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TITRE:

SONIC WINTER (07 MAI 2019)


TYPE:
INTERVIEWS
GENRE:

ROCK



Music Waves a rencontré le plus français des groupes écossais : Sonic Winter
ADRIANSTORK - 09.05.2019 -
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Et ceux pour qui ce groupe ne dit rien peuvent rectifier le tir en se penchant sur cette double compilation.


On aime commencer nos interviews par cette question, quelle est la question qu’on vous a trop posée ?

Sonic Winter c’est vraiment un ovni musical déjanté, non ?


Comment vous êtes-vous retrouvé en Ecosse?

Emporté par les ailes de l’amour, le meilleur véhicule du monde !!!


Qu'est-ce qui vous a séduit chez Francis Girola et vous a invité à poursuivre cette jam qui aurait pu être sans lendemain?

Son accent du sud de la France et son coté sérieusement désinvolte, deux univers musicaux à l’ opposé, une génération d’écart. Tout ceci me fit dire que nous allions passer un bon moment ensemble tellement nous ne nous ressemblions pas. C’est ce qui fait toujours notre force après deux albums et un troisième en préparation (Rokalektra) avec Sonic Winter.


Est-ce qu'il y a un peu d'Ecosse dans votre travail avec Sonic Winter?

Oui, sur notre premier album, le titre (Girls From Hell), les filles de l’enfer, surnom que les soldats allemands donnaient aux soldats écossais pendant la première guerre mondiale en raison de leurs kilts qu’ils portaient au combat. Un beau passage de cornemuse y figure.


2019 marque un anniversaire, nous remontons 30 ans en arrière lorsque vous débutiez vos recherches sonores. Saviez-vous jusqu'où cette investigation vous mènerait?

Non, je ne savais pas, mes recherches sonores c’étaient mon défouloir personnel du weekend jusqu'au jour ou d’autres personnes vinrent investiguer ce que je faisais et m’embarquèrent dans une vie faite de musique tel un dévidoir fou non-stop depuis 1989.


Pour célébrer cet anniversaire, vous avez publié une double compilation de votre œuvre. Le premier cd est une compilation de Sonic Winter tandis que le second est un best-of de votre carrière. N'aviez-vous pas peur d'être trop généreux?

Pas facile de compiler 30 ans de loyaux services, j’avais plutôt peur de ne pas être assez généreux vis-à-vis de tous mes amis musiciens qui ont participé à toutes ces aventures sonores, Je les voulais tous autour de moi pour fêter mon anniversaire. Une double compilation s’avérait donc être le minimum syndical.


J’avais plutôt peur de ne pas être assez généreux vis-à-vis de tous mes amis musiciens qui ont participé à toutes ces aventures sonores.


Comment avez-vous choisi les pistes à faire figurer dans les deux albums ?

Tout d’abord il faut remercier le label Suédois 7/9 records qui est à l’ origine du projet, sans eux je n’aurai jamais pu sortir cette compilation. Ensuite comme c’est un label rock, le choix des titres s’est tourné sur les plus électriques avec carte blanche de leur part sur l’agencement de la playlist. Un gros travail de remastering et de numérisation de vieilles bandes analogues a aussi été faite, au total il y eu 1 an de post-production pour arriver a un résultat correct sans dénaturer la couleur du son de ces différentes périodes.

Est-ce que Francis Girola vous a aidé à choisir ou êtes-vous le seul maître à bord?

Je me suis occupé personnellement du choix des titres dans un ordre très chronologique. Pour le CD 1 ''Sonic Winter'', les titres retenus sont dans l’ordre d’origine des 2 albums. Pour le CD 2, même chose avec les différents groupes. Je voulais un fil conducteur temporel.





La première compilation démarre avec 'Miles Away', un très bon choix. Ce morceau détonnant avec ces guitares tentaculaires, l'orgue et des rythmiques lourdes semble être un parangon du son Sonic Winter. Etes-vous d'accord?

Oui, absolument, ce titre est exactement la carte d’identité sonore de ce qu’est Sonic Winter, parangon est vraiment le mot juste, d’ailleurs c’est en général toujours ce titre que je conseille pour ceux qui ne nous connaissent pas encore. C’est le premier morceau que j’ai écrit pour Sonic Winter, c’est peut-être pour cela qu’il nous représente au plus juste. Un archétype en quelque sorte.


Comment justifiez-vous le chant déformé?

Un cas de force majeur, nous devions avoir un chanteur qui s’est décommandé, je m’y suis donc collé et, comme je ne suis pas un grand vocaliste j’ai eu l’idée de passer ma voix dans un ampli Marshall JCM 800 pour cacher mes défauts de voix, ce qui fut au départ un sauve qui peut méthode s’avéra un truc improbable qui fonctionne et donne un coté décalé psychédélique que nous aimons beaucoup. Comme quoi, faire les choses par défaut vous bouge de votre confort, et tant mieux !


