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TITRE:

W-FILES : LES PRODUCTEURS (4/4) : FRANCK HUESO


TYPE:
DOSSIERS
GENRE:

METAL PROGRESSIF



Pour Music Waves et dans le cadre du W-Files dédié aux producteurs, après avoir rencontré Terry Brown, Tue Madsen et Jens Bogren, Ping Ping clôt ce dossier avec une entrevue avec Franck Hueso notamment connu pour son travail avec Hacride.
STRUCK - 25.07.2008 -
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Une interview fleuve qui finira de nous éclairer sur le passionnant métier de producteur/mixer.

Ping Ping : Salut Franck, peux-tu te présenter aux lecteurs de Music Waves ?
Franck Hueso : Bonjour, Franck Hueso, 30 ans, tourneur de boutons.

Ping Ping : Faut-il avoir une formation particulière pour faire ton métier ?
Franck : Il n'y a pas forcement de formation particulière à mon avis. Il faut avoir des connaissances de base dans le son, une bonne oreille et des idées. Certains passeront par des écoles spécialisées, d'autres apprendront sur le terrain.

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Ping Ping : Et toi, plus particulièrement ?
Franck : Eh bien, je fais partie de ceux qui ont appris sur le terrain. J'ai fait ce qu'on appelait à une époque «objecteur de conscience », c'est à dire qu'en gros, j'ai refusé de faire mon service militaire. J’ai ainsi fait 20 mois dans un établissement public. Je me suis retrouvé dans un studio audiovisuel où j'ai appris le son. J’avais déjà commencé à enregistrer des démos sur un quatre pistes à cassette quand j'étais batteur dans mon groupe de l’époque.

Ping Ping : Vis-tu de ton activité de producteur ? Si non, que fais-tu à côté ?
Franck : Oui. En fait, j'ai le statut d'intermittent du spectacle. Donc, je ne travaille pas qu'en studio. Je bosse aussi pour des boites de son.

Ping Ping : Tu bosses pour des boîtes de son ? Que fais-tu exactement ?
Franck : J'accueille les ingés de troupes de théâtre, j'installe des systèmes dans des salles de spectacle, etc...

Ping Ping : Question indiscrète : combien prends-tu pour la production d’un album ? C’est un prix fixe ou es-tu intéressé aux ventes ? Et ces montants varient-ils selon les artistes produits ?
Franck : Bien difficile de te répondre sur ce point là. J'oscille autour des 180 euros studio compris pour l'instant. Mais je m'adapte aux projets et aux groupes. Donc, au final, je ne sais même pas combien je touche. Je préfère miser sur un projet que sur un salaire.
Peut-être que dans 10 ans, je demanderai 800 euros par jour tellement je serai devenu « hype » dans le milieu (Rires).

Ping Ping : Sais-tu quels sont les tarifs proposés par tes concurrents français dans un premier temps ? Penses-tu être « bon marché » ?
Franck : Non, je n'ai aucune idée de leur tarif. Et puis, c'est très variable selon si tu ne payes que la personne, ou bien si tu payes le studio aussi. Donc ça peut être assez cher si le studio est superbement bien équipé. Du coup, j'aurai dû mal à te dire si je suis bon marché. Je pense que oui, seulement ce terme ne me plait pas trop dans le sens où cela colle une étiquette à ton travail. Les gens auront tendance à penser que le taff est mieux fait si ça leur coûte 800 euros la journée au lieu de 200, ce qui n'est pas une vérité absolue...

Ping Ping : Ton opinion sur Internet et le téléchargement illégal ? Le manque à gagner des groupes est-il répercuté sur tes revenus en tant que producteur ?
Franck : Evidemment ! C'est devenu la galère pour les groupes de signer sur un label. C'est compliqué pour les groupes de trouver des dates de concerts, et bien payées de surcroît. Donc, bien souvent, ces derniers ont très peu de moyens pour passer en studio, et même en ne demandant que 180 euros par jour, certains ne peuvent pas se payer un mois entier. Or, pour faire un album de qualité il faut une durée minimum de travail pour bien faire les choses. Donc, souvent je réduis le coût pour que l'album se fasse quand même, et que le groupe parte avec quelque chose de cool.
Maintenant en ce qui concerne le téléchargement sur Internet, je n'ai pas trop d'avis sur la question. On a encore la chance de faire partie d'une scène où les gens sont plutôt respectueux des groupes et achèteront l'album si il leur plait. La seule chose qui change par rapport à il y a dix ans c'est que maintenant on peut écouter avant d'acheter, donc ça permet de faire le tri.
Par contre, effectivement toute la musique qui s'adresse aux jeunes générations souffre du téléchargement. Ces mêmes jeunes qui ne sont pas passés par la case « tape trading » et autres fanzines. Le rapport à la musique a complètement changé.
La musique est devenue un produit de consommation à l’instar du cinoche ou du papier toilette. Les majors fabriquent des produits et des artistes jetables... voilà la musique maintenant : c'est du PQ ! et on sait à qui ça s'adresse (Rires).

