imagine que l’importance que vous portez à la scène doit être prise en compte dès les travaux de composition et de studio. Comment travaillez-vous cette dualité studio-concert ?

C’est plutôt simple, grâce à l’usage de la vidéo. Le fait que ce soit un ciné-concert nous met légèrement en retrait, l’écran va très souvent attirer le regard du spectateur. Cependant nous avons pris le soin de programmer des moments au sein de chaque chanson qui vont moins attirer le regard, des séquences plus contemplatives, afin de nous mettre un peu plus en avant. Je dirai que le montage vidéo scénarise de façon implicite la mise en scène.


"Collapsology" décrit surtout un cheminement, un voyage d’une personne qui fait l’expérience d’un deuil : celui du monde tel que nous le connaissons


On entend souvent les artistes refuser de donner plus d’indices sur la manière dont il faudrait « comprendre » leur musique, sur le message qu’ils veulent faire passer en laissant toute latitude à l’auditeur pour se faire son propre avis. En couplant les images au son vous réduisez d’une certaine manière cet espace de liberté de l’auditeur et vous les orientez un peu plus qu’avec la musique seule. Est-ce un des objectifs pour vous, une volonté de faire passer des idées claires et univoques ?

Dès le départ, nous avons souhaité éviter d’être trop explicites. Beaucoup d’images que nous utilisons peuvent être interprétées de différentes façons. A la conception j’ai souhaité avant tout rester dans le registre des émotions, je voulais éviter que ça ressemble à une conférence. Ce serait ennuyeux, un ciné-concert Powerpoint en 10 chapitres (rire). Je souhaite surtout clarifier un point : "Collapsology" décrit surtout un cheminement, un voyage d’une personne qui fait l’expérience d’un deuil : celui du monde tel que nous le connaissons. Le thème central de l’album est l’annonce de cet effondrement qui vient, cette probabilité palpable de voir nos sociétés modernes disparaitre. Du coup, chaque chanson de l’album est plus l’expression d’émotions et d’un ressenti, et certains choix d’images et de séquences vidéos vont dans ce sens : plusieurs interprétations possibles.


Est-ce votre prise de conscience écologique, pour simplifier, bien que cela aille au-delà, qui vous a amené à composer et ainsi donner corps à votre participation à « ce sens collectif » dont vous parlez ?

Dans le groupe, la prise de conscience écologique s’est faite bien avant, mais à l’écriture, je ne souhaitais pas forcément donner un coté trop moralisateur, bien que le sujet soit très engagé. Juste parler de notre ressenti, exorciser des peurs, des inquiétudes et des angoisses. Beaucoup de gens peuvent se reconnaitre dans ces questionnements mais ce n’est pas à nous d’apporter des réponses.  Au final, l’album "Collapsology" parle peu d’écologie, mais d’une manière plus globale de notre rapport à la décroissance, qu’elle soit lente et organisée, ou brutale et subie.


Le groupe pose des questions, mais ne cherche pas forcément à poser un jugement, à poser une sentence


Votre premier album au titre optimiste de "Light In Chaos" tournait aussi autour de ces thématiques écologiques ?

Non, juste un titre, 'Hollow Words'. Mais même cette chanson n’est pas forcément un titre qui parle d’écologie, mais plutôt de décroissance. Sinon, le reste de l’album parle plus de problématiques sociétales, comme l’isolement et la solitude, notre rapport à la souffrance animale, les luttes sociales et le deuil. "Light In Chaos" n’est pas un album concept, mais chaque titre aborde une histoire de vie, du point de vue de son ressenti. Encore une fois, le groupe pose des questions, mais ne cherche pas forcément à poser un jugement, à poser une sentence.


Est-ce que vous ambitionnez de toujours axer vos concepts musicaux sur ces thématiques écologiques/effondrement ?

Non, "Collapsology" est un chapitre de l’histoire du groupe, mais nous n’avons pas envie de rester sur cette thématique. Loin de là l’idée d’en avoir fait le tour, mais il y a énormément de thèmes que je souhaiterais aborder dans des compos futures.





J’ai été étonné de voir que votre site est traduit en anglais et en suédois !! Une de vos chansons du premier album s’appelle ‘Stockholm’ et votre nom de groupe rappelle un lac de Suède. Vous avez une affinité particulière avec la Suède ?

Oui, beaucoup, d’abord parce que je réalise avec le temps que beaucoup de groupes qui m’ont influencé sont suédois: Messhugah, Pain Of Salvation, Freak Kitchen, OpethAnekdoten , ACT, Cult Of Luna. Ensuite, j’y suis allé plusieurs fois ces dernières années, et j’avoue avoir été saisi par l’ambiance et les lumières que l’on peut trouver sous ces latitudes. Et bien entendu, sur les berges du lac Siljan, j’ai été impressionné par la façon dont le temps et les éléments peuvent changer rapidement, passer du calme à la tempête, un peu comme notre musique.