Nous avons parlé de parangon du son, mais Sonic Winter est un vrai laboratoire sonore. On a l'impression en l'écoutant que vous ne voulez pas emprunter un seul chemin, mais presque tous les chemins possibles. D'où vous vient cet éclectisme et cette curiosité?

Cela vient de mon enfance avec une partie de ma famille et leurs amis, tous aux quatre coins de la planète. A chacun de leur passage à Paris ils me rapportaient des musiques variées venant d’autres pays, Espagne, Amérique du Nord et du Sud, Afrique, Royaume-Uni etc. Je m’empressai alors d’écouter ces vinyles aux pochettes portant des noms d’artistes à coucher dehors et aux sonorités jusqu’alors inconnues a mes jeunes oreilles. Ce qui me pousse à dire entre autre aujourd’hui que la guitare flamenco d’un Manitas de Plata est toute aussi violente que celle d’un Kerry King de Slayer !!!


La guitare flamenco d’un Manitas de Plata est toute aussi violente que celle d’un Kerry King de Slayer !!! 


'Journeyman' se montre plus séduisante, 'Rocking Machine' a une énergie contagieuse. Quel est votre rapport avec l'auditeur. Est-ce que vous lui demandez un effort?

Sonic Winter c’est une cour de récréation musicale, nous y jouons toutes formes de jeux sonores, nous demandons que l’auditeur s’y laisse entraîner, et c’est vrai, cela demande un effort, un peu comme lorsque tu proposes a tes enfants quelque chose de nouveau, ils rechignent toujours en premier et ensuite ils se disent que ce n’est pas si mal.


On sent même un esprit un peu taquin, caustique. Sur 'Ringolevio', on démarre par un morceau country avant que tout soit interrompu et écraser sous les bulldozers. On a souvent critiqué Frank Zappa pour l'humour en musique (une fois qu'on connaît la chute, les écoutes suivantes baissent en intensité), est-ce que vous pensez la même chose où la présence de ces morceaux est justifiée par le besoin de maintenir la tête de l'auditeur hors de l'eau?

Ringolevio est un manifesto contre ce que les anglo-saxons appellent le Blues for white collars, le blues pour les cols blancs, ce blues bien propre sur lui, bien aseptisé, super produit, qui réjouit le plus souvent les strates supérieures de la société qui pensent posséder la musicalité, bien loin de son message d’origine. Plutôt que de faire passer ma rage en textes, j’ai choisi de la représenter par ce son bulldozer qui écrase tout sur son passage, d’où l’intro gentillette et le Shut the fuck up qui s’ensuit. Ringolevio c’est aussi le titre d’un superbe livre publié en 1972, écrit par Emmett Grogan sur les gangs New-Yorkais. Maintenir la tête de l’auditeur hors de l’eau ? Mieux vaut savoir nager en eaux troubles !





On admire votre esprit aventureux : l'instrumental expérimental ''11 June 1963''. Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce morceau et dévoiler s'il parle de Saigon?

Cet instrumental revient sur Le discours sur les droits civiques prononcé le 11 juin 1963 par le 35ème président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy afin de proposer le Civil Rights Act de 1964. Une partie du discours figure dans ce titre. La base de l’enregistrement est live en studio, j’y ai rajouté par la suite des guitares slide, c’était en 2013, nous célébrions les 50 ans des droits civiques, il fallait donc fêter cela.


'You Call Me A Man' est beaucoup plus sinistre : tout semble là pour nous faire dresser les cheveux sur la tête avec les chœurs spectraux, la voix inquiétante.

C’est un titre très sombre, celui d’un homme qui fait un retour sur sa vie et se pose finalement la question angoissante, c’est quoi, être un homme ? La voix inquiétante se justifie donc, les chœurs spectraux représentent les fantômes de son passé.


Music Waves est un site d'obédience progressive. Est-ce qu'on peut dire que vous avez été pris en flagrant délit sur 'Establishment Of Time', qui se rapprocherait de notre genre de prédilection ?

Je plaide coupable, j’avais en tête depuis des années ce genre d’expérience musicale, tout jeune j’ai été fasciné par un titre de Uriah Heep, 'Salisbury' ! Le mélange des genres m’a toujours attiré. C’est suite a un voyage en Géorgie dans la belle ville de Tbilissi que j’ai pu réaliser ce rêve avec les jeunes musiciens classiques du conservatoire national, Francis a rajouter de ténébreux passages de synthétiseurs, et moi, je me suis éclaté a faire de gros riffs bien lourds et des solos de guitare alambiqués, le pied, quoi !


Le deuxième CD s'intéresse plutôt à des collaborations avec des groupes américains ou suédois. Qu'avez-vous appris en jouant avec des personnes d'une origine différente de la vôtre? Est-ce que cela explique la raison pour laquelle votre musique semble tolérante, tous les instruments peuvent se faire entendre harmonieusement?