Ping Ping : Si tu devais donner un conseil à quelqu’un qui voudrait faire le même travail que toi : quel(s) conseil(s) lui donnerais-tu ?
Franck : De le faire, tout simplement. C'est juste un chemin de croix permanent mais l'apprentissage est permanent aussi, donc, on ne s'ennuie jamais.

Ping Ping : Tu es surtout connu pour être le producteur de Hacride et notamment du monstrueux « Amoeba », mais j’ai également appris que tu faisais le son lors des concerts d’Hacride, mais également de Klone (notamment le titre live sur l’album « High Blood Pressure ») ; on peut se poser la question de savoir si tu n’es pas LE monsieur mixage live des groupes du collectif Klonosphère ? Si ce n’est pas que le cas : quels sont tes autres faits d’arme ?
Franck : En fait, je fais le son d'Hacride en live aussi, et ce depuis le début du groupe.
Pour les autres groupes du collectif, j'ai sonorisé quelques fois Klone, Mistaken Element ou Trepalium, en remplacement de leurs ingés respectifs. Et effectivement, j'ai mixé le titre live de Klone que nous avions enregistré au Confort Moderne de Poitiers si mes souvenirs sont bons. J'avais enregistré aussi 2 titres de Klone, et deux autres pour Mistaken Element, Scarr à l'époque, pour une compilation Klonosphere. Ce sont mes seules collaborations avec des membres du collectif hormis Hacride évidemment.
Sinon, j'ai enregistré une brouette de démos, faut bien commencer, de groupes du coin. J’ai enregistré quelques trucs avec Inside Conflict aussi et puis les albums de DSK, We Want Sound, Appollonia, Hellmotel, No Compromise...

Ping Ping : Tu parles de groupes du coin ? Ou vis-tu/travailles-tu ? Tu es du centre de la France (Poitiers…) ? Si c’est le cas : est-ce un handicap pour un producteur comme toi pour produire des groupes français dans un premier temps et internationaux ensuite ?
Franck : Poitiers n'est pas vraiment au centre de la France, mais plutôt a l'ouest, entre Tours et Bordeaux pour viser large. Par contre Poitiers est quand même une ville relativement rock’n’roll et surtout étudiante. Apparemment, la deuxième ville étudiante en France ! On a 100 000 habitants dont 20 000 étudiants environ, donc 20% d'étudiants, ce n'est pas rien. Du coup, il y'a un vivier important de groupes. Mais ce n'est pas pour ça que je travail avec tous, loin de là. Et ce n'est pas le but non plus. Mais je ne pense pas que la situation géographique soit un problème. Si les groupes français sont intéressés ils viendront. Par contre pour les groupes internationaux je pense que j'aurai à bouger dans leur pays. C'est plus simple de faire bouger une personne que six. Et puis moi, ça m'intéresse de voir les infrastructures étrangères, et le pays aussi par la même occasion. Mais pour l'instant on n’en est pas là. (Rires)