Il est assez difficile de vous rattacher à un style particulier. Il y a des éléments rock bien sûr, du romantisme apporté par l’excellence du violoncelle, un côté épique et cinématographique, des nuances progressives, une rigueur jazz, entre autres. Quelles sont selon vous les avantages et les inconvénients de ne pas être clairement arrimé à un style? De quelle(s) espèce(s) musicale(s) vous définiriez-vous ?

C’est souvent compliqué à définir, effectivement, d’autant plus que nous n’avons pas envie de nous enfermer dans un style en particulier. Mais pour moi, depuis un moment, j’ai l’impression de faire du metal, au sens large, car c’est plus dans l’approche et la philosophie que dans l’esthétique : nous n’utilisons pas de double pédale, de palm mutes en continu, de mur du son. Nous puisons dans le jazz moderne l’harmonie et les signatures rythmiques asymétriques, mais il y a aussi dans mon écriture une influence post-rock, pour le coté cinématographique. On est aussi proche du math rock, sans en prendre tous les codes esthétiques. Mais nous ne ressentons pas le besoin de nous définir. Même si parfois, je dirais que je souhaiterais tendre vers le post metal / avant garde.


Vos compositions sont très instrumentales avec des parties vocales assez condensées qui privilégient l’efficacité mélodique et la portée émotionnelle (le chant de ‘Antwork’ notamment). Avez-vous été tenté par une formation totalement instrumentale ? Quel est le déclencheur pour vous d’intégrer du chant au morceau ou de rester sur du tout instrumental comme sur les titres ‘Extinction’, ‘Changes’ ou ‘Liberation’?

Parfois, ça pourrait nous arriver. Mais pareil, nous n’avons envie de nous enfermer dans un style instrumental. Parfois, la voix est nécessaire à la composition, parfois non. Ça se fait à l’écriture : une suite d’accords appelle une mélodie, mais parfois, ça sonnera mieux au violoncelle, donc parfois, l’ambiance globale du morceau n’appelle pas forcément la voix.


C’est toi qui chantes dans le groupe. Est-ce une qualité que tu as travaillé en même temps que la guitare ou c’est venu plus tard ?

C’est venu assez tôt, quasiment en même temps que la guitare, donc ça fait longtemps que je chante. Beaucoup de guitaristes qui m’ont influencé au départ sont des guitaristes chanteurs : David Gilmour, Mark Knopfler, Daniel Gildenlow, Mathias Ekhlund, Mickael Akerfelt, Steven Wilson, James Heatfield. Mais j’ai un rapport un peu compliqué à la voix. J’ai parfois été tenté de laisser tomber le chant, (pour répondre à la question précédente), mais plus pour des raisons de santé : depuis l’enfance j’ai toujours plus ou moins eu des soucis aux cordes vocales (nodule), et ce n’est pas tout le temps facile pour moi de chanter en fonction de ma condition physique. J’aime ça donc je continue !





Il y a peu de chœurs dans vos parties chantées. Est-ce par choix ?

Je suis le seul à chanter dans le groupe, les autres membres du groupe ne souhaitent pas forcément chanter, et la musique est souvent difficile à exécuter, alors chanter par dessus…je pourrais faire des chœurs sur l’album, mais personne ne pourra les exécuter sur scène. C’est le violoncelle qui souvent accompagne la voix sur cet album. C’est un choix qui s’est fait dès l’écriture.


L’utilisation de l’anglais dans le chant s’est imposée dès les débuts ou avez-vous hésité ?

Dans ce style de musique, je suis plus à l’aise avec l’anglais, j’ai peu écrit en français, mais ça commence à me démanger. J’écoute un peu plus de rap français qu’avant, et le rapport que ce style de musique entretient avec ma langue maternelle m’interpelle, le travail d’écriture est vraiment très intéressant.


Est-ce pour vous le moyen de toucher plus massivement et globalement les gens en accord avec le thème que vous traitez ?

Pas tellement. C’est plus une méthode de composition : je vais chercher avant tout des mélodies, et les mots viennent ensuite : l’anglais est pour moi plus malléable rythmiquement, avec des mots courts, des accents toniques intéressants. Mais le français a son charme, j’aime beaucoup Lazuli et Lofofora pour ce parti-pris. Chez eux, c’est cohérent et ça sonne bien.


Un des aspects assez déstabilisants de vos compositions, et du même coup intéressant, est le contraste qu’il peut y avoir entre des tonalités assez souvent sombres, dont le violoncelle renforce admirablement la pesanteur, et la dose de groove que vous injectez dans vos chansons. C’est assez notable notamment dans beaucoup de vos introductions (‘Antwork’, ‘Dusk’, ‘Delicate Matter’). Est-ce un moyen pour vous d’équilibrer les titres sans tomber dans les extrêmes ?