J’ai tout simplement appris d’autres façons de composer, d’autres façons de jouer et de communiquer avec mon instrument. C’est certainement ceci qui m’a fait sortir de ma bulle Guitar Hero, moi devant, et les autres me suivent, pour me concentrer sur un travail d’équipe au service de l’interprétation. Se poser la question de savoir quelle est l’idée globale est toujours ma priorité. Tolérance et harmonie sont les deux mamelles de la musique !


Nous avons beaucoup aimé les deux ballades 'Sad Rain' et 'Please Love Me Sister' avec Atomic Playboys. Que pouvez-vous nous dire de la collaboration avec ce groupe?

En 1991 je pars habiter en Suède et je forme le groupe Atomic Playboys avec Seved Malm qui collabore encore aujourd’hui au chant sur quelques titres de Sonic Winter, c’est en premier l’histoire d’une vraie amitié que deux amis retranscrivent ensemble en musique. Deux connaissances de Seved se joignent a nous pour compléter le line-up, et nous voila partis pour 2 ans de concerts en Scandinavie, une belle aventure musicale et humaine, nous oscillions toujours entre la pop mélancolique teintée de bonnes guitares rock, d’une batterie légère mi 50’s rock mi jazz, et d’une bonne grosse basse groovy sans oublier le timbre de voix tellement particulier de Seved.





Nous avons une chanson en français, votre collaboration avec Manu et la belle voix féminine. Pourquoi cette domination de l'anglais sur le français ? Vous n'auriez pas voulu vous aventurer un peu plus loin dans le royaume de Molière?

En faisant de la musique en dehors de France pendant 30 ans je n’ai toujours collaboré qu’avec des chanteurs étrangers, il fallait donc que j’écrive des textes en anglais s’ils n’en avaient pas eux-mêmes, et puis c’est devenu une habitude, mais pas une facilité, faire sonner un bel anglais est aussi dur que de faire sonner un beau français. Pour Sonic Winter il y a bien sur quelques chanteurs français, mais eux aussi écrivent en anglais. Pour Manu c’est différent, elle à une plume d’écriture qui sublime notre belle langue, je n’ai fait que le solo de guitare sur son titre. Peut-être qu’un jour je me mettrai a la langue de Molière si le nouveau projet dans lequel je joue s’y prête. Ce sera très politique en tout cas, dans la lignée d’un Trust !


Qu'est-ce qui vous inspire dans l'écriture en général?

La politique tient une place prépondérante dans mon écriture, ensuite tout ce qui s’y rapproche, la société, les inégalités, la cupidité, la fourberie, le racisme, la religion, ce n’est pas le summer of love avec moi, je laisse l’écriture des chansons d’amour aux autres. J’aimerai d’ailleurs entendre beaucoup plus de groupes s’investirent dans ces sujets avec des textes intelligents et de vrais messages percutants, surtout en ce moment.


A qui s'adresse cet album? Un fan de Sonic Winter, un fan de Jean-Marc Millière, un néophyte amateur de guitare ou un auditeur lambda? Pour ce dernier, quelle est la clé que vous lui donneriez pour entrer dans votre monde?


Un peu tout le monde à la fois j’espère ! Le plus important est que chaque auditeur, peu importe son univers musical y trouve de quoi lui faire monter le son de sa stéréo a plein volume, le terme auditeur lambda est abstrait pour moi, mais si je devais lui donner une quelconque clé pour entrer dans mon monde ce serait la clé de sol !


Chaque auditeur, peu importe son univers musical y trouve de quoi lui faire monter le son de sa stéréo a plein volume.


Comment comptez-vous célébrer cet album sur scène?

Je suis en contact avec des clubs et des festivals en Suède, mes anciens camarades vikings de Riff Raff et Atomic Playboys, le label suédois ainsi que d’autres amis musiciens, pour organiser des concerts célébrant la sortie de l’album, le but étant de jouer aussi bien des titres de Sonic Winter que de mes autres groupes. Pour l’instant rien de prévu pour la France et le Royaume-Uni. Time will tell !


Terminons avec la pochette. Comment êtes-vous tombé sous le charme de cette créature hivernale et androgyne?

Si vous voulez parler de la pochette de ma compilation (Jean-Marc Millière 30 Years of Sound 1989-2019) je pense que vous confondez avec la photo de la pochette du premier album de Sonic Winter ('Magical Silver Bullets and Hell Birdsongs'). Je ne vous en veux pas, vous êtes tellement tombé sous le charme de mon amie polonaise Roksana que vous ne voyez plus rien d’autre !!! Pour en revenir a la pochette de ma compilation, moins hivernale et androgyne, certes ! C’est une photo de moi en concert en 1991 a Paris avec Lemon Squeezer au Caf’Conc’ qui se trouvait rue Saint-Denis pas loin de l’actuel Le Klub. 



Nous avons commencé par la question qu'on vous pose trop souvent, quelle serait celle que vous aimeriez que l'on vous pose ?

Quelles sont les priorités à avoir et les concessions à faire pour mener à bien une vie de musicien ?


Plus d'informations sur https://www.sonicwinter.com/
 
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