Ping Ping : Peux-tu détailler (de la phase de démo au produit fini) pour les lecteurs de Music Waves en quoi consiste ton travail (avec notamment la définition exacte de termes comme mixage, mastering…) et comment se passe un enregistrement d’album (ou par exemple, nous dire comment s’est passé celui d’Amoeba) ?
Franck : Généralement, je demande au groupe avant d'entrer en studio de m'envoyer, dans la mesure du possible, les morceaux qui vont être enregistrés, pour que je les écoute au préalable. Je pense que c'est important de savoir où on met les pieds avant un enregistrement. Ca permet de définir l'esprit du groupe, sa couleur, l'orientation à prendre pour les prises et ce qu'on peut se permettre comme expérimentations etc...
Après vient la prise de son où l'on place les micros devant les instruments. Rien de bien compliquer à comprendre mais c'est la phase la plus hard pour moi. Un mauvais placement de micro, ou un mauvais choix peut vraiment poser problème pour le mixage. Et bien souvent il n'est pas évident d'avoir tout de suite une idée de la couleur globale de l'album au début des prises de son. C'est pour ça qu'une démo du groupe (une pré-maquette) peut être utile. Pendant les prises, je m'autorise à proposer des idées aux groupes, comme des mélodies, des ambiances, des ajouts de rythmique, enfin pleins de trucs pour enrichir l'ensemble et donner de la matière pour le mix.
Une fois tout enregistré, on passe donc au mixage où là, on met tout le monde ensemble. On réunit tous les instruments pour rendre le tout cohérent, à grand coup de compression, équalisation, reverbe, delay etc.... Là pour le coup, c'est la partie que je préfère, là ou je me sens le plus à l'aise. Si les prises ont été bien faites, on peut vraiment s'amuser à donner une couleur aux morceaux. Tester des compressions différentes, des reverbes plus longues, des effets sur les voix, des panoramiques sur les guitares, enfin bref, c'est un laboratoire à expérimentation.
Quant au mastering, c'est comme on dit quelques fois, « le glaçage sur le gâteau ». Le p’tit plus, le truc qui va embellir la production...
Bon malheureusement maintenant, c'est plutôt le concours de celui qui pisse le plus loin. La compression outrancière des masterings, ça pourrait être un autre débat ça...
Pour Hacride, on a commencé par enregistrer toutes les guitares, au clic, puis ensuite la batterie, la basse, et le chant. On a rajouté les samples, et c'était parti pour 1 mois de mixage.

Ping Ping : Dans le cadre de notre dossier dédié aux producteurs, Jens Bogren nous dit qu’il a constaté qu’on faisait de plus en plus appel à lui pour faire des mixages : as-tu constaté ce phénomène ? Si oui, peux-tu nous donner tes explications ?
Franck : Effectivement, même si je n'ai pas le même agenda que ce bon vieux Jens, on m'a quelques fois contacté seulement pour le mix. Mais ça s'explique tout bêtement par le fait que la démocratisation de l'informatique musicale permet à tout le monde de s'enregistrer chez lui, de prendre son temps, d'économiser énormément de thune en zappant le studio, de réfléchir plus en profondeur aux compos, aux arrangements. Mais par contre le mixage reste encore compliqué pour certains et préfèrent laisser ça aux producteurs, qui ont du matériel haut de gamme etc...
Mais je reste quand même un fervent défenseur de la vraie prise de son, dans une vraie acoustique, et pas du POD ou du Drumkit From Hell. Même si ça dépanne : faut arrêter le massacre !!
Mais, c'est dans l'air du temps, le son c'est du MP3, les guitares c'est des haricots rouges, et les batteries des oreilles de Mickey. Bon, je caricature évidemment, mais enfin... on en est pas très loin...

Ping Ping : Quelle est ton actualité ?
Franck : Je vais attaquer Yorblind en mars, et puis le mixage de Mistaken Element, si tout va bien, vers Juin, plus les dates avec Hacride un petit peu partout, plus du taf à côté. Je ne passe pas 100% de mon temps dans un studio, parce que déjà je ne le remplis pas (Rires) et deuxièmement, ça me rendrait dingue.
Il faut que je varie le taf. De plus, ce que j'apprends en live me sert pour le studio et réciproquement, donc c'est tout bénéf.

Ping Ping : A ce propos sans dévoiler de secret comment va sonner le successeur du déjà terrible « Engraved In Memory » ?
Franck : Hé bien pour le moment on en a juste discuté avec Sam, qui est donc guitariste dans Mistaken et chanteur dans Hacride. Apparemment, il va être très thrash, speed, plus direct, mais avec quelques passages dans la lignée du premier, un peu « atmo ». Mais je ne veux pas trop m'avancer. Ils en sont encore au stade de l'écriture, mise en place et répétition donc ça peut encore évoluer. A mon avis, il faut s'attendre quand même à un album bien « dans ta gueule »
Yorblind, c'est un groupe de Paris, dans un esprit plutôt suédois, j'ai écouté la pré-maquette, c'est bien rentre dedans aussi, je pense qu'on va bien se marrer !!