Peut-être, oui. L’envie de proposer du contraste pour mettre en valeur chaque partie, et rendre le tout plus compréhensible sur la longueur.


Si le rock a pu s’enrichir de l’apport du violon (Kansas pour le plus connu) il est plus rare que le violoncelle soit un instrument utilisé. Pour quelle raison selon vous ?

Peut-être parce qu’il peut être difficile de lui trouver une place au niveau du spectre, entre la basse et la guitare


Il n’y avait pas de violoncelle dans votre premier album. Comment vous est venue cette idée ? Comment le violoncelle s’intègre-t-il au groupe dans les compositions ?

Dès la création du groupe et les premières compos j’imaginais un violoncelle, mais j’ai préféré laisser mûrir l’idée. Nous avons expérimenté en trio, et ça sonnait bien pour le premier album. Pour "Collapsology", j’ai souhaité donner au violoncelle plusieurs rôles: 1 - s’imposer comme un lead, ou une voix principale pour la narration, 2- doubler la guitare ou la basse selon les moments dans un but de puissance et de punch, 3- poser des ambiances dans certains moments, (comme un synthé pourrait le faire), et 4- soutenir le chant avec une seconde voix. Les compos de "Collapsology" ont été écrites directement pour cinq instruments.





C’est Johanna Renaud qui joue du violoncelle dans le groupe. Les femmes sont de plus en plus impliquées dans le rock. Pensez-vous qu’une femme, sans essentialiser non plus « La Femme », apporte quelque chose de différent par rapport aux hommes dans son approche de la musique rock ?

Je ne sais pas, je n’arrive pas à penser dans ces termes. Johanna vient du monde du classique, et ça donne une fraicheur et une nouveauté à son approche des musiques actuelles. D’une manière générale, je pense qu’une parité ne ferait pas de mal au milieu de la musique en général, ça permettra peut-être de se détacher progressivement d’un bon paquet d’idées reçues, et du sexisme encore trop présent dans ce milieu.


Nous avons cette approche très live du studio, dans le but d’apporter une cohérence avec le rendu scénique


Le son de votre album est très clair et laisse parfaitement entendre toutes les contributions des musiciens, ce qui est très appréciable, sans surcharger ni compresser à l’excès les saturations. Est-ce une volonté de votre part de sonner le plus naturellement possible ?

Oui, nous avons cette approche très live du studio, dans le but d’apporter une cohérence avec le rendu scénique.


Si l’on voulait établir la typologie des morceaux de "Collapsology" on pourrait dire globalement qu’ils évoluent dans un relief accidenté avec des variations, des mouvements, des changements diffus de manière homogène. Mais il y a ‘Only Earth’ et ‘Extinction’ qui se démarquent car ils se développent sur un trajectoire plus ascensionnelle en intensité. Sont-ils des morceaux particuliers dans leur approche pour vous ?

Oui, on souhaitait calmer un peu l’intensité au milieu de l’album, avec ces deux titres. C’est surtout qu’ils permettent une pause entre deux parties plus chargées.


"Collapsology" est sorti au début de l’été, quels sont les retours que vous avez le concernant ?

Pour l’instant, c’est très positif, nous sommes ravis des retours. Nous avons quelques chroniques qui doivent sortir sous peu, mais globalement la réception est bonne. Je pense que nous allons surtout avoir des retours quand nous commencerons les concerts, actuellement nous sommes en phase de booking. Donc nous allons surtout faire vivre cet album l’année prochaine.




Quelles sont vos ambitions artistiques et quels sont les échéances à venir pour Siljan ?

Nous sortons le clip 'Collapsology', et nous sommes aussi  en phase de booking, et nous sommes dans l’attente de dates à venir. L’idée est de faire vivre cet album pendant quelque temps, tout en travaillant tranquillement à une suite. Mais nous n’avons pas encore commencé à écrire.


Vous êtes originaires de Marseille, qui est une terre plus réputée pour le rap que pour le rock, mais mes connaissances sont partielles. Y a-t-il des spécificités marseillaises pour le rock ? Est-ce un milieu aisé quand on pratique le rock ?

Je t’avoue que je ne sais pas s’il y a une spécificité marseillaise, mais il y a de bons groupes sur la scène locale, en rock comme en metal, et il y a un public pour cela, avec des salles qui s’en font l’écho.


Un dernier mot pour les lecteurs de MusicWaves?

Merci à eux pour leur intérêt, en espérant leur proposer un album qui leur plaira.


Plus d'informations sur https://www.facebook.com/siljanofficial/
 
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