Ping Ping : Tu dis apprendre en « live » : quoi donc par exemple qui puisse être utile en enregistrement ?
Franck : Le truc que je retiens du live c'est : « Qu'est-ce qui accroche les gens, qu'est-ce qui les ennuie ». C'est à partir de ça, selon l'optique que le groupe veut prendre, que l'ont peut modifier les parties des morceaux, gérer les montées, les parties calmes etc, pour avoir un rythme dans le morceau adéquat pour bien attraper l'oreille des gens. Techniquement, c'est plutôt le studio qui m'est utile en live. J'essaie de refaire les effets, de mixer comme sur un disque, de tester des « trucs » de studio en live etc...

Ping Ping : Questions ami/ennemi au sein du collectif Klonosphère : Selon toi, quel est le meilleur album que tu aies produit ? Et au contraire quel est le pire ?
Franck : Ah, si on ne prend que mes productions d'album du collectif Klonosphere ça va être vite fait, vu que je n'ai enregistré qu'Hacride. Et le pire, bin ceux que les autres ont enregistré !! Nan, je déconne.
La pire prod’ que j’ai faite -pour moi, et ça me fait chier- c'est celle de DSK. Le mastering nous à complètement bousillé le skeud. J'étais dégoûté. On l'avait fait à la roots, parce que c'était un trip choisi, à l'instar d'un bon vieux Napalm Death, brut, crade, direct. Alors effectivement, partant de ce postulat, on allait pas rivaliser avec une prod à la Tue Madsen, mais on s'en foutait. Seulement le mastering, en compressant, a détruit toutes les balances de niveaux entre la voix, la batterie et les guitares. Du coup, la voix est pleine gueule, et les guitares en queue de wagon. Rien à voir avec le mix. Bref, sale expérience....

Ping Ping : Mais étant donné que le mastering est la dernière étape du process : n’était-il pas possible de reprendre le mix sauvegardé et refaire un mastering différent ? A ce titre, tu penses que le groupe t’en a voulu : en gro, tu travailles toujours avec DSK ?
Franck : Si, bien sûr, nous pouvions refaire un mastering si le temps avait joué en notre faveur. Malheureusement quand j'ai écouté le résultat, le skeud était déjà partis au pressage, donc c'était mort. Je ne pense pas que le groupe m'en ai voulu puisque je n'ai pas fait le mastering. Mais je pense qu'ils sont peut-être un peu déçus quand même. Je n'ai jamais vraiment eu l'occasion que leur en parler après. Et j'ai recroisé le bassiste sur un festival qui n'avait pas l'air déçu plus que ça. Par contre, je ne sais pas ce qu'ils deviennent. Jje n'ai pas de nouvelles et je ne sais même pas si le groupe existe encore.

Ping Ping : A ce titre, toujours dans le cadre de notre dossier, Jens Bogren a dit qu’il était très difficile de savoir qui était à créditer sur un album : le groupe ou le producteur ! Qu’en penses-tu ? Et selon toi, quel a été ton apport sur la musique d’Hacride ?
Franck : Bein, je ne sais pas bien ce qu'il veut dire par là. Normalement aux crédits tu mets tous ceux qui ont participé au disque point barre. Mais je crois qu'il parle peut-être des crédits vis a vis des droits d'auteur. Et ça c'est autre chose. C'est à dire que si tu mets Jens Bogren comme « PRODUCTEUR » ça veut dire qu'il a pris part à la direction artistique, qu'il a touché à des instruments par exemple, qu'il a p’tet même amené des couplets des refrains, et que donc, il peut prétendre aux droits d'auteurs... Bon, j'avoue que moi je n'en suis pas là et que le terme Producteur est un peu utilisé n'importe comment des fois.
Par contre, sur la musique d'Hacride par exemple, j'ai essayé de leur donner un maximum d'avis sur tout ce qu'ils pouvaient faire. Sans remettre en question les morceaux, j'essayais de les éclairer un peu avec le recul que j'avais pour leur demander si ça allait, si cela ne serait pas mieux avec une rythmique batterie différente, et si on rajoutait des sons là etc etc... En même temps, Adrien a une vision tellement large de son morceau qu'il a déjà pensé à tout et que donc, y'a plus grand chose à changer.
C'est plutôt au mixage où je me suis éclaté ! Ils m'ont laissé carte blanche, je mixais la nuit au casque, j'avais donc fatalement la tête dans le fion au bout d'un moment, et c'est là que tu commences à avoir des idées de son, t'as envie d'entendre des trucs, donc tu les mets en place. Donc, j'ai testé plein de trucs sur les voix, sur quelques samples aussi, et ça donne ça.

Ping Ping : Peux-tu nous raconter la journée type d’un producteur ?
Franck : Lever tôt, emmener bébé à la crèche (Rires), studio, blablabla avec le groupe, on commence à bosser vers 10H00 après 5 cafés, pause clope à 10H10, on s'y remet à 11H00 après avoir tapé le ballon... héhé, bon je caricature mais c'est un peu ça. J'aime pas bosser en speed en studio. J'ai pas envie de passer dix heures la tête dans des enceintes, ça fait juste mal au crâne et le boulot s’en ressent.
Il faut une ambiance détendue, que tout le monde soit dans une optique d'amusement -on ne fait qu'un album, on cherche pas un vaccin contre un virus- de création et pas de prise de tête... et je te jure que taper dans un ballon ça détend (Rires).

Ping Ping : Crois-en mon expérience, ça déchire des ligaments aussi !
C'est pour ça qu'a bien choisir je préfère une bonne partie de UNO, aucun risque, à part celui de s'endormir (Rires).

Ping Ping : Pourquoi penses-tu qu’Hacride te prend pour faire ses sons lors des concerts ? Quelle est ta contribution lors des concerts et comment ça se passe lors des concerts : tu ne fais pas le son des 1ères parties ? Et si non, comment fais-tu avec les autres ingénieurs du son ?
Franck : Bin parce qu'ils ont pas le choix, j'ai toute leurs familles en otage.
Sinon, c'est naturel en fait parce que je bosse avec eux depuis le quasi début et qu'on a bossé le son Hacride ensemble -et on continue encore d'ailleurs, ça finit jamais ce genre d'affaire- donc voilà. J'ai du louper 3 dates sur 80, je suis un bon élève assidu (Rires).
Mon boulot lors des concerts se résume à éviter de vider la salle dans le premier quart d'heure. Je fais rarement le son des premières parties -déjà pour un coup financier, les première parties payées en France se comptent sur les doigts d'un....doigt, et puis parce que j'ai pas forcement envie de passer trois heures dans une salle le son à burne.
Mais ça peut m'arriver sur certains plans de dépanner des potes ou des groupes qu'on connaît comme au CCM FEST où j'ai fait en plus d'Hacride, Klone et Aborted.
Quant à comment je fais avec les autres ingés son, je sais pas trop ce que tu entends par là ?

Ping Ping : Comme tu ne fais pas les sons des 1ères parties : comment se passe les relations avec ceux qui le font pour les 1ères parties ?
Franck : Bien souvent ce sont les ingés de la salle qui s'en chargent, donc du coup ça se passe bien. En fait, depuis le début je n'ai eu à me plaindre que de deux personnes, dont bien entendu je tairais le nom dans ces colonnes. Donc, sur plus d'une centaine de date je trouve que le milieu est relativement cool. Maintenant, je ne me suis jamais frotté aux caïds du genre, ceux qui ont 35 ans de métiers, bien blasés, que tout fait chier etc...

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Ping Ping : Producteur c’est un musicien refoulé ?
Franck : Nan ! Le musicien refoulé c'est le bassiste ! Héhé. Dans mon cas, c'est un peu ça oui. Je fais de la batterie mais avec un niveau tellement pitoyable que ça devient indécent.
Mais je suis très fort pour le « fais ce que je dis, pas ce que je fais ». En fait, on essaie de faire passer à travers les groupes tout ce qu'on arrive pas à dire derrière un instrument. Par bribes, comme ça... Ou bien des fois c'est l'inverse, beaucoup de zikos se mettent a la prod (ça diversifie les revenus héhéhéhé)
Mais tu vas me dire, critiques de musique c'est musiciens refoulés, critiques de cinoche c'est des réals refoulés... on est plein comme ça ! MAIS ON A LE POUVOIR !!! (Rires)

Ping Ping : Sam et Adrien ont certifié que le chant de « Zambra » était tenu par les membres de Ojos de Brujos et non, moi, Ping Ping ? Toi qui est objectif, rétablis la vérité aux lecteurs de Music Waves
Franck : Alors pour couper court à toutes les rumeurs, ce sont les Gipsy King qui chantent sur ce morceau ! Voila, la vérité éclate au grand jour ! (Rires)

Ping Ping : Quel est le meilleur producteur selon toi ? Et pourquoi ?
Franck : Si tu veux un nom je t'en donnerai plusieurs. Par exemple: David Bottril avec TOOL, Terry Date avec Deftones, Colin Richardson avec Machine Head, des mecs qui ont créé un son.
Pour parler plus largement, le meilleur producteur est celui qui saura s'adapter à la demande des groupes ou artistes. Par exemple, un Timbaland est capable de vendre des tonnes de disques de l'artiste qu'il produit, parce que son taf c'est faire de l'argent et de créer un son. Ca c'est balèze. Après, artistiquement parlant, c'est plus discutable. Mais comme en cinéma, tu peux avoir des réalisateurs qui essaient d'imposer leur vision et peu importe les rentrées d'argent et d'autre qui sont très fort pour réaliser de gros blockbuster qui tapent. Y'a de tout...

Ping Ping : Justement Timbaland, au même titre qu’un Quincy Jones, sont tellement reconnus qu’en fait, ils en sont à vendre des albums sous leur propre nom (le dernier Timbaland avec X titres avec X artiste différent) : penses-tu que cela est possible dans le milieu métal ? Qu’un album se vende sous le nom de Franck Hueso avec comme groupe invité Hacride, Gojira, Mistaken Element, Scarve, X-Vision, Klone… (pour ne citer que des français) ?
Franck : Ouais, non je ne pense pas. Je ne vois pas l'intérêt en plus, et cela serait terriblement prétentieux. Remarque, tous les groupes qui sortent de chez Tue Madsen sonnent pareil, donc du coup, il a déjà fait pleins d'albums sous son nom avec des artistes différents ! (Rires) Bon je déconne évidemment.

Ping Ping : Avec quels artistes aimerais-tu travailler ?
Franck : Je vais éviter de répondre à cette question parce que tout ceux avec qui j'ai eu envie de bosser n'ont jamais donné suite et sont allés ailleurs. Je ne dis pas que ceux avec qui je travaille ne m'intéressent pas, mais dans tout ce qu'on peut trouver dans le milieu musical, certains me branchent vraiment, donc je vais attendre qu'ils me contactent (Rires).
Je pense aussi dans quelques temps commencer à me « vendre » à l'étranger, faire un peu parler de moi et voir ce qui se passe. Il n'y pas de raison, les groupes français vont bien enregistrer à l'étranger (Rires).

Ping Ping : Qu’entends-tu par te vendre, quelles démarches vas-tu effectuer : répondre aux interviews d’une grenouille déjantée ?
Serait-il envisageable éventuellement de démarcher un méga-groupe comme Meshuggah pour lui produire gratos son cd afin de te faire connaître à travers le monde ? Ou est-ce une idée complètement conne d’un interviewer grenouille ?
Sinon tu parlais d’avoir fait le son en concert d’Aborted : n’as-tu pas réussi à te vendre ce jour-là pour produire un groupe non hexagonal avec une petite renommée internationale ?

Franck : Nan je ne bosse pas gratos, même pour Meshuggah. Ca rejoint ce que je disais plus tôt sur les tarifs. Déjà que ton taff n'est pas interprété de la même manière si tu prends 200 euros ou 400, alors si tu bosses gratuit....Je pense plutôt attendre d'avoir quelques prod vraiment accrocheuses, qui sortent de l'ordinaire, qui ont un p'tit plus qui peut intéresser des groupes et y aller au culot. Ou passer par des connaissances. Mais j'aimerai que ça se fasse de manière honnête et non pas intéressée. Même si le piston est le meilleur moyen (et même le seul) pour avancer dans ce genre de milieu, j'aimerai autant que ça se fasse avec du matériel de qualité sous le bras, susceptible d'intéresser vraiment les groupes. Je n'en suis pas encore là, et il faut que je travaille a mort pour avoir un niveau type Madsen et compagnie. Mais ce qui est sûr c'est que je ne veux pas rester chez moi a regretter de n'avoir rien tenté.
Et pour Aborted, j'ai proposé mes services mais le groupe avait déjà booké le studio, donc trop tard pour moi. Et je ne suis pas sûr qu'ils auraient été intéressés. Mais bon, j'ai tenté quand même !

Ping Ping : Pourrais-tu donc produire un album de techno, de rap ou de dance par exemple ?
Franck : Non, parce que j'en écoute pas et que donc je n'ai pas l'oreille pour ça. Je me vois mal prendre la thune à des gens pour leur faire un travail qui ne correspond à rien.
Par contre, si un groupe de Rap un peu hardcore est intéressé pour confronter deux visions ça peut être intéressant. Mais si c'est pour faire du rap « classique » ; je ne suis pas la bonne personne.

Ping Ping : Ou travailles-tu ? Tu as ton propre studio ou en loues-tu un ? Dans le cas de la location, combien payes-tu ?
Franck : Je loue le studio d'un pote (le Studio 4) et on s'arrange comme ça. Dans les 180 euros, il y'a la location qui rentre en compte, de l'ordre de 50 euros pour l'instant, mais plus il investit, plus le tarif augmente, ce qui est complètement normal. Pour l'instant, c'est un deal entre potes et on fait avec les moyens du bord.

Ping Ping : Quel est matériel nécessaire pour un producteur ?
Franck : Déjà, des oreilles et des doigts. Après, tout dépend où il travaille. Il peut avoir un peu de matériel à lui, des pré-amplis micros ou compresseurs qu'il affectionne. Mais un Terry Date par exemple n'a pas de studio perso, il travaille dans des structures super bien équipées de matos de fou et donc il vient « juste » avec son sac à dos et son talent.

Ping Ping : Quel est ton rêve professionnel ?
Franck : Monter mon studio. Mis à part ça, je le vis déjà.

Ping Ping : Pourquoi cette ambition de monter ton propre studio : tu viens pourtant de citer un producteur qui vit bien sans ?
Franck : Haha bien vu, mais je suis assez casanier comme gars, et du coup j'aime bien avoir mon chez moi, décoré avec mes propres poster d'Iron Maiden (rires).
C'est surtout que j'aimerai avoir une petite structure pour enregistrer facilement sans avoir a déplacer mon matos a chaque fois, avec une acoustique cohérente, quelque chose pour accueillir les groupes. Un peu comme le studio où j'enregistre actuellement. Mais à moi ! Après, pour les mixages, les gros, les vrais, avec du matos, là je ne pense pas rivaliser un jour avec un studio parisiens a 1.500 euros la journée. Mais au moins avoir un laboratoire pour travailler, ça, ça me branche bien !

Ping Ping : Si tu devais définir la Franck Hueso’s touch : comment la qualifierais-tu ?
Franck : Heu... alors là j'en sais rien du tout, j'ai l'impression que n'importe quelle réponse que je pourrais te donner paraîtrait prétentieuse. Aller, Rock n' Roll peut-être (Rires). C'est bateau, héhé !

Ping Ping : En fait, la réponse se trouve tout simplement et vous saute à la figure à l’écoute d’un « Amoeba » !
Franck : Bon bein voila, si tu le dis ! (Rires)

Ping Ping : Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Franck : Bizarrement, je dirais le cinéma. Ce que l'on ressent quand on voit un film, j'essaie de le recréer sans les images. J'ai bien dit « j'essaie » hein !

Ping Ping : Question « Lost » : ton avion s’écrase sur une île déserte mais le scénariste te laisse 5 albums dans ta valise : lesquels choisis-tu ?
Franck : Merci au scénariste déjà, c'est sympa de sa part -surtout en ce moment (NdPing Ping : cette interview s’est tenue pendant la grève des scénaristes).
Je pense que j'emmènerais « October Rust » de Type O Negative,
« Chaosphere » de Meshuggah,
« Live After Death » d'Iron Maiden,
« Lateralus » de TOOL,
et un live de Depeche Mode. Jusqu'à ce que les piles claquent...

Ping Ping : As-tu de bonnes et mauvaises anecdotes d’enregistrement à donner ?
Franck : Houla, il se passe tellement de truc en studio...et comme j'ai une mémoire de poisson rouge... désolé mais là je vois pas...

Ping Ping : Enfin, le mot de la fin : qu’as-tu à dire aux lecteurs de Music Waves ?
Franck : Si vous êtes arrivés jusque là vous pouvez mater l'intégrale d'Eric Rohmer sans bailler. Merci !!!


Plus d'informations sur http://www.myspace.com/hacride
 
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